Lundi 14 avril 2008

Proposition défi de Bigorphéa.


Il taille.
Le bois est tendre, il taille.
La commande est presque achevée, il ne manque plus que les reines.
Les reines.
Son moment royal.

Il prend sa lame, sculpte lentement la silhouette, et par petites touches précises lisse le dos de ce qu'il faut de droiture et de courbes...
La courbe des reins.
Elle se dessine voluptueuse.
Le galbe des cuisses, des jambes qu'il effacera plus tard d'un coup de rabot délicat les parant d'un drapé majestueux donné par la veine marbrée du bois.

Elle sera divine celle-là, il la sent presque palpiter sous ses doigts. Elle sera brune, la Dame Noire, à la chevelure dénouée, toute arrogante devant son petit roi massif et tremblotant.

Concentré sur la face, sa lame experte creuse les grands yeux sombres, le nez mutin, la bouche large, une moue enfantine naît malgré lui sur le volume du visage. Quel dommage qu'elle reste de bois cette invitée royale ! Il tarde à l'habiller, il voudrait la garder ainsi, nue et pure dans sa beauté diaphane. Il la pose dans sa main large, la tourne et la retourne, retouche de ci de là quelques détails et la lustre de la petite toile râpeuse pour lui donner un doux grain.

Depuis longtemps il rêve que l'une d'elles s'éveillera enfin, depuis si longtemps. Elle s'étirerait de son long sommeil et lui sourirait.

Il soupire. Et de ses doigts fins d'artiste la caresse tendrement.

Il rêve, il ne voit pas que la silhouette grandit dans sa paume, il ne voit pas que les cheveux lourds se déplacent et forment un coussin de soie, il ne voit pas que les bras blancs se plient sous le visage en repos.

Son regard est loin, il est à l'intérieur de sa peau qui va qui vient sur le corps fin.

Rêve-t-il encore quand il sent de la chaleur animer l'intérieur de ses doigts, quand il sent un souffle léger chatouiller son poignet, quand il sent un petit cœur qui bat ?






par polly publié dans : vous avez dit poésie? communauté : Nouvelles d'ici et d'ailleurs
ajouter un commentaire commentaires (26)    recommander

intro

Décider follement d’éditer sur le Net quelques nouvelles et autres fantaisies est à la fois constructif et dénudant. Dénudant parce que nos fragilités, nos travers, nos tics et nos tocs s’exposent sans vergogne. Constructif parce que les mots plus ou moins bien enchevêtrés deviennent notre château en Espagne, notre moulin à vent, notre petite maison dans la prairie… L’écriture est mon petit fort dans le sable, l’écume qui en efface les traces, un éphémère dans la lumière d’un soleil voilé. Ce n’est pas ma vie, ce n’est pas la vie mais elle donne l’élan ou le recueillement qui manquent dans le tourbillon d’un monde qui ne tourne pas très rond.

 

Et que vogue le blog.



 




pageàmoi

fasiladoré

dernières empreintes

bouclieràmoi

Sceau1.gif  0042813

recommander

Cliquez ici pour recommander ce blog
 
qu'est ce qu'un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus