Vendredi 22 février 2008

La grande Rouquine
de
Joëlle.


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La grande rouquine, moitié ondine, moitié sirène émergeait chaque matin de temps violent. Sa chevelure lumineuse ensoleillait la plage, de petits yeux noirs à l’affût s’émerveillaient derrière un buisson d’aubépine. Elle dansait sur un tempo de plus en plus lent, ses longs cheveux emmêlés d’algues voguaient au rythme imposé.

 

Les yeux noirs brillaient.

 

Et le corps tanguait voluptueux dans sa jupe étroite d’un rouge étourdissant. La voix s’élevait de plus en plus puissante, les notes les plus hautes ensorcelaient la forêt qui se taisait ahurie de leur clarté qui sonnait . Le timbre de velours dans des hauteurs célestes modulait la mélopée fascinante.

 

D’autres yeux noirs brillaient entre les branches.

 

Elle poursuivait sa danse, le corps se pliait puis se dépliait, jamais les pieds ne bougeaient, le mouvement des jambes, des cuisses, des hanches, de la taille, du buste, du cou n’avait aucunement besoin d’appui. Légère, presque aérienne, et pourtant toujours à la même place pendant que dans son dos, l’océan mugissait, féroce, impétueux, pendant que le ciel martelait sa colère et que ses vents préparaient la houle engloutissante.

 

Les yeux noirs brillaient et dans cet éclat la peur.

 

Elle fermait les yeux, concentrée à contenir la tempête qui préparait ses cymbales, elle écartait ses beaux bras blancs et son bassin lentement s’enroulait et se déroulait sous son chant de plus en plus envoûtant. Sa puissante chevelure de feu, lourde d’eau résistait aux assauts du vent.

 

Les yeux noirs n’entendaient qu’elle et brillaient d’un espoir.

 

Tout le jour et toute la nuit elle dansa.

 

Tout le jour et toute la nuit elle chanta.

 

Derrière elle l’océan faiblissait.

 

Derrière elle les vents mollissaient.

 

Au matin du jour d’après, elle s’épuisa, et son corps s’affaissa d’un beau tremblement de victoire.

 

Les yeux noirs s’approchèrent.

 

Des hommes l’entourèrent. L’un deux, le plus grand couleur ébène, la prit dans ses bras et la souleva. Il la porta jusque dans l’océan aussi loin qu’il put. Immergés, émergés leurs deux corps ondulaient en vagues d’amour dans les senteurs marines, leurs ébats soulevaient les couleurs embrasées de corail. Elle se laissa emporter par la puissance de ces bras tendres, ils roulèrent, luttèrent longtemps dans l’écume et au milieu de nulle part, elle plongea et disparut.

 

Les yeux noirs sur la plage attendaient le retour de leur compagnon, ils savaient qu’il ne serait jamais plus le même.


 
Le Jour d’après.
Joëlle

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par polly publié dans : vous avez dit poésie? communauté : Nouvelles d'ici et d'ailleurs
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Décider follement d’éditer sur le Net quelques nouvelles et autres fantaisies est à la fois constructif et dénudant. Dénudant parce que nos fragilités, nos travers, nos tics et nos tocs s’exposent sans vergogne. Constructif parce que les mots plus ou moins bien enchevêtrés deviennent notre château en Espagne, notre moulin à vent, notre petite maison dans la prairie… L’écriture est mon petit fort dans le sable, l’écume qui en efface les traces, un éphémère dans la lumière d’un soleil voilé. Ce n’est pas ma vie, ce n’est pas la vie mais elle donne l’élan ou le recueillement qui manquent dans le tourbillon d’un monde qui ne tourne pas très rond.

 

Et que vogue le blog.


 



Ceux qui luttent ne sont pas certains de gagner, mais ceux qui ne luttent pas sont déjà sûrs d'avoir perdu.





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