morceaux d'enVie...
Ainsi marchait l'homme, lentement.
Il parlait aux feuilles humides, aux herbes luisantes, à la racine d'un hêtre malingre qui traversait le chemin, aux fleurs qui trouvaient encore la force de donner des couleurs aux songes. Il respirait fort, comme si la pente pourtant douce l'obligeait à s'écouter ahaner, tel l'âne chargé qui l'avait dépassé tout à l'heure, solitaire et sûr de son destin, rejoignant les hauteurs où quelque refuge l'attendait.
Il avançait dans ces paysages humides, de lourds feuillages ombraient le sentier, il grimpait l'escarpement, l'effort essoufflait le corps suant.
Il emmenait dans ses pensées les haillons du passé et ne se souciait pas du bout du chemin, le suivaient des oreilles de chèvres, vaches, cochons, jusqu'aux éléphants tristes, jusqu'aux tigres sans forêt, jusqu'aux antilopes sans savane, jusqu'aux papillons, fourmis, abeilles, jusqu'aux insignifiants qui cherchaient encore une terre possible.
Son bâton claqua sur la pierre usée et glissa, déséquilibrant cet empressement qui le guidait.
Il les sentait presque derrière lui mâchonner quelquefois une herbe sèche ou un fruit trop mûr, il les sentait alourdis d'une vie qui ne dit plus la vie.
Quand il se retourna, ses yeux étaient peuplés de tous ces mondes de la terre qui ondulaient sans fin.
Ainsi marchait l'homme qui se demandait pourquoi il marchait tant.
Etait-ce pour être dévoré dès l'enfance par la poussière du temps ?
Ainsi que l'agneau, ainsi que le veau, ainsi que le porcelet soumis à l'avide besoin des uns, ainsi que le nourrisson à peine sorti du ventre que l'on vend déjà sur le marché des plaisirs.
Nul besoin de chercher l'enfer ailleurs, c'est pourquoi il marchait pour ne plus entendre l'orgiaque gloutonnement.
Nul besoin d'atteindre le paradis, il était dans cette marche même, la seconde pleine de ces souffles vibrants.
Il quittait le béton aride des villes, il quittait les quatre murs d'une maison de pierres où ne vibrait plus aucun rire, il quittait la peau convenue de celui dont les contours étaient dessinés dans un social étroit et sans rêve. Il quittait la fontaine sèche, le pré caillouteux, la terre rouge d'avoir été tant retournée. Il quittait sa propre stagnation.
Il marchait pour se permettre l'espoir, pour abandonner le dessèchement de ses rêves, pour raviver des couleurs, c'était un pas après l'autre se donner de la force pour exister encore, et respirer différemment.
En rêvant à tous ces innocents emprisonnés dans les formats d'un imaginaire humain qui en a fait des sacrifiés, il marchait et un sourire vint éclairer son visage.
à suivre sans doute...
mais je ne sais pas quand, ni où, ni comment, ni pourquoi.
Je vais le laisser marcher encore, on verra bien.
Quichottine,
j'ai créé une page juste pour vous.
Si vous n'avez pas le temps, ou que le billet ne vous intéresse pas, ou que vous n'avez pas envie pour l'instant, vous avez peut-être quelque chose à me murmurer...
c'est ici.
Décider follement d’éditer sur le Net quelques nouvelles et autres fantaisies est à la fois constructif et dénudant. Dénudant parce que nos fragilités, nos travers, nos tics et nos tocs s’exposent sans vergogne. Constructif parce que les mots plus ou moins bien enchevêtrés deviennent notre château en Espagne, notre moulin à vent, notre petite maison dans la prairie… L’écriture est mon petit fort dans le sable, l’écume qui en efface les traces, un éphémère dans la lumière d’un soleil voilé. Ce n’est pas ma vie, ce n’est pas la vie mais elle donne l’élan ou le recueillement qui manquent dans le tourbillon d’un monde qui ne tourne pas très rond.
Et que vogue le blog.
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