morceaux d'enVie...
2)
- Toi, le beau, le ténébreux, le charmeur tu ne sais donc pas danser ?
Il ne faisait plus son malin mon Morsli depuis que tonitruait un rock endiablé.
- Finalement, je veux bien recopier vos cours.
- Oh ! c'est sûr que tu vas les recopier, mais tu le feras chez toi, ici on danse. Allez, hop ! hop ! hop ! en avant. Tu regardes mes pieds, un pas de côté. Non pas si large. Mais non ! en rythme ! Tu n'entends pas la musique ?
- Ah ! c'est de la musique ?
- On valsera à la prochaine retenue. Là tu auras de la grande musique, de la vraie. Pour l'instant je t'accorde une danse où tu ne seras pas trop ridicule.
Il s'efforçait de suivre mes conseils, mais quand il avait la passe juste, le corps était figé, et quand le corps se laissait aller au rythme, les pas s'entrechoquaient, un dur labeur de coordination restait à faire ; je me demandai comment il pouvait obtenir en sport des résultats aussi brillants alors qu'avec moi il se désarticulait constamment.
Mais de pas en pas, de jeu de jambes en jeu de jambes, de prise en bras en prise en bras, de déhanchement en déhanchement Morsli se transforma au fil de l'heure en apprenti danseur de rock. Je riais doucement de ses efforts et surtout de sa concentration. Je ne l'avais jamais vu si appliqué. Ah ! si Baudelaire pouvait l'animer autant ! Quand il sortit il était complètement liquéfié. J'en profitai pour lui affirmer que désormais les retenues seraient de cet acabit.
Je suppose qu'il n'en parla à personne car depuis ce jour je n'entendis le son de sa voix que pour des questions à peu près pertinentes. Je dirais même que la teigne s'éteignit car s'il me fixait quelquefois avec un regard plein d'agacement ironique, il ne s'amusa plus à distraire l'auditoire. Il n'avait sans doute guère envie de renouveler l'expérience acrobatique. Je voyais bien que ses camarades le regardaient un peu de travers. Certains le chahutaient parfois, d'autres se retournaient encore vers lui dans l'attente d'une de ses blagues mortelles qui avaient fait sa réputation. J'appris cependant qu'il semait encore quelques désordres, mais rien qui ressemblât à son passé de perturbateur patenté. L'année s'écoula dans la plus parfaite tranquillité, en tous cas pour moi, et si ses notes ne s'amélioraient guère il devint un lecteur inattendu. Un soir, à la fin du cours, il vint me parler d'Ulysse, ce roman le remuait me dit-il, et il fut fort déçu que je ne puisse répondre à ses questions, je le confesse honteusement je n'avais pas lu Joyce. Je me promis de le lire au plus vite, mais jusqu'à présent c'est resté vaine promesse. J'évitai soigneusement de l'interroger sur ses lectures, je le soupçonnai fortement de vouloir me mettre encore en défaut.
En fait on en resta là. Etonnant pour un élève qui n'avait pas l'habitude de rester discret.
Quichottine, j'ai créé une page juste pour vous.
Si vous n'avez pas le temps, ou que le billet ne vous intéresse pas, ou que vous n'avez pas envie pour l'instant, vous avez peut-être quelque chose à me murmurer...
c'est ici.
Décider follement d’éditer sur le Net quelques nouvelles et autres fantaisies est à la fois constructif et dénudant. Dénudant parce que nos fragilités, nos travers, nos tics et nos tocs s’exposent sans vergogne. Constructif parce que les mots plus ou moins bien enchevêtrés deviennent notre château en Espagne, notre moulin à vent, notre petite maison dans la prairie… L’écriture est mon petit fort dans le sable, l’écume qui en efface les traces, un éphémère dans la lumière d’un soleil voilé. Ce n’est pas ma vie, ce n’est pas la vie mais elle donne l’élan ou le recueillement qui manquent dans le tourbillon d’un monde qui ne tourne pas très rond.
Et que vogue le blog.
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