Dimanche 6 septembre 2009 7 06 09 2009 18:00


J'avais écrit cette suite en juin, et je suis un peu en panne de plume en ce moment... mais patience, l'inspiration surgira en son temps.

En attendant:

 


Il avançait entre les feuillages qui devenaient de moins en moins épais. Il eut soif. Même si sa gorge brûlait, ce n’était pas l’eau qui lui manquait mais les mots. Quelques vers puisés au plus profond de sa mémoire rejaillirent. Le poète, ce planteur des déserts*, sème pour tous ceux qui ont soif et voudrait que les arbres ensemencent le monde. Mais ces planteurs de rêves et d’idéals, dans leur immense solitude, sont les fous, les inutiles, les vains oiseaux qu’on chasse lorsqu’ils ont suffisamment distraits. Restent ceux qui poursuivent dans le sable leur quête, le vent effaçant leurs traces. Et il fut comme ces chasseurs d’oiseaux, dans le confort moderne aseptisé, il ne comprit pas cette soif.


Maintenant sur ce sentier qui grimpait solitaire et nu, il savait. Oh ! Peu de choses, c’est certain, mais il savait que le chant d’un torrent pouvait courir longtemps en soi, emmêler dans sa course tout ce qu’on portait de souffrance, il savait que les chants des hommes, de tous les hommes depuis la nuit des temps étaient bien plus beaux que les hommes eux-mêmes*. Et il savait qu’il était cette médiocrité humaine aussi, dans toute sa splendide indifférence à ce qui n’était pas son propre intérêt. Et dans cette nature généreuse, il savait qu’il ne pouvait plus rien regretter, qu’il se devait d’avancer, d’avancer avec lui-même et le poids de tout ce qu’il n’avait pas accompli et qu’il n’accomplirait plus.


Une sauterelle le surprit dans ses pensées, il l’observa longuement aller de feuille en feuille, toute folle et inconsciente, dansant l’éternelle ronde de la parade amoureuse. D’autres lui répondaient, certaines se trouvaient parfois sur la même tige, puis se séparaient comme si elles s’ignoraient alors que sans doute elles s’étaient observées  et s’étaient peut-être chuchoté de leurs longues antennes d’importantes informations. Un monde inconnu caracolait à ses pieds, un monde dont personne ne pouvait se vanter de connaître l’univers. Pas même le plus érudit des entomologistes. D’ailleurs qui pouvait se vanter de connaître quoi que ce soit de la vie intérieure de n’importe quel animal, y compris de celle de l’homme malgré la myriade de psychologues qui s’étaient penchés sur son cas depuis plus d’un siècle et qui continuaient à extrapoler sans disposer pourtant de certitudes scientifiquement vérifiables. Les hommes aimaient tellement les classifications et les étiquettes qu’ils en collaient partout, cela les rassurait de spécifier, pour échapper sans doute au grand tout que formait la vie, la vie quelle qu’elle soit, où qu’elle soit et la mort qui va avec. La finitude.


 

* j'ai soif de Nougaro: ici

* Hazim Hikmet " Il neige dans la nuit".

Leurs chants sont plus beaux que les hommes,

plus lourds d'espoir,

plus tristes

et plus longue est leur vie.

 

Plus que les hommes j'ai aimé leurs chants

J'ai pu vivre sans les hommes jamais sans leurs chants;

...

 

En ce monde

...


de tout ce que j'ai pu  toucher

et comprendre

rien, rien

ne m'a rendu aussi heureux

que les chants... (20.09.1960)

 

 

 

 

 


Par polly - Publié dans : nouvelles - Communauté : Nouvelles d'ici et d'ailleurs
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intro


Décider follement d’éditer sur le Net quelques nouvelles et autres fantaisies est à la fois constructif et dénudant. Dénudant parce que nos fragilités, nos travers, nos tics et nos tocs s’exposent sans vergogne. Constructif parce que les mots plus ou moins bien enchevêtrés deviennent notre château en Espagne, notre moulin à vent, notre petite maison dans la prairie… L’écriture est mon petit fort dans le sable, l’écume qui en efface les traces, un éphémère dans la lumière d’un soleil voilé. Ce n’est pas ma vie, ce n’est pas la vie mais elle donne l’élan ou le recueillement qui manquent dans le tourbillon d’un monde qui ne tourne pas très rond.

 

Et que vogue le blog.


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