Samedi 19 avril 2008




J'édite ce diaporama composé de photographies de Bruno Thomas et de quelques poèmes.
La musique que vous pouvez écouter est de
Romain Baret.
Tous droits réservés, bien entendu.


par polly publié dans : vous avez dit poésie? communauté : Nouvelles d'ici et d'ailleurs
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Lundi 14 avril 2008

Proposition défi de Bigorphéa.


Il taille.
Le bois est tendre, il taille.
La commande est presque achevée, il ne manque plus que les reines.
Les reines.
Son moment royal.

Il prend sa lame, sculpte lentement la silhouette, et par petites touches précises lisse le dos de ce qu'il faut de droiture et de courbes...
La courbe des reins.
Elle se dessine voluptueuse.
Le galbe des cuisses, des jambes qu'il effacera plus tard d'un coup de rabot délicat les parant d'un drapé majestueux donné par la veine marbrée du bois.

Elle sera divine celle-là, il la sent presque palpiter sous ses doigts. Elle sera brune, la Dame Noire, à la chevelure dénouée, toute arrogante devant son petit roi massif et tremblotant.

Concentré sur la face, sa lame experte creuse les grands yeux sombres, le nez mutin, la bouche large, une moue enfantine naît malgré lui sur le volume du visage. Quel dommage qu'elle reste de bois cette invitée royale ! Il tarde à l'habiller, il voudrait la garder ainsi, nue et pure dans sa beauté diaphane. Il la pose dans sa main large, la tourne et la retourne, retouche de ci de là quelques détails et la lustre de la petite toile râpeuse pour lui donner un doux grain.

Depuis longtemps il rêve que l'une d'elles s'éveillera enfin, depuis si longtemps. Elle s'étirerait de son long sommeil et lui sourirait.

Il soupire. Et de ses doigts fins d'artiste la caresse tendrement.

Il rêve, il ne voit pas que la silhouette grandit dans sa paume, il ne voit pas que les cheveux lourds se déplacent et forment un coussin de soie, il ne voit pas que les bras blancs se plient sous le visage en repos.

Son regard est loin, il est à l'intérieur de sa peau qui va qui vient sur le corps fin.

Rêve-t-il encore quand il sent de la chaleur animer l'intérieur de ses doigts, quand il sent un souffle léger chatouiller son poignet, quand il sent un petit cœur qui bat ?






par polly publié dans : vous avez dit poésie? communauté : Nouvelles d'ici et d'ailleurs
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Lundi 31 mars 2008

Parce que souvent les photographies de Bruno m'inspirent et qu'il a la gentillesse de me les prêter, je vous offre ces quelques mots.






En nuées noires,
deux feuillus nus, jumeaux, nerveux,
houspillent géométriquement
la femme resserrée sur sa frilosité,
et l'homme nonchalant
qui s'éloigne, muré.
Impossible rencontre, impossible partage.
La place vide et large résonne de silence.
Soupirs perdus des branches
dans le ciel gris d'un soir.


par polly publié dans : vous avez dit poésie? communauté : Nouvelles d'ici et d'ailleurs
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Mercredi 26 mars 2008

Pour la petite fabrique d'écriture: autour du verbe perdre.



J'ai perdu mes mots un soir où l'absence m'a ligoté la langue.
J'ai perdu l'envolée des mots, l'absence m'avait coupé les ailes.
J'ai perdu la saveur des mots quand l'amer de l'absence
culbuta mon matin.



Il a perdu ses mots dans des pages effacées,
ne reste qu'une antienne dans un psaume fragile.

Il a perdu ses mots, égarés dans la balle assassine d'enfants,
sur les sommets du monde, dans les creux des collines,
dans le sable des plages.
Il a perdu ses mots dans des douleurs anciennes qu'on ne saurait guérir
même à grands coups de cœur, même à grands coups d'amour.



J'avais perdu les mots et puis les ai trouvés rejaillis d'un soleil
Qui brillaient de blancheur sur des crêtes océanes
Et j'ai plongé profond pour en saisir le nacre.



Il avait perdu les mots et puis les a trouvés dans le chant d'un marin
Et n'a gardé en lui que douce mélopée, sirène des matins.
Et a plongé très loin pour s'en saisir enfin.


 

 

Ni le vent, ni la houle, ni même la tempête ne perdront plus les mots
Qui bercent, qui pleurent, qui crient ou font danser
Et s'emmêlent ainsi aux musiques du monde.


 

par polly publié dans : vous avez dit poésie? communauté : La Petite Fabrique d' Ecriture
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Jeudi 20 mars 2008

 
 
 
Le cercle de tes mains auréole mon enfance
 
berceau refuge et corne d'abondance.
 
 
 
tant de fois dans mes mèches rebelles
 
tes doigts osaient une caresse
 
et puis se détournaient
 
afin que l'émotion que ta main faisait naître
 
ne gêne pas l’enfant qui languissait d'être
 
et plus grand et plus fort et tu le devinais
 
toi qui avais vécu les mêmes tremblements
 
dans tes tourments d'adolescent
 
 
 
tes mains d'amour repliées sur ton journal
 
dans ce repos dominical
 
cherchent le fol espoir d'un gain
 
et cochent des noms pour un tiercé incertain
 
elles se taisent un moment
 
suspendues dans ton silence
 
ce silence des jours heureux
 
ce silence des jours moelleux
 
c'était du temps pour nous
 
une tendresse tendue vers nous
 
comme un enchantement
 
je l'entends dans ce silence
 
ton amour
 
 
 
ta main épaisse d'avoir bâti
 
ta main façonnée par le ciment
 
ta main maçonnée et blanchie
 
ta main calleuse infatigable
 
ta main à l'ouvrage inlassable
 
ta main jamais ne ment
 
je la regarde aujourd'hui
 
sur cette photographie jaunie
 
elle m'émeut m'émerveille
 
car elle est nue et simple et belle
 
dans son repos et son labeur
 
dans sa bonté et sa grandeur
 
cette douceur cette joie
 
ce bonheur cette foi
 
c'est le cercle de tes mains
 
qui s'arrondit encore pour moi
 
par amour

 
 
par polly publié dans : vous avez dit poésie? communauté : Nouvelles d'ici et d'ailleurs
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Jeudi 13 mars 2008


Pour la gazette , les équipières nous proposaient une ronde poétique qui devait commencer par une lettre malencontreusement  reçue, les deux premiers vers de la chanson de Renan Luce..



Aujourd'hui j'ai reçu par erreur
Une lettre, maladresse de facteur
Je n'ai pas de suite vu l'adresse,
Je l'ai ouverte dans le stress.

 
C'était un courrier où l'orthographe
Acceptait vaillamment d'être mise
A mal, un enfant y parlait girafes
Clowns chahuteurs et tour de Pise
 Captaine Lili

 


Mes mains tremblaient tellement
Que la lettre m'échappa soudain
Point donc de fin à mes tourments
Car elle chut dans l'eau de mon bain.
 Enriqueta

 


C'est alors d'un geste vif et furtif

Que j'ai tenté de la sauver

Mais c'est par cet acte agressif

Que la missive a coulé et l'encre s'est diluée

Cacyope

 
 
 

Alors dans l’enveloppe fripée
Je glisse la lettre que j’ai séchée

Et m’en vais chercher l’enfant

Lui répéter tous les mots dedans.

 
 
 

Quelle ne fut pas ma surprise
De découvrir à l’adresse indiquée

Un vieux monsieur à l’allure grise

Par mes efforts tout chaviré.



 


par polly publié dans : vous avez dit poésie? communauté : La gazette des blogs
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Mardi 11 mars 2008


undefinedphoto de Bruno.
 


Dans ce pré de blancheur,
je t’aime encore.
Je t’aime et te regarde captive du givre.
Je t’aime malgré les ans
qui ont rogné tes branches.
Silhouette rigide, silhouette fragile
que la neige embellit.
 

Dans ce cimetière d’hiver
où des stèles de bois
se tordent à la morsure du froid,
je devine tes tourments de glace.
Tu es là, droite et fière, impassible.

 

Et dans tout ce blanc qui prospère,
mon amour pour toi se déploie en couleurs.

 
 
par polly publié dans : vous avez dit poésie? communauté : Nouvelles d'ici et d'ailleurs
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Vendredi 22 février 2008

La grande Rouquine
de
Joëlle.


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La grande rouquine, moitié ondine, moitié sirène émergeait chaque matin de temps violent. Sa chevelure lumineuse ensoleillait la plage, de petits yeux noirs à l’affût s’émerveillaient derrière un buisson d’aubépine. Elle dansait sur un tempo de plus en plus lent, ses longs cheveux emmêlés d’algues voguaient au rythme imposé.

 

Les yeux noirs brillaient.

 

Et le corps tanguait voluptueux dans sa jupe étroite d’un rouge étourdissant. La voix s’élevait de plus en plus puissante, les notes les plus hautes ensorcelaient la forêt qui se taisait ahurie de leur clarté qui sonnait . Le timbre de velours dans des hauteurs célestes modulait la mélopée fascinante.

 

D’autres yeux noirs brillaient entre les branches.

 

Elle poursuivait sa danse, le corps se pliait puis se dépliait, jamais les pieds ne bougeaient, le mouvement des jambes, des cuisses, des hanches, de la taille, du buste, du cou n’avait aucunement besoin d’appui. Légère, presque aérienne, et pourtant toujours à la même place pendant que dans son dos, l’océan mugissait, féroce, impétueux, pendant que le ciel martelait sa colère et que ses vents préparaient la houle engloutissante.

 

Les yeux noirs brillaient et dans cet éclat la peur.

 

Elle fermait les yeux, concentrée à contenir la tempête qui préparait ses cymbales, elle écartait ses beaux bras blancs et son bassin lentement s’enroulait et se déroulait sous son chant de plus en plus envoûtant. Sa puissante chevelure de feu, lourde d’eau résistait aux assauts du vent.

 

Les yeux noirs n’entendaient qu’elle et brillaient d’un espoir.

 

Tout le jour et toute la nuit elle dansa.

 

Tout le jour et toute la nuit elle chanta.

 

Derrière elle l’océan faiblissait.

 

Derrière elle les vents mollissaient.

 

Au matin du jour d’après, elle s’épuisa, et son corps s’affaissa d’un beau tremblement de victoire.

 

Les yeux noirs s’approchèrent.

 

Des hommes l’entourèrent. L’un deux, le plus grand couleur ébène, la prit dans ses bras et la souleva. Il la porta jusque dans l’océan aussi loin qu’il put. Immergés, émergés leurs deux corps ondulaient en vagues d’amour dans les senteurs marines, leurs ébats soulevaient les couleurs embrasées de corail. Elle se laissa emporter par la puissance de ces bras tendres, ils roulèrent, luttèrent longtemps dans l’écume et au milieu de nulle part, elle plongea et disparut.

 

Les yeux noirs sur la plage attendaient le retour de leur compagnon, ils savaient qu’il ne serait jamais plus le même.


 
Le Jour d’après.
Joëlle

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Jeudi 7 février 2008
 
Absente quelques jours, je vous offre ce poème... et je reviens bientôt.


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 Je vous offre ses 20 ans  
            Des rires sans larme.
Je vous offre ses 20 ans
                    Mais ne vous y trompez pas
                                   Cette fille n'existe pas

  Sur la plage sans drame
                Un soleil de brume.
                        Elle avait perdu ses larmes
                                                Sur le froid du bitume

    Je vous offre ses 20 ans
                Le sourire d’une fête
                    d’une danse d’un chant
                      de ses doux chiots tendresse

    Je vous offre ses 20 ans
                                       De fer.

    Ces sourires artificiels
                Ces cheveux jamais coiffés
                                        Ce hâlé naturel
                                            Ce faux repos ensablé
                                                                N’existent pas

    Ils voguaient sur une comète
                        qui les a emportés.

 Je vous offre ses 20 ans
        Des rires sans larme
 Je vous offre ses 20 ans
        Mais ne vous y trompez pas
                            Cette fille n’existe pas

  Elle avait perdu ses larmes
            Sur les mots durs de l’enfance
                               une désespérance
                                          sous influence
                                          Illusions drapées de rires
                                                         Qui s’engloutirent
                                                             Dans l’amer glacé d’hier



Elle a perdu ses 20 ans
Et les offre au tout venant
Cette fille n’existait guère
Dans son monde de travers



 
 
 
 
 
 
 
par polly publié dans : vous avez dit poésie? communauté : Nouvelles d'ici et d'ailleurs
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Jeudi 24 janvier 2008
 
Pour la petite fabrique d'écriture, un mot répété.



Chagrin,
tu vas, tu viens.
Chagrin du matin sur des mots effacés

L’océan impuissant à taire le chagrin,

la tête immergée.

Le pont bleu où ne roule plus la Ford défoncée

et le baiser salé oublié.
Chagrin
tu viens

installé dans les pages inoccupées

mes yeux aveuglés.
Chagrin du soir et du matin
de la journée.
 

Chagrin malin qui cherche à oublier

l’enfant silencieuse qui lisait dans la guerre

et les balles dorées fichées dans l’enfer.

 

Chagrin mêlé au silence fragile

d’une aile malhabile

qui ombre l’oeil cerné de bleu

sans flamme, sans feu
Chagrin nu plein de rêves
et qui sans trêve
engloutit les mots volés,
les mots cachés.

La musique au bord des lèvres

et la voix chaude crève
les bulles de chagrin.
 

Sur le fil des envies, des lambeaux

comme de la chair en morceaux
qui ne sauraient plus dire
qu’il ne faudrait plus dire

les grands cœurs, les sourires

et les mains
sans chagrin.
 
 
 
 
par polly publié dans : vous avez dit poésie? communauté : La Petite Fabrique d' Ecriture
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intro

Décider follement d’éditer sur le Net quelques nouvelles et autres fantaisies est à la fois constructif et dénudant. Dénudant parce que nos fragilités, nos travers, nos tics et nos tocs s’exposent sans vergogne. Constructif parce que les mots plus ou moins bien enchevêtrés deviennent notre château en Espagne, notre moulin à vent, notre petite maison dans la prairie… L’écriture est mon petit fort dans le sable, l’écume qui en efface les traces, un éphémère dans la lumière d’un soleil voilé. Ce n’est pas ma vie, ce n’est pas la vie mais elle donne l’élan ou le recueillement qui manquent dans le tourbillon d’un monde qui ne tourne pas très rond.

 

Et que vogue le blog.



 




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