le tout et le rien.

Mercredi 23 septembre 2009


J'avais conté rapidement en commentaire chez mon danseur préféré Morsli cette mésaventure,

pour la petite fabrique d'écriture j'ai développé ce moment insolite...

 

Il faut le savoir, quand on est une jeune prof, à peine plus âgée que des gaillards braillards, une tenue sévère s’impose.

Je ne portais pas de lunettes pour feinter, mais je gardais les petites jupes légères, les décolletés profonds, les chemisiers moulants pour d’autres circonstances. Je leur préférais le pantalon facile, plutôt ample sur la cuisse ou la jupe classique qui cache le genou. Mais quelques années plus tard, plus assurée sans doute, les chaleurs du printemps raccourcirent mes jupes.

J’en eu une, de bon goût, n’allez pas croire, bleu marine en jersey souple et léger, à godets, c’est si joli dans le mouvement cet évasé qui flotte.

Les récréations sont brèves, vous avez dix minutes pour discuter des derniers évènements, boire un café et aller aux toilettes.

Dans ce vieux lycée, nous devions traverser une vaste cour entre les préfabriqués des classes et celui de l’administration, ce jour-là, plus pressée qu’à l’ordinaire, j’étais encore à me soulager la vessie quand sonna la reprise.

J’avais un défaut majeur, la sonnerie fonctionnait comme un réflexe militaire, j’avais sans doute attrapé ça petite à l’école élémentaire.

Je me levai prestement du siège et remontai tout aussi vite mon slip pour rejoindre illico presto la porte de ma classe.

N’oubliez pas mon air sévère, rébarbatif, presque revêche, et ma démarche énergique qui y croyait encore.

Regardez-moi tranquillement, comme l’a fait toute une rangée d’yeux flamboyant, traverser la cour, la jupe à godets troussée dans la culotte… blanche, la culotte, sans dentelles, pas transparente pour deux sous, pas évasée non plus, hein ! En coton, et ne parlez pas de tanga, de string, de boxer et compagnie, personne ne connaissait à l’époque.

Un élève, un grand, un doux s’approcha de moi alors que montrant mon derrière au reste de la cour je déverrouillais la porte. Et timidement, il me murmura que j’avais ma jupe toute relevée. D’un geste brusque j’ai dégagé l’objet du délit de l’élastique culotté, et respirant lentement, je l’ai remercié sans sourire, la honte au front avec une violente envie de disparaître.

Les élèves rentrèrent sans pouffer, certains plutôt gênés. Et le cours commença. Je me souviens d’un silence quasi religieux, et si je remarquai dans des regards plus effrontés un semblant de grivoiserie, je l’ignorai même s’il me fendait la tête. Parce qu’il faut bien l’avouer, j’étais toute rouge à l’intérieur, d’un ridicule incandescent, et qui heureusement ne se remarqua pas, enfin je crois. Admirez la maîtrise !

 

Après ?

 

Je ne vous raconterai pas les quolibets de mes collègues, vous les imaginez fort bien.

 

 

 

 

 

ps: Morsli, pour danser la java je choisis la jupe à godets transparente, et avec tanga...

 


Par polly
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Mardi 1 septembre 2009


Je ne vais pas vous dire que je reviens tout de suite. Je vais aller un peu vous lire, et peut-être que l'envie d'écrire me reprendra, je ne sais pas.

J'ai passé de si bonnes vacances, avec grande paresse et  beaux paysages,
je m'en remets à peine.


Et c'est la rentrée,
alors que j'ai la tête toute occupée encore de si bons et tendres souvenirs.

Je n'ai même pas eu le temps de classer mes photos, j'ai juste ce petit document que je peux vous proposer de mes sentiers sur la presqu'île de Giens. Je vous en préparerai un autre sur mes balades bretonnes et alpines.


Mais pour l'instant je dois un peu me raisonner et la priorité reste aux élèves.






Par polly
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Vendredi 10 juillet 2009



comme l'an dernier le film a demandé énormément de temps et d'investissement et de passion à toute l'équipe.
vous avez des extraits sur le site du cypiée.

ICI


et maintenant


Il se peut que ce soit le temps des vacances, alors je file de ci de là, entre mers et montagnes et m'en reviendrai quelquefois vous saluer en vos contrées.
Passez un bel été,  et merci pour toutes les traces de vous qui vivent dans ces allées.











Par polly
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Jeudi 14 mai 2009


Cet été là, elle est à Arles avec deux amis pour les rencontres photographiques. A l'espace Van Gogh, la première série des invités de Depardon, est de Robert Adams. Des visages, des voitures, des gens dans la rue, au quotidien de la menace nucléaire (années 80 à Denver). Ces photographies ne l'accroche pas. En tous cas Elle ne ressent guère d'émotions à visionner ces passants inconscients de l'imminente catastrophe... A quelques pas, d'autres américains: Ansel Adams, Walker Evans, Edward Weston... Et là, fascination pour les six ou sept photographies de Ansel Adams. Comment expliquer ces noirs si noirs et ces blancs si blancs qui propulsent malgré la netteté de chaque élément, dans le mystère total. Sa préférence va sans doute à l'ombre du photographe avec sa chambre noire sur sa droite, qui danse devant la beauté. Regardez, dit-elle, regardez cette terre, comme elle nous parle. Et elle regarde ce décor noir zébré de blanc, ce discours en langues anciennes qui l'atteint au front. Magnifique. Pour tous trois. Leurs yeux se croisent, la même émotion les perle.


Plus loin, Walker Evans, plus prosaïque, peut-être, mais tout aussi fascinant dans sa manière de saisir le passant qui court et qui dans sa course s'élève si haut du sol, heureux de faire voler son costume blanc ; de saisir la voiture rutilante, miroir des actifs importants, ou l'enchevêtrement de publicités qui se tissent comme une toile de cubiste. Est-ce lui qui cadra dans Manhattan ces hommes pressés qui forment un triangle parfait par leur déplacement et dans ce triangle le lourd silence des indifférents ? Elle ne sait plus, tant de noms se côtoient, tant d'inconnus pour elle...


Elle reste là une bonne heure à admirer. Elle aperçoit les visages fatigués, ahuris, parfois méprisants des passagers des bus, (toujours Evans) et aussi ce nu parfait dans ses courbes si sensuelles et si pudiques (Weston)... Et mécaniquement elle revient vers Adams, et reste là comme collée au sol. Il faut partir pourtant, d'autres lieux sont ouverts.

Ils atteignent le cloître Saint-Trophime.

Et Joseph Koudelka.

Une trentaine de photos sur La Camargue. Un idéogramme d'eau sur le sel, un poème. Des poèmes à géométrie variable. Eric dit qu'il préfère ses photos sur les tziganes, ou sur Rome. Elle ne connait pas. Celles-ci la touchent. Peut-être ce paysage de sable, de sel et d'eau, peut-être ce cadrage étroit, horizontal ou vertical, peut-être simplement la lumière ou encore cette sensibilité à fleur de peau, à fleur d'eau. Elle ne cherche pas à comprendre. Ce qu'elle éprouve lui appartient. Un instant d'intimité étroite avec ces formes grises qui naviguent dans son inconscient affectif. Moment dense et frêle à la fois, instants fragiles qui disent l'immensité océane.


Le lendemain, c'est le départ vers le Salin de Giraud, arrêt au café des sport, ses tables de bois, son coin pour joueurs avec ses tapis verts et ses « fadas » qui se disputent comme dans Pagnol, et ses cigales qui discutent dans les feuillages au-dessus de leurs têtes. Ambiance joviale.


La route vers la mer, les salins, le décor de Joseph Koudelka.

La plage occupée par des centaines de caravanes, et le rivage, la mer étale.

Et chaude.

Ils sont, sous un soleil de plomb, très vite immergés.


Intensité du plaisir, moment indescriptible car c'est du pur bonheur. Elle ne se souvient pas d'avoir autant apprécié un bain de mer. Tous trois plongent, nagent, discutent, rient, et jouissent de la caresse marine. Le soleil leur fait la fête et l'eau les aime. Et ils l'aiment. Et cet instant devient éternité puis devient seconde dès qu'ils la quittent. Et le temps les rappelle au temps qui passe.  Ils partent.


Ils s'arrêtent pour un pique-nique à l'ombre de l'abbaye de Montmajour. Un lapin de garenne, tout petit, tout chétif, cherche l'ombre et peut-être la compagnie pour ses derniers jours. Il est malade.


Ils visitent ensuite la cathédrale de l'image aux Baux de Provence. Les lumières Cézanne les éblouissent. Un savant jeu de projections les propulse au cœur des paysages du peintre. Sur les murs, des détails grossis des œuvres, et des déroulements de tableaux qui n'en font plus qu'un, et des fondus de toiles et des couleurs, des couleurs, des couleurs. Ainsi passent-ils des portraits, aux fleurs, aux dessins, aux maisons, aux « Ste Victoire », aux natures mortes. Ils sont alors dans les pommes, concrètement, car des pommes les cernent de toutes parts, de belles et gigantesques pommes rouges. leurs yeux s'usent sur ces couleurs. Quand ils reprennent la voiture, les prunelles sont pleines de cette magie.


Et le retour bientôt. Les kilomètres les éloignent peu à peu de ces merveilleuses journées. Ils décident cependant de se baigner encore au lac pour prolonger le bonheur. Elle plonge la première, imitant son fils qu'elle vient de retrouver. Son amie la rejoint et les voilà défatiguées du voyage.


Dans les derniers instants, les deux amis  sont installés à l'arrière du véhicule pendant que son enfant reste à ses côtés, car elle conduit. Elle regarde dans le rétroviseur. Elle cadre le sourire des yeux de l'un d'eux à sa droite, son sourire lui répond. Elle cadre à gauche le sourire des yeux de l'autre, et le jeu des yeux se poursuit jusqu'à la fin. C'est la dernière photographie, celle qui ne sera jamais imprimée que dans leurs têtes. Des yeux pleins de souvenirs émus, pleins de beauté et d'amitié. Des yeux complices, émerveillés.

 

 

 




 

Par polly
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Samedi 4 avril 2009

 

Pour la petite fabrique sur la consigne de ça chauffe.




Bip, un nouveau message.

Bip bip vidéo.

Sa main maline s'enfile dans la poche.

Ses yeux coquins filent sous le bureau.

Son cri surprend toute la classe.

On s'affole autour, on rigole plus loin, le prof désorienté demande d'où vient l'histoire.

- C'est Tania, M'sieur, l'a son portable allumé.

- C'est pas vrai enfoiré, répond-elle virulente, il dit n'importe quoi M'sieur.

- Montre ton téléphone Tania, demande-il sévère.

- Mais j'en ai pas M'sieur, promis juré sur la tête de ma mère.

Les filles pouffent, les garçons envoient quelques insanités relevées, des bruitages de basse cour circulent d'une chaise à l'autre. C'est du chamboulement, ça commence à chauffer sous les crânes, l'heure de cours est grillée méchamment. Tania s'effondre en pleurant, le prof envoie le délégué chercher la CPE qui arrive en renfort avec quelques vaillants surveillants. La classe se calme, on fait sortir Tania. Mais sa voisine a la rage, elle se lève pour frapper brutalement le copain de devant.

- Aïe M'sieur, y-a une meuf qui me frappe ! j'peux répondre ?

- Tiens-toi tranquille Léo, s'égosille le professeur dépassé et toi aussi Marie.

La fille se lève et demande la permission de sortir, elle veut rejoindre Tania, elle sait pourquoi elle a crié, c'est à cause de ce dégénéré qui envoie des vidéo dégueulasses sur nos portables.

- oh ! Léo ça chauffe pour toi 

- J'ai horreur des pouffiasses qui font des racontars, réplique Léo désemparé.

Il finit à peine sa phrase, la CPE et le Proviseur sont déjà là. Tout le monde se lève, intimidé par la solennité de cette entrée. Le professeur raconte les derniers évènements, le proviseur raconte la découverte de la vidéo et le numéro de Léo, la CPE raconte que des sanctions sévères vont être prises et parce que c'est une pratique apparemment courante chez les garçons, on va leur donner une belle leçon d'amour propre.

C'est ainsi que le premier pris, c'est-à-dire Léo, est embarqué dans la cour de récré, et nu comme un vers doit faire cent tours de cour, en hurlant des excuses à toutes les filles qui le regardent en rigolant.

Il va sans dire que les téléphones portables crépitent malicieusement, histoire de mettre sur le Net le héros du jour.

Il va sans dire que les filles se mettent à dénoncer avec jubilation tous les garçons qui se sont si mal conduits, présentant leur téléphone aux surveillants, avec ce qu'elles ont religieusement conservé dedans.


PS : cela reste une fiction bien qu'il y ait beaucoup de vérité là-dedans... la sanction ne sera jamais appliquée.

Dommage, hein, les filles ?




 

Par polly
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Dimanche 22 mars 2009

Jean-Louis et Katia.


- Dixième.

Jean-Louis et Katia descendent tranquillement le chemin, dans un semblant de discussion animée et s'arrêtent à un moment parce que Jean-Louis ne peut parler et marcher en même temps :

- Je l'ai accompagné jusqu'au début...

Katia éclate de rire et toute l'équipe aussi, sauf Bruno peut-être qui s'impatiente.

Derrière nous on entend un panier à roulettes qui descend de la petite route, je me retourne et distingue une fine silhouette toute noire, chapeau compris qui avance vers nous.

- Onzième, cette fois Jean-Louis tu fais attention.

La silhouette décidée nous rejoint et avant que le moteur de la caméra ne se mette en marche nous interpelle avec une pointe d'agressivité mêlée de désapprobation.

- Vous faites quoi là ?

- Ben on tourne.

- Vous savez pour le droit à l'image ?

- Ben oui on sait !

- Parce qu'il y a des lois.

- Ben oui, on sait.

- Mais vous tournez quoi ?

Bruno patient explique pendant qu'on piétine entre micro, caméra et répliques que Jean-Louis répète pour ne pas perdre le fil.

Elle insiste.

- Mais pourquoi une fiction vous feriez mieux de faire un documentaire sur toutes ces antennes qui enlaidissent le paysage là-haut.

- Ah ? On n'avait pas vu !

Enfin elle nous laisse après maints commentaires sur ces antennes affreuses qu'il faudra bien qu'un jour la mairie s'en occupe, en plus tout près de sa maison, parce qu'elle habite juste là.

Le tournage reprend avec efficacité jusqu'à ce qu'elle revienne.

- Vous pouvez me donner le numéro de votre association.

- Vous avez Internet, lui demandé-je.

Elle répond que non, Bruno toujours courtois pendant que Jérôme est presque énervé, et ça c'est un exploit, lui donnerait presque son numéro personnel si je n'intervenais. On cherche un stylo, un morceau de papier, on finit par trouver un mouchoir, mais non c'est pas commode, finalement une vieille note fera l'affaire : on est sauvé ! Elle nous raconte qu'elle était journaliste au Progrès de Lyon et comme j'ai une vieille connaissance je la teste pour savoir si elle dit vrai. Apparemment elle le connaît et sait qu'il est en Bretagne désormais. Dont acte.

Satisfaite, elle nous quitte enfin.

La séance de prise de vues recommence tant bien que mal.

Mais le panier à roulettes remonte et nous raconte l'histoire de cet escalier sur lequel sont assis maintenant Katia et Jean-Louis. Ce dernier commence à s'agiter et regarde sa montre, il doit partir à 17 heures au plus tard, j'interviens pour qu'on reprenne rapidement.

Elle file chez elle.

Le moteur tourne enfin, pas longtemps, elle descend l'escalier, toujours avec son panier à roulettes, et nous parle encore de sa maison, celle de son grand-père louée à je ne sais qui.

Et comme on veut filmer Jean-Louis descendre la même rue qu'elle, on attend que la petite silhouette noire disparaisse au loin.

- Il vaut mieux ne pas la prendre dans le champ, dit Jérôme, elle nous ferait un procès pour le droit à l'image.

Heureusement que les rues et chemins et maisons ne réclament encore rien.

Pour l'instant.


Par polly
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Mardi 20 janvier 2009


pour la petite fabrique d'écriture: sur la toile de Joëlle.





Qu'a voulu me dire le vieil homme sur le rocher noir ? Il avait tellement l'air de se moquer de moi. Passer ou mourir ? Encourageant ! Mais as-tu le choix ? Entre la glace qui risque de céder, les boudins de la passerelle qui risquent de tanguer, et la fournaise qui t'attend si tu ne traverses pas, tu ne peux faire la difficile. J'aurais préféré un autre chemin, je n'ai guère confiance en ce pont tout de travers ! Et les arbres là-bas qui me tendent leurs branches, on dirait pourtant qu'ils ont les pieds dans l'écume, est-ce une illusion ? et autour de moi je sens les ombres menaçantes, je dois filer vite jusqu'à ce jeune pin qui m'a l'air d'ailleurs tout aussi perdu... que voulait donc dire ce vieillard sur son rocher avec son grand sourire édenté ? Ici l'enfer, il faut traverser jeune bergère et sauver tes moutons... mais je n'ai plus de moutons... où sont-ils ? Où est mon Patou ? Pourquoi m'ont-ils abandonnée ? Quelle est cette rougeur qui a d'un coup embrasé toute la montagne ? On dirait l'apocalypse. A-t-on lâché la bombe ? Si c'est le cas, qu'importe que je traverse, je serai morte sous peu... traverser le glacier ? Mes moutons ont-ils choisi ce chemin ? Je les entends bêler, j'entends mon Patou m'appeler mais ne les vois pas. Cette passerelle roule sous mes pieds, je ne tiendrai pas l'équilibre jusqu'au bout.... Il vient à moi, Patou chéri est là, je saisis le collier et il me guide jusqu'à l'arbre où je m'effondre à ses côtés, regardant ahurie et harassée ce feu qui dévore le flanc de la montagne... je ne me souviens de rien, juste d'un grand élancement dans ma tête et de mon évanouissement, je ne me souviens que de ce vieillard ironique qui me tançait avec son enfer puis de ma fuite vers la passerelle, celle qui m'a toujours fait peur au-dessus du glacier. Un volcan se serait-il éveillé ?

-          Réveillez-vous Mademoiselle, réveillez-vous.

D'où vient cette voix ? Que me veut-elle ? Dans quel cauchemar suis-je encore ? Ce n'est pas Patou, il me parle une autre langue, une langue âpre et douce à la fois, une langue de tendresse qui s'exprime dans toutes les fibres de son corps trapu et musclé. Que me veut cette voix ?

-          Elle revient à elle.

Et je découvre que mon arbre est un appareil respiratoire et qu'autour de moi clignote la machine à garder en vie. La lumière m'est insupportable. On me tient la main, je tourne douloureusement la tête et dans le flou du regard j'aperçois du soulagement sur le visage de ma mère.

-          Ce n'est rien ma chérie, tout va bien. On t'a ramenée saine et sauve.

Sous le masque j'essaie d'articuler mes questions : mes moutons, mon chien ? 

-          Ne t'inquiète pas, tout va bien pour eux. Patou est venu prévenir les secours.


Par polly
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Mercredi 19 novembre 2008
  aujourd'hui, un peu pressée je dépoussière... juste un clin d'oeil, comme ça, à tous ceux qui boudent....

rodin-penseur.jpg Le penseur de Rodin (source Google)
Mais chacun sait que le penseur ne pense pas, il boude.

 

Serge avait une manie, quand il était fâché, il ne parlait plus. Bouche cousue. Marinette avait beau le solliciter, c’était haussement d’épaules, de sourcils, et lèvres mordues. Il ne la regardait plus, ignorant jusqu’à ses petits plats qu’elle continuait de cuisiner dans la fausse bonne humeur comme si tout allait bien. Habituellement, leur couple s’entendait, partait en de nombreux voyages, participait toujours joyeux aux fêtes amicales, et pratiquait ensemble loisirs sportifs et culturelles. Mais, de temps à autre, il boudait fermement tout un jour, parfois deux, sinon trois quand la crise était grave. Elle savait, pour en avoir maintes fois discuté avec lui, qu’elle en était la cause. Oui, elle, Marinette. Elle avait failli pour des vétilles souvent. Parfois parce qu’elle avait oublié un rendez important pour lui, une autre fois elle avait préféré une promenade plutôt que la corvée du jardin, ou encore parce que les papotages avec la voisine duraient au-delà de l’heure raisonnable. Et les années passant, Serge boudait de plus en plus souvent, comme s’il avait besoin de ce silence pour la punir.

 
 
 

Marinette, cette fois-là, décida de ne pas parler non plus. La journée passa par la valse des petits papiers de Serge auxquels Marinette ne répondait pas. Elle les lisait discrètement, et se gardait de les toucher, le laissant à sa perplexité. Les avait-elle lus ? Il continuait malgré tout à se taire.

 

Le soir même, ayant préparé réveil, montre et téléphone portable pour les alarmes du matin, Serge qui avait des difficultés à se lever, laissa sur le chevet de Marinette, en gros caractères, à l'encre rouge le message suivant :

 

 « Réveille-moi à 6 heures, il ne faut pas rater le bus ».

 
 
 

Le tintamarre des sonneries n’ébranla pas Serge qui ronflait tranquillement.

 

Marinette se leva, prit à son tour un petit papier qu’elle posa délicatement sur la table de chevet.

 

« Il est 6 heures, réveille-toi ».

 
 
 

Serge se réveilla à huit heures quarante cinq. Marinette était déjà loin, elle n’avait pas raté son bus.

 
 
 
 
 

PS: C’est bien sûr une fiction, Serge et Marinette n’existent que dans mon imagination, mais la chute m’a été contée, je remercie donc ces deux-là qui savent si bien se moquer d’eux-mêmes.

 
 
Par mpolly
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Mardi 11 novembre 2008






Elle salue sobrement avant de s'asseoir avec raideur sur le tabouret. La mélodie soupire mollement, toute recroquevillée dans l'élan qui attend.

Le public attend aussi déjà déçu.

Elle ferme les yeux.

Les mouvements des bras s'accélèrent et peu à peu rythment le joyau musical. Le corps lui-même s'assouplit.

           Alors..

           Alors les doigts agiles transforment la partition, de longs doigts fins, habiles à caresser les touches. Ils courent sur le clavier, embrasant les blanches et les noires. Ce ne sont plus des doigts, ce ne sont plus des mains, c'est le piano dans sa logique continuité. A moins que ce ne soit l'inverse, elle, prolongée par cet organe vital, elle, unie à l'instrument, elle, voyageant sans retour sur les rives de sa musique interne, tout son être impliqué dans l'abîme symphonique.


Elle ne joue pas: elle respire. Elle ne joue pas: elle vit. On entend les pulsations d'un cœur géant. La sonorité des touches s'efface et donne toute la place à d'autres instruments : sonnent clochettes et hautbois, claquent tambours et triangles, carillonnent harpes et clarinettes, caracolent flûtes et violons.


            Un étourdissement.

            Un éblouissement.

            Les auditeurs dans l'émerveillement.


Quand cesse la musique  les mains restent posées sur le clavier, à peine effleurent-elles son nacre. Elle ne bouge plus, offerte au silence qui résonne dans la salle. Peu à peu le voile de l'émotion se déchire, des spectateurs se lèvent encore chancelants. L'ovation éclate tonitruante. Elle salue et redevenue toute frêle se retire à petits pas.


Par polly
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Lundi 3 novembre 2008
              
          Une nuit ou peut-être un matin, j'ai fait un rêve. Je n'écris jamais mes rêves au lever, mais celui-là... je ne pouvais pas le laisser s'échapper...
        Je vous le livre ici... si vous avez des idées d'interprétation. J'ajoute que je n'étais pas en période de concours, et je n'avais aucun enjeu particulier. C'était l'été...




      Je me trouve avec un ami, je lui explique que je sais que Camus a écrit des « lettres blanches » que j'aimerais lire. Tu veux dire « les lettres noires » celles que tout le monde connaît. Non, des blanches, elles sont secrètes. J'ai un contact téléphonique, mais on ne me répond pas. Mon ami plus chanceux trouve un interlocuteur au bout du fil et avec sa voix douce convainc la personne de me recevoir.


       J'ai un rendez-vous.

      J'arrive dans un pays aride et collineux, avec une végétation des pays secs.  Le Lubéron ? Après le village fermé et vide, j'arrive près d'une maison très particulière. J'atteins un escalier de bois, je monte et sur une première terrasse tout en bois des fillettes jouent sur des balançoires. Deux femmes s'approchent mais je ne me souviens que d'une seule : une cinquantaine d'années, le cheveu légèrement frisé, grisonnant, court mais touffu, une belle tête ronde aux yeux clairs, le teint brun, le corps enveloppé et moelleux, une robe estivale, plutôt longue et aérienne. Elle est à la fois chaleureuse et distante. Pas de vrai sourire, une courtoisie coutumière et je lui parle de mon rendez-vous.


      Un homme s'avance, la soixantaine, petit, avec un visage aux grands yeux sombres et caverneux. Les cheveux ras et gris, le ventre rebondi d'un bon vivant, un nez petit, la bouche fine et serrée, je le regarde intensément, c'est mon rendez-vous. Il m'invite à déjeuner. Je crois que mon fils m'accompagne, il joue avec les filles, c'est juste une impression fugitive. La maison est extraordinaire. Je ne rentre jamais à l'intérieur mais l'extérieur est fait de terrasses successives, qui se rejoignent par des escaliers, le tout en bois. J'admire le paysage, une vue surprenante : un gros coteau vêtu d'âpres buissons mais très verts, au loin les collines, toutes fidèles  au coteau, ondulent les unes après les autres. On ne voit pas le village. J'ai l'impression d'être sur un île au milieu de nulle part.


      Je suis bien, et je le dis. Je mange des fruits et légumes incroyables, que je ne connais pas, et là encore fugitivement je vois mon fils se régaler. Au dessert une belle grappe de raisin dans mon assiette, l'homme appelle les enfants pour venir terminer leur repas, parce que jusque là chacun faisait comme bon lui semblait. La grande femme qui m'a accueillie est toujours silencieuse, mais je palpe une sympathie. 


     Enfin il me demande comment j'ai su pour « les lettres blanches » et je ne sais pas ce que je lui réponds. Je lui parle alors de Camus parce qu'il veut savoir pourquoi je m'intéresse à lui. Alors je raconte qu'aucun auteur ne l'égale pour moi, non pas pour ce qu'il a écrit, même si j'adore tout particulièrement « la chute », d'ailleurs je ne connais pas son théâtre, à peine ses essais, et je connais d'autres écrivains tout aussi formidables, et on discute de Proust un moment. Le visage de cet homme reste sévère mais je sens son attention, il m'observe un peu comme un félin sauvage à l'affût d'une proie, mais je suis solide, épanouie et sans réserve, ma confiance en lui est totale. Je raconte encore combien l'homme Camus me touche, son intégrité, ses combats, son amour des femmes, son hyper sensibilité, ses élans, ses passions. Je vois mon auditeur s'attendrir même si je ne cherche aucunement sa tendresse, elle m'indiffère parce que je déroule mon Camus dont je poursuis l'éloge, sachant dire aussi et surtout son humanité, c'est-à-dire sa violence intérieure.

     Maintenant je dois partir. Etonné il me demande « vous ne voulez pas lire ces lettres ? » Je lui réponds bien sûr ! mais j'attends sa décision. Et je lui dis mon projet de découvrir Alger la blanche et Oran sur les traces de l'enfant Camus. Il me demande pourquoi pas sur les traces Rimbaud, je lui réponds que Rimbaud n'a pas pour moi-même le même ,intérêt c'était un enfant génie dont  la colère n'a profité qu'à la poésie. Je ne suis pas attachée à l'homme Rimbaud, ni à l'homme Proust. Je connais un seul autre écrivain qui me touche autant c'est Michel Eyquem, monsieur de Montaigne. Camus m'émeut. L'homme me regarde avec un sourire qui dit qu'il est bouleversé.


     Mon rêve se termine sur ce sourire, je sais que je vais pouvoir lire ces lettres, mais apparemment pas dans ce rêve-là.


     Je ne vais pas analyser ce rêve, ce que j'en retiens est la beauté et la douceur, et le bien être dans lequel je suis. Ce n'est pas tous les jours qu'on peut raconter ce qu'on vit ailleurs dans un étrange coin de son cerveau. Je regrette aussi de n'avoir pas su décrire avec précision cette maison avec ces enfants qui rient, qui se chamaillent, toute cette vie qui envahit l'espace, cette tablée colorée de grands plats débordants de variétés inconnues et si riches en textures, parfums, couleurs, ses odeurs de pins, de thym, de lavande, la tranquille assurance de ces gens sur leur promontoire, leur bienveillant accueil malgré une méfiance légitime. Et surtout la saveur des fruits goûtés, le raisin final, je ne l'ai pas mangé, j'avais eu en bouche tant de divin nectar que j'étais rassasiée.


 

Par polly
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juste pour vous...


Sur les conseils de

Quichottine, j'ai créé une page juste pour vous.
Si vous n'avez pas le temps, ou que le billet ne vous intéresse pas, ou que vous n'avez pas envie pour l'instant, vous avez peut-être quelque chose à me murmurer...
c'est
ici.

intro


Décider follement d’éditer sur le Net quelques nouvelles et autres fantaisies est à la fois constructif et dénudant. Dénudant parce que nos fragilités, nos travers, nos tics et nos tocs s’exposent sans vergogne. Constructif parce que les mots plus ou moins bien enchevêtrés deviennent notre château en Espagne, notre moulin à vent, notre petite maison dans la prairie… L’écriture est mon petit fort dans le sable, l’écume qui en efface les traces, un éphémère dans la lumière d’un soleil voilé. Ce n’est pas ma vie, ce n’est pas la vie mais elle donne l’élan ou le recueillement qui manquent dans le tourbillon d’un monde qui ne tourne pas très rond.

 

Et que vogue le blog.


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parce que les méthodes policières pour vos enfants, c'est aussi ça: écoutez....

 
Ceux qui luttent ne sont pas certains de gagner, mais ceux qui ne luttent pas sont déjà sûrs d'avoir perdu.







L'argent-dette
si vous avez une petite heure devant vous et que vous voulez comprendre ce que représente l'argent aujourd'hui, je vous conseille une petite visite sur ce site:
http://vimeo.com/1711304





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marchandise, vous trouverez toutes les nouvelles éditées sur ce blog, mais vous pouvez préférer la version papier, et dans ce cas vous aidez l'association que j'ai choisie pour cet ouvrage.



le petit dernier: à l'ombre de Wotan.
C'est le scénario 2009.
Les bénéfices iront au CYPIEE, à l'équipe de tournage
pour un peu d'équipement.


Accédez à l'édition en cliquant sur le livre


Acheter A l\'ombre de Wotan

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