morceaux d'enVie...
3)
Chaque année le lycée s'offre un bal. Pour tous : parents, professeurs, administrateurs et élèves. En fait peu d'élèves viennent, c'est pour eux un peu la honte, à l'exception des quelques derniers braves et des filles qui aiment tant se pomponner pour de telles circonstances. Quelle ne fut pas notre surprise de voir la bande de Morsli toute pimpante arriver sobre et aimable dans la salle apprêtée à cet effet. Et quelle ne fut pas notre ébahissement de le voir gentiment ouvrir le bal avec une de ses copines attitrée, une Véronique il me semble, toute rouge d'émoi. Et il dansait bien, ce morse. Très bien. J'en restai coite. Et toute la soirée, il invita de ci de là les demoiselles émoustillée par ce nouveau talent.
C'est bien plus tard qu'il s'approcha de moi et me demanda d'être sa partenaire pour le dernier rock.
- Je vous préviens, c'est un rock sauté !
- Oh ! mais je ne peux pas ! On n'est pas au gymnase !
- C'est vrai que je ne vous ai jamais vue aussi élégante ! Mais on peut essayer même si vous n'êtes pas non plus des plus légères.
- On appelle ça un euphémisme Morsli.
- Un nœud quoi ?
- Eu-phé-misme. Tu n'arriveras pas à me porter.
- Oh ! mais si M'dame ! On parie ?
Oh ! le sacripant ! C'est ainsi que j'ôtai les talons hauts qui m'auraient gênée et que j'acceptai de relever ce défi. Et à vrai dire je pris infiniment de plaisir à voltiger, car l'animal s'était sans doute musclé pour assumer ces cabrioles fantaisistes, et je supposai que certains se régalaient de voir leur prof se déhancher aussi inconsciemment, jupe volant aux quatre coins, et malgré le regard noir de mon proviseur que je saisis pendant une passe un peu déstabilisante, je poursuivis haletante sur le rythme nerveux. Bien qu'il faillit à plusieurs reprises m'envoyer valser sur des chaises, je me demandai d'ailleurs si ce n'était pas son objectif vengeur, je le félicitai pour ce tournoiement agréable. Il m'avoua qu'il avait assidûment suivi des cours de rock juste pour me montrer de quoi il était capable suite à cette fameuse retenue qui l'avait laissé totalement humilié.
Et l'an prochain, me dit-il, j'apprends le tango.
Il ne me restait plus qu'à envisager de recycler mes cours de littérature en cours de danse. Et peut-être que ce n'était pas une idée aussi farfelue : imaginez les plus beaux vers déclamés sur des musiques actuelles. En tous cas je pouvais me vanter d'avoir transformé un affreux loulou dégingandé en jeune homme à peu près civilisé.
Quichottine, j'ai créé une page juste pour vous.
Si vous n'avez pas le temps, ou que le billet ne vous intéresse pas, ou que vous n'avez pas envie pour l'instant, vous avez peut-être quelque chose à me murmurer...
c'est ici.
Décider follement d’éditer sur le Net quelques nouvelles et autres fantaisies est à la fois constructif et dénudant. Dénudant parce que nos fragilités, nos travers, nos tics et nos tocs s’exposent sans vergogne. Constructif parce que les mots plus ou moins bien enchevêtrés deviennent notre château en Espagne, notre moulin à vent, notre petite maison dans la prairie… L’écriture est mon petit fort dans le sable, l’écume qui en efface les traces, un éphémère dans la lumière d’un soleil voilé. Ce n’est pas ma vie, ce n’est pas la vie mais elle donne l’élan ou le recueillement qui manquent dans le tourbillon d’un monde qui ne tourne pas très rond.
Et que vogue le blog.
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n'oubliez pas... on a besoin de sang:
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