Mercredi 14 mai 2008

 

Proposition de la gazette des blogs.

Lettre de haine et sa réponse.


 

 

Vous n'avez pas honte ! Vous êtes un type peu recommandable, une ordure ! Pourtant j'en ai connu dans ma vie, mais des comme vous ça dépasse les bornes ! Si vous continuez à faire du tapage nocturne avec vos prostituées sous mes fenêtres, je vous avertis, je préviens la police, parce que je ne supporte plus vos orgies dégueulasses.

Et comment osez-vous devant les enfants de la rue vous promenez avec ces femmes sans morale, à peine habillées, c'est un vrai scandale ! Et sous mes fenêtres c'est encore pire. En plus elles me provoquent, regarde vers chez moi en m'insultant, c'est devenu insupportable.

Mais qui vous a appris la politesse ? Qui vous a éduqué ? Votre mère devait être sacrément mauvaise pour que vous soyez devenu un tel goujat. Vous insultez ma porte, mais aussi tout le village avec vos manières impossibles, vous êtes haïssable, et vous serez puni pour vos agissements, si ce n'est pas dans cette vie, ce sera plus tard quand vous rendrez des comptes là-haut.

Maintenant je vous aurai prévenu, la prochaine fois que vous mettez votre sale musique à fond, je rameute tous les voisins et vous aurez de nos nouvelles, et si ça ne suffit pas on portera plainte, et vous ne serez plus jamais tranquille par ici, nous aussi on peut vous pourrir la vie. Soyez sûr que je ferai tout ce qu'il faut pour ça.

A  bon entendeur, salut.


 

 

Chère voisine,


Je suis effaré par les propos que vous tenez sur mon compte, effaré mais aussi à moitié mort... de rire.


Depuis combien de temps n'avez-vous pas changé de lunettes, parce que mes amies et amis ne se sont jamais comportés comme vous les décrivez. Et jamais ils ne se seraient permis de vous insulter, s'ils rient parfois (rarement) sous vos fenêtres c'est qu'ils discutent entre eux, jamais sur vous. Qui s'intéresserait à votre petite personne aigrie, toujours veillant derrière ses rideaux ?


Et à quels moments m'avez-vous vu avec des filles à moitié nues ?

-          Prenez-vous vos désirs pour des réalités ?

-          Regrettez-vous quelque part votre jeunesse dépravée ?

-        Vous sentez-vous des accointances avec les bénitiers pour halluciner de la sorte ?


Assurez-vous aussi que votre appareil auditif n'est pas déréglé et que vous n'avez pas quelques acouphènes que vous prenez pour de la musique.


Je me suis informé auprès de nos voisins, et ma foi, je suis rassuré sur moi, et très inquiet pour vous. Personne ne semble vous supporter, et chacun m'a chanté un refrain fort regrettable sur vos agissements. Il paraît que votre méchanceté n'a d'égale que votre immense bêtise. Connaissez-vous votre surnom? Ils vous nomment la pintade, personnellement je ne trouve pas ça très sympa pour ... les pintades. 


Sachez cependant, chère voisine, que si vous vous avisez à venir m'empoisonner la vie, vous ne serez pas déçue de la réception qui vous attend.


Allez, soyez courageuse, osez venir, et cessez de vous planquer derrière votre rideau sale, ou alors lavez-le, vous y verrez plus clair.


Je vous souhaite le bonjour.

 

 

 




 

par polly publié dans : Jeux d'écriture communauté : La gazette des blogs
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Dimanche 4 mai 2008

Pour la petite fabrique sur un tableau de Joëlle.

 

 

 



J'avais à peine cinq ans quand mes parents m'ont vendue au patron de cet atelier de tissage. La première chose qui frappa la petite fille crasseuse que j'étais fut l'odeur âcre qui était à peine respirable, odeurs de laine et de teinture, odeurs de la poussière et de ces hommes et femmes qui suaient, silencieux, et qui sans cesse avaient leurs mains à l'ouvrage. Je n'étais pas la seule enfant, certains de deux ans mes aînés tissaient déjà, un très jeune garçon était chargé de récupérer tous les bouts de fil. A mon arrivée il ne me regarda pas, perdu dans des pensées que je ne connaîtrais jamais. On m'affecta près d'un homme déjà âgé, je devais trier le fil pour lui et le lui tendre dès qu'il en avait besoin, et en même temps je devais apprendre ses gestes. Le soir, je dormais sur une paillasse près des autres enfants, ils étaient très organisés déjà, et ne me firent que peu de place. Mais je survécus.

Je regardais les mains qui allaient, venaient, tiraient le fil, coupaient, revenaient sur le métier, repartaient. Il ne parlait jamais, m'ordonnait d'un coup d'œil ou de tête ce que j'avais à faire. Il ne souriait jamais non plus.

J'admirais sa dextérité, c'était le meilleur ouvrier de la fabrique, il mariait les couleurs dans des tissages toujours renouvelés, dans des arabesques, des ondulations, des ornements qui naissaient au gré de sa fantaisie et qui racontaient tant de légendes de notre grand pays. Je les écoutais, fascinée.

Le patron houspillait les autres, jamais mon tisserand; il passait à côté, regardait, poussait un soupir satisfait et s'en allait. Je ne sais pas si j'apprenais, mais je sais que ses mains furent mon paysage quotidien, douze heures, parfois quinze heures d'affilée.

J'étais là depuis une trentaine de jours quand le tisserand vint me chercher une nuit. Il avait repéré mon coin de repos, il me secoua légèrement, posant un doigt sur la bouche et je le suivis. Dehors, il m'enroula dans une couverture et m'emporta sur son dos comme un vieux sac. Je sais qu'il marcha longtemps, je me souviens d'avoir dormi au rythme régulier de son pas.

Il me déposa devant une maison blanche, dans un quartier riche, il frappa doucement à une porte latérale, on l'attendait sûrement car une femme vint ouvrir aussitôt. Elle me regarda à la lumière du hall, fit un signe d'acquiescement à mon tisserand, et il partit, me laissant à ce luxe et à mon anxiété.

Je fus choyée comme une princesse, on me lava, on me coiffa, on me revêtit de beaux atours, on me donna une chambre immense avec un lit moelleux. La femme s'appelait Madja, elle s'occuperait de moi pour l'instant. Mais d'abord il fallait que je fasse bonne impression, on me présenterait au maître de la maison le lendemain.

Du haut de mes cinq années je trouvai que le maître ressemblait à une grosse barrique rose. Il me fit tourner trois fois sur place, observa ma denture comme on le fait à un cheval. J'avais peur. Il rit de ma peur et je ne comprenais pas son dialecte.

-          Ton mari a su trouver l'enfant idéale. Mes compatriotes arriveront dans une semaine, prépare-la, qu'elle apprenne l'anglais, c'est primordial.

Madja me traduisit ses propos. Je ne savais pas si je saurais apprendre une langue en si peu de temps. Mais je ne voulais pas décevoir, le lit était confortable, la nourriture excellente, pour le moment c'était l'essentiel pour l'enfant affamée et déshéritée que j'étais.

L'institutrice me harcela tous les jours pendant des heures, j'en regrettais le silence de mon tisserand, mais je progressais rapidement. Quand elle était satisfaite, elle me donnait une feuille et des crayons, et je dessinais.

Des mains.

Les mains du tisserand. Comme une obsession.

Ils arrivèrent.

La femme, toute en hauteur et maigreur, fut séduite par ma lourde toison noire et bouclée et mes grands yeux verts qui illuminaient mon visage brun. J'avais l'impression qu'elle était là pour choisir un chiot, et c'était un peu ça. Son époux rigide dans son uniforme colonial me toisa impassible mais je vis dans ses prunelles une petite lueur malicieuse.

Pendant qu'ils discutaient autour d'un verre de Brandy, je me concentrais sur mon dessin. Les mains du tisserand devenaient de plus en plus réelles malgré mes maladresses. Ma future mère adoptive se délecta de ce talent précoce. Je ferais un jour les beaux arts. J'eus presque pitié d'elle devant ses rêves fous. Ne savait-elle pas d'où je venais ? Dans ma petite tête, je révisais mes leçons de conduite, mes leçons d'anglais, je devais être conforme aux attentes pour sortir de la misère. Cela ressemblait à un conte, mais je restais sur la réserve. Privée d'amour, je n'avais jusque là été qu'une marionnette qu'on vendait aux plus offrants. A cinq ans j'avais accumulé une expérience bien lourde. Je me méfiais. Et avec le recul, je sais que je les ai bien déçus ces parents fortunés qui voulaient peut-être mon bonheur, mais au fond de moi, je ne pouvais m'empêcher de penser que j'étais là pour la décoration et pour faire valoir leur charitable générosité.

Cependant, elle a tenu sa promesse, j'ai pu suivre les beaux arts à Londres.

Ma consolation : je peins.

Des mains.

 

par polly publié dans : Jeux d'écriture communauté : La Petite Fabrique d' Ecriture
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Mercredi 23 avril 2008

Pour l
a petite fabrique:

évoquer un vêtement ou un accessoire vestimentaire adoré, rêvé, détesté...

 

Non, je ne m'en souviens pas. Mais j'ai la preuve.

Je ne sais pas comment vous appelez cet infâme nœud dans les cheveux que les fillettes des années 50 se devaient de porter, chez nous c'était le kiki.

Sur toutes les photos prises dans ma plus tendre enfance j'abhorre ce nœud blanc, bien raidi d'amidon qui fait comme un énorme papillon dans mes fins cheveux clairs.

Je ne m'en souviens plus.

Décoration désuète.

Je ne m'en souviens plus mais j'imagine mes mères me coiffer pour la photo que tonton veut prendre avec son appareil tout neuf.

J'imagine maman patiente car l'enfant ne l'est pas, elle bougeotte sans arrêt sur sa chaise haute,

J'imagine ma grand-mère moins patiente qui se met à l'ouvrage, prenant le relais de sa fille épuisée par les cris stridents que je dois pousser quand la barrette méchante écorche le crâne doux.

J'imagine leurs efforts pour transformer ce petit caractère insoumis en fillette sage qui sourira à peine à son oncle.

De l'oncle je me souviens, plein de rires et de grimaces, celui qui me levait très haut au-dessus de sa tête dans des voltiges que j'adorais pendant que mes mères hurlaient contre lui. Des fois qu'il m'abîme. Qu'il abîme le kiki.

Partout sur les photos le kiki prend toute la place, je ne vois que lui. Il est là comme un clin d'œil de ce que je devais subir pour ressembler à l'image idyllique que se forgeaient mes mères de la femme que je serais.

De photo en photo je grandis, et j'ai dû gagner contre lui car il n'apparaît plus dès mes quatre ans.

Ma petite sœur avait hérité du kiki blanc dans sa toison brune, et là je me souviens de la liberté dans mes cheveux et aussi dans mes jeux, mais c'est une autre histoire.

 

 


par polly publié dans : Jeux d'écriture communauté : La Petite Fabrique d' Ecriture
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Samedi 12 avril 2008

Devoir de Roland.
Cinq en un.
Roland part en vacances et nous laisse une consigne par jour. Le temps manquant, j'ai utilisé cinq consignes à la fois.
La première pour nous dégoûter fut d'inclure les mots suivants : affût, secourir, improbable, télécommande, indubitablement, tâter, possible, souhait, martinet, sustenter, gaillard, orifice.
La deuxième : la phrase du début, la troisième la phrase finale, la quatrième utiliser les pages roses (débrouillez-vous avec Internet), la cinquième: le thème de la rupture (succinctement traité, désolée Roland).


Bien que dans l'obscurité la plus absolue, je sentais la rue qui s'éveillait. Je pouvais m'endormir. Je ne m'endormais jamais sans ce bruit de pas qui claquait au-dessus de ma tête, il me rassurait. Et dans la soirée je saurais comme d'habitude m'extraire discrètement pour aller chercher pitance et une bonne bouteille pour m'aider à passer ma nuit avec quelques convives trouvés dans les jardins de ville.
J'avais depuis un mois trouvé cette cave dans un immeuble ancien où je m'étais réfugié un jour de grosse pluie. J'avais profité du silence des vacances pour l'explorer, et avec un rossignol j'en avais visité les allées, puis les profondeurs. Et miracle, j'avais découvert ce trou noir tout vide du débarras habituel. Il sentait encore le charbon d'antan, une planche clouée en obstruait la trappe, mais j'en avais perforé un bout, l'orifice me permettant parfois de rester à l'affût des jambes qui couraient sur le trottoir et parfois me rincer l'œil de belles entalonnées dont le bas à résilles émoustillait le gaillard que j'étais encore. Ce n'est pas parce qu'on est pauvre qu'on n'a plus de désir.
Mais mon sommeil fut de courte durée. Des outils martelèrent mes tympans fragiles. Le problème dans ce refuge précaire est que je ne pouvais me montrer en plein jour car je courais le risque d'expulsion immédiate et pire une possible arrestation qui était d'autant moins improbable que je nichais dans un immeuble cossu, empli de bien pensants peu enclins à secourir le pauvre hère que j'étais. Et je dus patienter toute la journée et résister au souhait terrible qui me tenaillait de fuir cet enfer acoustique.
Quand l'heure des téléviseurs sonna, je me glissai hors de la tanière et comme je tâtai le mur qui me guidait jusqu'à l'escalier - j'évitais l'interrupteur pour ne pas éveiller la curiosité d'un quidam qui aurait quelque retard - je posai la main sur ce qui avait été creusé. Indubitablement, on avait préparé une tranchée, et ma main la suivit jusqu'au hall d'entrée et même jusqu'à la porte. Je supposai qu'ils installaient quelque fermeture à télécommande, ce qui me contraria car contre l'électronique mon rossignol ne pouvait rien.
Mais pour l'instant je devais sustenter mon estomac engourdi par la faim, je connaissais quelques poubelles riches pas loin d'ici. Quand j'eus récupéré les restes d'un repas de fête, c'était rare en ce moment, je me dirigeai vers le parc habituel où j'étais sûr de trouver mes potes. On connaissait l'astuce pour entrer, il suffisait de se glisser là où le grillage avait été scié discrètement et en se protégeant franchir la haie touffue.
Marcel et Constance m'attendaient. Constance avait dans la main un petit oiseau au bec recourbé qu'elle avait ramassé près d'ici. Je reconnus d'emblée un jeune martinet. Je lui dis qu'il était sans doute tombé d'un nid, et que cette espèce ne se posait jamais car elle ne savait pas s'envoler. Elle s'étonnait toujours de l'étendue de mes connaissances et me répétait sans cesse qu'avec le bagage que j'avais elle ne comprenait pas que j'étais dans la rue. Ce soir là, je ne sais pourquoi je m'épanchai un peu plus à cause sans doute du bon vin qu'avait trouvé Marcel. Je racontai longtemps ma vie d'avant, mon épouse, mes enfants, son départ un jour, si imprévu pour moi qu'il m'avait laissé abasourdi et déboussolé à jamais, la longue chute dans l'alcool et la perte de mon emploi, et les amis qui tournent le dos, et la déchéance qui s'installe. Et on pleura tous les trois lamentablement.
Quand ils furent trop fatigués pour pleurer encore et s'écroulèrent d'émotion autant que de fatigue je les laissai à leur lourd sommeil et rejoignis la rue. Quatre heures sonnaient au clocher voisin.
C'est alors que je les vis. Elle était toute chétive, toute jeune, et il la battait. Comme j'avais des restes chevaleresques je me précipitai sur lui, n'ayant pas vu le couteau qu'il tenait fermement. Elle hurla quand mon corps dans son élan fit trébucher l'homme, et elle en profita pour s'enfuir. Je sentis la lame entrer tendrement dans ma chair et m'écroulai. Il se dégagea et après quelques coups de pied dans ma tête qui sonnaient de mille feux, il partit à sa poursuite. Testis unus, testis nullus, me dis-je in petto. J'étais un témoin peu crédible, à la fliquerie personne ne me prendrait trop au sérieux, on chercherait le coupable dans mon milieu alors que je pouvais donner le signalement de ce brave saigneur que le costume chic classait forcément dans ce quartier rupin. J'étais une pauvre larve abrutie de bons sentiments, couillon une fois, couillon à jamais. Je me traînai jusqu'à l'immeuble mais ne pus ouvrir cette satanée porte, j'avais laissé le rossignol dans mon cabas oublié sur le pavé de la bagarre. Attendant dans le renforcement d'à côté, je m'assis en espérant qu'un fêtard rentrerait.
Je somnolais quand enfin le tintement de clefs me prévint. Je la vis s'ouvrit largement sur son hall de lumière, et me précipitai avant que le pêne ne s'enclenche, mais je m'écroulai incapable de l'atteindre.
Et la porte se referma.

 

  Ne me demandez pas la suite, Roland s'en chargera.

  Première suite de Roland: http://roland.ivy.over-blog art...
par polly publié dans : Jeux d'écriture communauté : Nouvelles d'ici et d'ailleurs
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Vendredi 14 mars 2008
 
Je dépoussière Magritte, la paresse est la plus forte en ces jours.
Bonne lecture.



Ecrire autour d’une image. Proposition d’Azalaïs.

 

 
 
Magritte, la condition humaine 1.
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- Dis René, pourquoi tu n’as pas peint les enfants qui jouaient dans le champ ?

 

- Parce qu’ils sont trop vivants.

 

- Tu refuses de peindre les vivants ?

 

- Sauf toi ma Muse.

 

- Mais ça veut dire que je ne suis pas vivante alors ?

 

- Ça veut dire que tu es vivante dans mon œuvre.

 

- Et pas dans ta vie ?

 

- Sans toi je n’aurais pas de vraie vie, je n’aurais que mes pinceaux, et ce n’est pas la vie, seulement des morceaux de ce que je vois. Toi, je te vois toute entière.

 

- Et les enfants ? Tu ne les vois pas ?

 

- Je leur épargne l’immobilisme éternel dans un carré de toile aussi grand fut-il.

 

- A nous tu ne l’épargnes pas, est-ce notre cimetière ?

 

- On se souviendra de notre amour comme immortel.

 

- Mais ces enfants mettaient de la gaîté dans le jardin.

 

- Et mon tableau n’est pas gai ?

 

- Je ne veux pas dire ça, René, dans ton tableau on t’imagine devant ta toile, sérieux et concentré.

 

- Tu te trompes, ma Georgette. Il ne raconte pas le peintre, seulement son regard, il montre que l’image est à jamais limitée, et que la vie est hors d’elle, il montre la fausseté de l’image. La toile devant la fenêtre n’est pas la toile du peintre, tout n’est qu’illusion.

 

- Tu te moques René.

 

- Oui, je me moque du monde qui prend tout ça très au sérieux.

 
 
Magritte, la condition humaine 2
magritte-human-condition.jpg2.jpg
 

 

- Dis René, pourquoi tu n’as pas mis les gens sur la plage ?

 

- Je leur évite le ridicule, ma Tendre Muse.

 

- Tu les trouves ridicules ?

 

- Absolument. Avec leurs horribles bonnets, leurs maillots, leur impudeur.

 

- Moi je les aimais bien, la plage était vivante avec tout son bruit.

 

- Et moi je désirais le silence et je le désire encore si tu te tais un peu.

 

-

 

-

 

-

 

-

 

- Hum !

 

- Oui, Georgette ?

 

- J’aime beaucoup ce que tu as peint, tu élargis la plage, le ciel et la mer, on a une impression d’infini… ces couleurs sont apaisantes.

 

- Moi j’aime beaucoup le tricot que tu es en train de me faire, et je languis l’hiver pour pouvoir le porter.

 

ren---magritte.jpg


images source Google.
par mpolly publié dans : Jeux d'écriture communauté : Nouvelles d'ici et d'ailleurs
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Vendredi 29 février 2008
.
 La Gazette des blogs propose:

«  On dit que dans le cyberespace il existe un blog maudit, malheur à celui qui le lit, malheur à celui qui y dépose un commentaire, sa vie ne sera plus jamais la même, il sera à jamais prisonnier de la malédiction virtuelle… Les rumeurs les plus folles circulent à propos de ce blog. C’est une histoire que les blogueurs se racontent le soir en chuchotant sur leurs claviers…Beaucoup croient que ce n’est qu’une légende car ils ne l’ont jamais lu mais moi, je sais qu’il existe vraiment… »

 
 

   
 

Cyberspace, blog, virtuel…. Ben voyons ! Comme ils me cassent, on dirait, sur la gazette des blogs. Pourtant je l’aime bien ce blog ! Je ne lui ai jamais fait de mal et lui non plus. Là, je suis pas trop content.

 

Moi, j’ai rien fait, je jure. Et on me condamne comme ça pour le plaisir du jeu. Une légende ? N’importe quoi ! A vrai dire, je ne sais pas s’il cause vraiment de moi, parce que depuis quelque temps je me fais discret. Et c’est qui celui qui m’a vu ? L’ose pas dire son nom ! Trouillard ! Moi, je suis pas méchant, juste énervé parfois.

 

Je vous explique :

 

J’ai juste eu un moment de rage tout au début quand je ne savais pas me dépatouiller avec OB. Il m’en a fallu du temps pour organiser un espace agréable et gentil et puis j’ai eu un commentaire pas très sympathique, et puis deux, et puis trois. Je ne comprenais pas, je ne les connaissais pas, moi, ces gens-là. Que me voulaient-ils ? Mon blog était ce qu’il était, avec des boules de pétanque qui se la jouaient doucement sur un cochonnet tranquille. Je traçais des trajectoires, et de temps à autre je montrais mes meilleurs biberons en vidéo cool. On a le droit d’être fan de pétanque, non ? Et c’est une vraie passion plus que de la boule lyonnaise (désolé Captain Lily) parce qu’à la pétanque on s’engueule pour de rire, et j’aime bien ça, m’engueuler pour le plaisir. J’embêtais personne, moi, je partageais, c’est tout !
Et ces gugusses sont arrivés avec leur grande moquerie, leurs sarcasmes déplacés, et leur perversité parce qu’ils me laissaient des trucs pas racontables sur les boules.

 

Moi, je suis pas méchant mais quand on m’énerve un peu, j’encaisse mal. Alors je suis allé sur le leur et j’ai fait à l’identique. Pardi ! J’allais pas me laisser enfoncer un cochonnet dans la gorge. La guerre était déclarée.

 
Bien !
 

Quand il y a guerre, il y a stratégie. Je me suis mis comme un dingue à fréquenter les forums, les chats, toutes les combines pour maîtriser un maximum de connaissances afin de gérer efficacement mon blog.

 

Et j’ai réussi à faire des manipulations assez crash, genre je mets un commentaire chez quelqu’un et il peut plus s’en défaire, un commentaire bien salé si possible. Je sais faire sauter comme rien le modérateur. Facile !

 

Chez moi, ça bougeait aussi du coup. On venait l’écume baveuse sur le clavier m’insulter. Comme je ne joue pas qu’à la pétanque et que je suis un grand chasseur de palombes, je sais la patience qu’il faut pour l’affût, et j’affûtais mes armes informatiques.

 

Et j’ai visé.

 

Mais je ne m’attendais pas au résultat. Ben ça non !

 

J’avais sûrement bidouillé de travers. Les blogueurs les plus avertis ne devaient pas en revenir. Impossible désormais pour eux de publier, de se balader chez les autres, coincés dans leur écran plat. Je les ai vus s’agiter dans leur prison virtuelle à faire des gestes de SOS. Moi-même je ne savais pas revenir en arrière. Alors j’ai arrêté. J’en avais atteint six. Pas plus promis, que six ! Et voilà qu’on m’accuse de détraquer tout le monde ! Je me demande d’ailleurs toujours s’ils sont encore dans leur écran, je n’ose plus aller voir, ni même aller voir personne, sauf la gazette, silencieusement, en passant par des chemins de traverse, sans déranger le monde, j’avais pas envie que les quatre mignonnes qui s’en occupent soient à leur tour enfermées dans leur blog. Remarquez à quatre, on peut faire une belote.

 

D’une certaine manière je suis coincé aussi, j’ai essayé de supprimer mon blog, mais voilà, il refuse. Il s’ouvre dès que je branche l’ordinateur, un vrai pot de colle. J’ai bien essayé sur des ordinateurs d’amis, mais depuis que ces derniers ne s’ouvrent que sur mon blog, ils me haïssent.

 

Pourtant je vous jure j’étais pas un méchant gars, mais je crois bien que j’ai mis un peu la panique partout. Enfin, vous voyez bien je n’ai pas fait grand-chose, alors pourquoi me maudire comme ça ? Je me suis juste vengé un peu et comme je ne suis pas un grand informaticien, j’ai pas su effacer. Et je ne peux plus le faire parce que mon blog il est coriace à fond, comme s’il avait une vie propre, et ça je contrôle pas.

 

Sinon, vous pensez bien, je l’aurais fait. Quoique !

 

Je vais aller lire ce qu’on dit de moi, et je vous souhaite que ça ne m’énerve pas.


Et si vous avez lu jusque là,
alors vous avez compris
que j'suis un peu zazou.



par polly publié dans : Jeux d'écriture communauté : La gazette des blogs
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Jeudi 21 février 2008

 

Pour la petite fabrique d'écriture, la nouvelle consigne:

"Tu prends la première rue à droite", 

puis se laisser aller là où votre imagination vous porte au fil de l'écriture!
       
 

 Ecrire comme ça vient, tout en reprenant le plus souvent possible l'usage du

 

"Tu" , suivi d'un verbe.
Avancez derrière lui comme s'il vous servait de guide !

Cela ne vous empêchera pas de décrire le paysage, les personnes ou les animaux rencontrés ... d'avoir vos propres réflexions ...



 
 

-          Tu prends la première rue à droite, je suis sûre que c’est là, me dit Nad.

 

Mais comme d’habitude, avec mes mains qui s’emmêlent et qui ne savant pas distinguer droite et gauche, je prends la première rue à gauche, .

 

-          A droite ! Que fais-tu ?

 

-          Aaaaaarrrrrrrrrrgggggggggg^^^/^^^ ?!: ### ! !?

 

Bon, pas grave, je vais leur montrer ce qu’est un demi-tour réussi avec la P60 de mon pépé, le tank dont on m’a fait cadeau après le bac dans les années 70. Une machine qui boit du 14 litres aux 100 kilomètres, pas nerveuse pour deux sous, et qui en plus a besoin de bras bien musclés pour manier le volant.

 

-          Tu fais pas ça ! rouspète Biche à l’arrière, parce que c’est sens interdit.

 

-           Si, je fais ça ! J’ai plus de carburant les filles, si on traîne on rentre à pied.

 

Doum et Nad approuvent pendant que Biche regarde de tous les côtés. On ne sait jamais, à 4 heures du matin, il se pourrait bien que la circulation devienne intense tout d’un coup. Mais je me dépatouille à reculer, à avancer, à reculer encore. Pire qu’un cent mètres nage libre, je vous dis. Enfin, le carrefour, et ziiiiiiiiippppppp juste la rue d’en face.

 

-          Tu es sûre, Nad ? ça ne me dit rien.

 

-          Sûre…euh ! un peu.

 

-      Juste un peu qu’elle dit ! La jauge est à zéro depuis un moment. Qu’on trouve au moins une station ! Villeurbanne, je sais pas pourquoi ça me fiche la trouille.

 

Il faut avouer que c’est un ensemble d’immeubles plutôt gris foncé, plutôt triste, avec des façades aux yeux éteints, un enchevêtrement successif de rues mal embouchées, et des travaux un peu partout qui vous dévient de votre trajet. A l’époque, cette ville n’avait pas vraiment bonne réputation. Les quatre minettes qui ont dansé toute la nuit sont épuisées, elles aimeraient bien retrouver leur petit lit, mais tout ça semble mal parti. Finalement je m’arrête près d’un abribus.

 

-          tu fais quoi ?

 

-          Y-a un plan. On regarde où on est.

 

Et trois d’entre nous de s’extraire avec nos jolis escarpins et nos jupes virevoltantes. On s’interroge, on cherche, on trouve une avenue qu’on connaît. Ce serait bien de la rejoindre. Mais par où ? On va à droite ? à gauche ? Et si c’est cette rue plutôt que celle-là ? On commence à baliser, d’autant plus que des phares se pointent , on remonte vite dans la voiture. Doum dort, la veinarde ! En passant près de nous, une Diane sursaute dans laquelle deux têtes de gars tout étonnés nous matent. Personne n’en mène très large, je redémarre un peu sèchement quand je vois les ahuris faire demi-tour pour nous rejoindre. Ouf ! On les sème.

 

Pas tout à fait, quelques minutes plus tard, ils nous collent.

 

-          Tu vas trop doux, fonce !

 

-          Fonce ! Fonce ! Tu veux vraiment rentrer à pied, toi ?

 

-     Attention ! c’est l’orange ! me crie Biche, alors que je m’apprêtais à brûler le feu.

 
       Je freine avec force.
 

Je ne sais pas pourquoi je dois être formatée aux ordres du code de la route. Un grand bruit à l’arrière, la Diane a percuté mon tank.

 

-          Tu fais quoi ?

 

-          Et toi tu ferais Quoi ? On les laisse là ?

 

Je regarde dans le rétro, deux beaux gosses totalement désarmés. Nous sortons toutes les quatre, sous le choc Doum s’est réveillée, et nous constatons l’état de leur voiture. Le devant totalement écrasé, les roues de travers, le moteur par terre. Elle n’a pas aimé rencontrer mon pare-chocs. La P60 est intacte comme d’habitude. Indestructible.

 

-         Ben, je croyais que vous alliez grillé le feu ! nous dit le pauvre conducteur paniqué.

 

-          Bon, on va pas rester là ! on vous amène à un garage mais on sait pas où en trouver.

 

-          Moi je sais, dit l’autre.

 
     On s’entasse dans ma limousine.
 

Elle ne démarre pas. Panne d’essence. Et gros fous rires, parce que là vraiment, c’est trop ! Un rire qui secoue ma Roll’s, et pourtant il lui en faut beaucoup pour tanguer, je suis sûre qu’elle n’en a jamais connu d’aussi dense, d’aussi inextinguible, d’aussi phénoménal.

 

Quand on se calme, l’un des petits gars qui a de la ressource, pompe dans le réservoir de la Diane de quoi rejoindre les boulevards.

 
 
par polly publié dans : Jeux d'écriture communauté : La Petite Fabrique d' Ecriture
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Samedi 16 février 2008

En attendant de retrouver un peu d'inspiration, je dépoussière Séparation.

  proposé par avisagedécouvert: écrire à partir de deux images.

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Hiro
Je marche depuis si longtemps.
N’arriverai-je jamais ? Tout ce désert de blanc, cette montagne à franchir. Je suis persuadé qu’elle en cache une autre. Ce rocher sur ma route est comme un abri, je vais me reposer mais surtout ne pas dormir. Pendant que je me restaure du frugal repas, un haïku me vient de cette neige parfaite :
comme un souffle éternel
demeure en mes cristaux
l’insoumis repos.
Mes mains gelées ne sauraient tenir la plume, mais je compte sur ma mémoire, je ne me laisserais pas glacer le cœur, mon père n’aura pas la victoire, mes études avec ce maître lui prouveront ma détermination, et s’il faut encore et encore travailler, je le ferai pour échapper à la tradition. Je ne serai jamais un guerrier, même si j’ai dans les veines ce courage ancestral, je ne me soumettrai pas à l’implacable loi des seigneurs. Je leur lirai ma poésie, je dédierai mes haïkus à leur généreuses concubines, et vanterai de mes inspirations leur témérité. Ma trace au-delà des siècles franchira les frontières pendant que de leurs dépouilles on oubliera leur nom. Yuka m’attend, dans sa triste demeure, elle chante mon retour, et je reviendrai fier et fort et sage à temps pour nos fiançailles.
  

17b.jpg

Yuka.
Il est parti celui que j’aime.
Il a franchi les hautes montagnes glaciales, et je suis seule depuis des mois à chantonner avec toi dans cette cage. Mes jours, mes nuits ne sont plus que bruissements d’attente. Je voudrais connaître pour lui les mots sans fin qui se murmurent au creux du cou. Les servantes m’en ont bien donné quelques-uns, mais je n’oserai pas les dire tout haut. Je les garde, en grand secret, au fond de moi pour son retour. Reviendra-t-il jamais cet entêté que je connais depuis qu’enfant je gambadais dans ses jardins, le regardant rêver près de l’étang ? Nos familles ont conclu depuis longtemps ces épousailles, et je peux avouer qu’il me plaît fort ce poète rebelle. Il est allé chercher loin de moi une reconnaissance, ayant été remarqué par le Grand Maître en poésie. A l’aube, j’ai entendu ma mère soupirer près de mon père. S’il tardait à revenir, ils pourraient rompre la promesse. J’aurai bientôt 15 ans, je vieillissais, disait-elle, des courtisans ne manquaient pas autour de moi. Et j’ai couru vers toi, mon bel oiseau, pour ne pas pleurer déjà l’impossible retour.

 

par polly publié dans : Jeux d'écriture communauté : Nouvelles d'ici et d'ailleurs
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Mardi 12 février 2008

 


J’ai été taguée par Martine qui me propose de présenter 10 blogs seulement où j’aime aller… Quel choix cornélien!
 

 

    Azalaïs, son monde sensible et poétique nous fait parfois tourner la tête, elle joue avec les mots avec un tel plaisir partagé, les malaxe, les retourne, les contourne, comme un  sculpteur. Et ses propos touchent parce qu’ils donnent du sens aux petits riens et aux grands débats. Toujours en doute, elle ne sait pas combien on est avide de ses textes, de son humour de ses clins d'oeil, de ses chemins de traverse.

 

    Le Bigorneau, chez elle aussi, nous retrouvons le plaisir des mots, de tous les mots. Elle en présente un et nous raconte tendrement son histoire personnelle, ses origines, ses déviances, ses particularités, sa famille. Parfois même elle en demande et nous fait une histoire avec tous. Un régal.

 

    Bill Past John, le poète et musicien qui par sa sincérité nous étonne toujours et nous embarque loin sur ses océans intérieurs et extérieurs. Il sait mêler comme personne ses mots fragiles et jongle sur une corde sensible avec ses phrases décalées et la douceur de ses rythmes.

 

    Camomille c’est de l’humour, une la joie de vivre formidable, des coups de cœur et de colère aussi, et surtout curieuse de tout, elle nous promène chaque jour sur ces petites et grandes choses qui nous entourent et qu’elle approfondit pour notre plaisir, et on parcourt ainsi terre, mer, ciel et en musique bien souvent .

 

    Joëlle, peintre, plasticienne, coloriste… un univers parfois classique avec ses coups de crayons qui tracent le tranchant d’un regard, l’amertume d’une bouche et qui dans ses tourbillons abstraits envoie une musique rythmée et fort engageante. Sa palette est variée, celle que je préfère tonne dans les rouges passionnés.

   Quichottine qui chuchote avec Cervantès. Oh ! mais pas des chuchotements ordinaires puisqu’à elle tout seule elle nous plonge dans les délirantes aventures de son héros préféré et le fait simplement en discutant avec nous et en nous interrogeant. Un sacré cadeau !
 

    Oncle Dan, c’est le décalage assuré, toujours dans l’humour, parfois dans la dérision, et une danothèque qui vaut son pesant d’inventions lexicales. Il sait comme pas deux détourner les consignes d’écriture et nous réjouir à chaque fois. Parfois il dessine ou détourne des photos comme son lierre littéraire.

 

    Nath et ses bluettes propose aussi du rire. Elle chronique du bout des lèvres de petites scènes délicieuses qui appuient sur les petites interrogations de la vie, aux dernières nouvelles elle parlait de ces astucieux inventeurs de bien être, et quelquefois ce sont les mots d’enfants avec leur regard lucide sur les grands. A consommer sans modération.

 

    Tilk, ah ! Fernando… difficile à présenter, il nous arrache le coeur avec ses collages très particuliers, ses poèmes qui résonnent au creux de sa déchirure et qui brisent nos réserves. Un sincère qui avec peu de mots, peu de colle, peu de papier crée de fulgurantes émotions.

 

    Vinnce, c’est un regard tendre, doux et attachant. Photos couleur, ou noir et blanc, les thèmes en sont variés et accompagnés d’une citation amusante, ou sombre, ou pertinente, ou coquine, et parfois d’une chanson au gré de sa fantaisie. Grâce à lui, tous les matins je prends mon café devant un paysage différent, que du plaisir.

 
 
 

Voilà, Corneille est passé, je les ai classés par ordre alphabétique, et je regrette de n’avoir pu nommer tous les autres qui sont en lien sur ce blog : Aurore, Domi, Cath, Chana, Edith, Fabienne, Gazou, Jovial, Juliette, Jean-Michel, Lilounette, Loula, Petite Momie, Roland, Sidonie, et compagnie, sans compter ceux que je vais voir sans faire de bruit.


 
 
par polly publié dans : Jeux d'écriture communauté : La Petite Fabrique d' Ecriture
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Dimanche 27 janvier 2008

Demi-pause,
je me repose,
enfin pas tout à fait...
mais j'ai besoin de prendre un peu le large.


Promis je continue mes visites chez vous, quant à la petite fabrique d'écriture je reste avec Aza et Camomille.

Pour ne pas laisser dormir le blog, je viendrai poser un nouveau texte par quinzaine, et sortirai de temps à autre un récit de mes tiroirs.



Aujourd'hui, je dépoussière Clara.
Bonne lecture.

Jeu d’écriture : le portrait de Clara proposé par Madam' Aga.



          Elle avait vingt ans à peine et des cheveux bruns qui dansaient sur son dos. Elle avait vingt ans à peine et aimait. En cette époque troublée, elle l’avait suivi jusqu’ici. Il était jeune, beau, bien cintré dans son uniforme vert de gris. Dans ses bras, elle paraissait comme un moineau, petite, mince, les attaches si fines qu’il avait peur de les briser.             
          Elle l’avait suivi, servait dans un café du coin les repas de midi et l’attendait le soir dans ce petit meublé qu’ils s’étaient trouvé.
         Elle avait vingt ans, le vert de ses prunelles pétillait de bonheur. Ils voulaient se marier, mais l’administration allemande avait d’autres soucis, les blindés franco-américains remontaient de Provence, il fallait déguerpir.
          Elle le serra contre elle une dernière fois, son petit corps fragile se détacha, douloureux. Il rejoignit le wagon de son régiment. Seule sur ce banc de quai, les yeux mouillés, elle ne les vit pas arriver : deux molosses noirs, le béret agressif, l’arme au poing, un brassard FFI enserrant leur bras. Ils se saisirent d’elle et l’embarquèrent sans ménagement. Elle se retrouva dans le noir d’une cellule improvisée. Elle ne pleura pas, trop figée par sa peur.

        Un bruit de pas, des voix, le cri d’une femme que l’on jette près d’elle, la serrure que l’on referme et une crinière rousse en colère qui incendie l’espace.

      Elle se cala dans l’encoignure, écoutant les propos injurieux et grossiers de sa compagne d’infortune. Celle-ci ne l’ayant pas encore aperçue, elle pouvait observer la jambe fine sur les talons aiguilles, le décolleté généreux du corsage et la taille si serrée dans la grosse ceinture qu’elle se demanda comment cette fille avait encore de l’air pour hurler. Elle cessa soudain de cogner la lourde porte et découvrit le visage terrifié du petit corps recroquevillé sur la paillasse.

-          Ben, j’suis pas seule on dirait. T’es là depuis longtemps ?

Incapable de prononcer un mot, elle se tassa un peu plus. La Rousse partit d’un grand éclat de rire.

-          T’en fais pas ma minette, je vais pas te manger. D’abord on est dans la même galère, alors on ferait mieux de se présenter, c’est plus courtois pas vrai ?

Elle s’approcha d’elle, la main tendue.

-          J’ m’appelle Colette, et toi ?

-          Clara, répondit-elle d’une voix presque inaudible.

-          Pas possible ? Tu t’appelles vraiment Clara ?

Elle hocha la tête.

-          Parce que moi Colette c’est mon nom de… enfin pas mon vrai nom si tu vois ce que je veux dire.

Clara fit signe que non.

-          C’est mon nom de métier.

-          Tu es chanteuse ?

-         Ben dis donc mon poussin, t’en as mis du temps pour faire une phrase. Faut pas être effrayée comme ça. Ils nous relâcheront bientôt.

-          Que vont-ils nous faire ?

-          Pourquoi t’es là toi ?

-          Je ne sais pas. Et toi ?

-      Je fricotais avec les boches. Mais c’est mon métier ma cocotte. Allemands, Français, Italiens… on s’en fout un peu sur mon trottoir.

            Clara la regarda avec surprise, elle n’avait jamais fréquenté ce genre de dames et se trouvait un peu dépourvue. Pourtant elle se détendait parce que cette fausse Colette la maternait bien qu’elle ne fût pas plus âgée qu’elle. Ainsi apprit-elle qu’elle se prénommait comme elle. Elles se trouvèrent encore des points communs, la manière de faire cuire les pâtes, des chansons qu’elles aimaient, des préférences, des répulsions, les parfums de leur enfance.     

        Un cliquetis de serrure, des képis apparaissent. Six.
     
        Elles sortirent au grand jour, devant un foule hurlante.
        Clara frissonnait malgré la chaleur, elle regardait ces yeux haineux qui la laminaient toute entière, qui salissaient son cœur, son corps. Colette la serra contre elle, et elles avancèrent à pas incertains là où les conduisaient les gendarmes. Ils les protégeaient de leur mieux, repoussant de leurs bras cette hargne violente. Des femmes brandissaient des poings vengeurs, des hommes crachaient sur leur passage. Une plateforme était dressée sur la place de l’hôtel de ville, on les fit monter. Deux chaises les attendaient, on les attacha. Clara était livide, elle entendait à moitié les propos de Colette, mi-rageuse, mi-moqueuse, mais elle savait bien qu’elle était tout aussi effondrée. Quand les ciseaux firent tomber sa longue chevelure brune, les hurlements de joie des enfants, des femmes, des vieillards, de tout ce peuple de France qu’on croyait grand, la torturèrent bien plus que la perte de ses boucles. Elle se redressa dignement quand la tondeuse attaqua le crâne. Colette à ses côtés se taisait maintenant, des larmes coulaient sur son visage fardé. Les gens criaient leur victoire mais dans son petit cœur de moineau, elle se souvint de Franz, son beau regard d’amour, ses tendres caresses et ses baisers ardents. Sur cet échafaud de bois plus rien ne l’atteignait. Dans ses prunelles vertes s’agitaient déjà les forêts de Bavière.

 
par mpolly publié dans : Jeux d'écriture communauté : Nouvelles d'ici et d'ailleurs
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intro

Décider follement d’éditer sur le Net quelques nouvelles et autres fantaisies est à la fois constructif et dénudant. Dénudant parce que nos fragilités, nos travers, nos tics et nos tocs s’exposent sans vergogne. Constructif parce que les mots plus ou moins bien enchevêtrés deviennent notre château en Espagne, notre moulin à vent, notre petite maison dans la prairie… L’écriture est mon petit fort dans le sable, l’écume qui en efface les traces, un éphémère dans la lumière d’un soleil voilé. Ce n’est pas ma vie, ce n’est pas la vie mais elle donne l’élan ou le recueillement qui manquent dans le tourbillon d’un monde qui ne tourne pas très rond.

 

Et que vogue le blog.



 




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