J'édite ce diaporama composé de photographies de Bruno Thomas et de quelques poèmes.
La musique que vous pouvez écouter est de Romain Baret.
Tous droits réservés, bien entendu.
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J'ai perdu mes mots un soir où l'absence m'a ligoté la langue.
J'ai perdu l'envolée des mots, l'absence m'avait coupé les ailes.
J'ai perdu la saveur des mots quand l'amer de l'absence
culbuta mon matin.
Il a perdu ses mots, égarés dans la balle assassine d'enfants,
sur les sommets du monde, dans les creux des collines,
dans le sable des plages.
Il a perdu ses mots dans des douleurs anciennes qu'on ne saurait guérir
même à grands coups de cœur, même à grands coups d'amour.
J'avais perdu les mots et puis les ai trouvés rejaillis d'un soleil
Qui brillaient de blancheur sur des crêtes océanes
Et j'ai plongé profond pour en saisir le nacre.
Il avait perdu les mots et puis les a trouvés dans le chant d'un marin
Et n'a gardé en lui que douce mélopée, sirène des matins.
Et a plongé très loin pour s'en saisir enfin.
Aujourd'hui j'ai reçu par erreur
Une lettre, maladresse de facteur
Je n'ai pas de suite vu l'adresse,
Je l'ai ouverte dans le stress.
C'était un courrier où l'orthographe
Acceptait vaillamment d'être mise
A mal, un enfant y parlait girafes
Clowns chahuteurs et tour de Pise
Captaine Lili
Mes mains tremblaient tellement
Que la lettre m'échappa soudain
Point donc de fin à mes tourments
Car elle chut dans l'eau de mon bain.
Enriqueta
C'est alors d'un geste vif et furtif
Que j'ai tenté de la sauver
Mais c'est par cet acte agressif
Que la missive a coulé et l'encre s'est diluée
Cacyope
Alors dans l’enveloppe fripée
Je glisse la lettre que j’ai séchée
Et m’en vais chercher l’enfant
Lui répéter tous les mots dedans.
Quelle ne fut pas ma surprise
De découvrir à l’adresse indiquée
Un vieux monsieur à l’allure grise
Par mes efforts tout chaviré.
Dans ce cimetière d’hiver
où des stèles de bois
se tordent à la morsure du froid,
je devine tes tourments de glace.
Tu es là, droite et fière, impassible.
Et dans tout ce blanc qui prospère,
mon amour pour toi se déploie en couleurs.

La grande rouquine, moitié ondine, moitié sirène émergeait chaque matin de temps violent. Sa chevelure lumineuse ensoleillait la plage, de petits yeux noirs à l’affût s’émerveillaient derrière un
buisson d’aubépine. Elle dansait sur un tempo de plus en plus lent, ses longs cheveux emmêlés d’algues voguaient au rythme imposé.
Les yeux noirs brillaient.
Et le corps tanguait voluptueux dans sa jupe étroite d’un rouge étourdissant. La voix s’élevait de plus en plus puissante, les notes les plus hautes ensorcelaient la forêt qui se taisait ahurie de leur clarté qui sonnait . Le timbre de velours dans des hauteurs célestes modulait la mélopée fascinante.
D’autres yeux noirs brillaient entre les branches.
Elle poursuivait sa danse, le corps se pliait puis se dépliait, jamais les pieds ne bougeaient, le mouvement des jambes, des cuisses, des hanches, de la taille, du buste, du cou n’avait aucunement besoin d’appui. Légère, presque aérienne, et pourtant toujours à la même place pendant que dans son dos, l’océan mugissait, féroce, impétueux, pendant que le ciel martelait sa colère et que ses vents préparaient la houle engloutissante.
Les yeux noirs brillaient et dans cet éclat la peur.
Elle fermait les yeux, concentrée à contenir la tempête qui préparait ses cymbales, elle écartait ses beaux bras blancs et son bassin lentement s’enroulait et se déroulait sous son chant de plus en plus envoûtant. Sa puissante chevelure de feu, lourde d’eau résistait aux assauts du vent.
Les yeux noirs n’entendaient qu’elle et brillaient d’un espoir.
Tout le jour et toute la nuit elle dansa.
Tout le jour et toute la nuit elle chanta.
Derrière elle l’océan faiblissait.
Derrière elle les vents mollissaient.
Au matin du jour d’après, elle s’épuisa, et son corps s’affaissa d’un beau tremblement de victoire.
Les yeux noirs s’approchèrent.
Des hommes l’entourèrent. L’un deux, le plus grand couleur ébène, la prit dans ses bras et la souleva. Il la porta jusque dans l’océan aussi loin qu’il put. Immergés, émergés leurs deux corps ondulaient en vagues d’amour dans les senteurs marines, leurs ébats soulevaient les couleurs embrasées de corail. Elle se laissa emporter par la puissance de ces bras tendres, ils roulèrent, luttèrent longtemps dans l’écume et au milieu de nulle part, elle plongea et disparut.
Les yeux noirs sur la plage attendaient le retour de leur compagnon, ils savaient qu’il ne serait jamais plus le même.

Je vous offre ses 20 ans
Des rires sans larme.
Je vous offre ses 20 ans
Mais ne vous y trompez pas
Cette fille n'existe
pas
Sur la plage sans drame
Un soleil de brume.
Elle avait perdu ses larmes
Sur le froid du bitume
Je vous offre ses 20 ans
Le sourire d’une fête
d’une danse d’un chant
de ses doux chiots tendresse
Je vous offre ses 20 ans
De fer.
Ces sourires artificiels
Ces cheveux jamais coiffés
Ce
hâlé naturel
Ce faux repos ensablé
N’existent pas
Ils voguaient sur une comète
qui les a emportés.
Je vous offre ses 20 ans
Des rires sans larme
Je vous offre ses 20 ans
Mais ne vous y trompez pas
Cette fille n’existe pas
Elle avait perdu ses larmes
Sur les mots durs de l’enfance
une désespérance
sous influence
Illusions drapées de rires
Qui s’engloutirent
Dans l’amer glacé d’hier
L’océan impuissant à taire le chagrin,
Le pont bleu où ne roule plus la Ford défoncée
installé dans les pages inoccupées
Chagrin malin qui cherche à oublier
l’enfant silencieuse qui lisait dans la guerre
et les balles dorées fichées dans l’enfer.
Chagrin mêlé au silence fragile
qui ombre l’oeil cerné de bleu
La musique au bord des lèvres
Sur le fil des envies, des lambeaux
les grands cœurs, les sourires
Décider follement d’éditer sur le Net quelques nouvelles et autres fantaisies est à la fois constructif et dénudant. Dénudant parce que nos fragilités, nos travers, nos tics et nos tocs s’exposent sans vergogne. Constructif parce que les mots plus ou moins bien enchevêtrés deviennent notre château en Espagne, notre moulin à vent, notre petite maison dans la prairie… L’écriture est mon petit fort dans le sable, l’écume qui en efface les traces, un éphémère dans la lumière d’un soleil voilé. Ce n’est pas ma vie, ce n’est pas la vie mais elle donne l’élan ou le recueillement qui manquent dans le tourbillon d’un monde qui ne tourne pas très rond.
Et que vogue le blog.

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