Samedi 2 février 2008

Un demi-retour.... pour tous ceux qui aiment vagabonder dans mes élucubrations.


undefinedle Paradis.


    Ils arrivent par le bus de 16h avec bagages et poussette. Nathalie est à l’arrêt et les amène directement au studio. De ma fenêtre je les vois marcher avec anxiété, surtout lui qui regarde à droite à gauche. Il n’est pas très grand, le teint basané comme on les aime en France, il tire un gros sac à roulettes et tient un petit garçon de cinq ans tout au plus, pendant que sa compagne porte une valise et pousse de l’autre main une poussette double. Je me mords les lèvres et m’insulte. Dans quelle galère je me suis mis, tout ça pour le beau sourire de Nathalie. Je suis tellement irrité depuis mon accord que je n’en ai pas parlé à Jo, ni à personne. Ils verront bien le moment venu. J’entends les pas dans l’escalier, j’entends Nathalie s’énamourer d’un des bébés, elle doit le porter dans ses bras, j’entends le brouhaha de l’installation, les discussions, les enfants pleurnicher, j’entends ma vie qui bascule et je déteste. Je sors. Il pleut mais je n’en ai cure. Je vais nettoyer tout ce fromage dans ma tête, j’ai mon nouveau MP3 avec moi sur lequel Nathalie m’a enregistré Verdi, Fauré, Satie. De quoi se verrouiller les ouïes pendant quelques heures et ne plus penser. Surtout ne plus penser. Les emmerdes seront là bien assez tôt.

 

    De mon maigre piton habituel j’observe la ville sous la bouillasse. Je me raconte, malgré Satie qui percute les tympans, tous les ennuis qui m’attendent. J’en ai eu ma dose, fut un temps, entre les grèves de mineurs, la fermeture de la mine puis celle de la maternité et autre combat perdu. Nous ne sommes jamais que des pots de terre, et on sait comment se termine tout ça. Les clandestins de Nathalie repartiront dans leur guerre avec leurs mômes. Quelle idée aussi de se marier entre ennemis ! On en aura jamais fini avec les tragédies shakespeariennes. Nathalie et moi aurons sûrement les ennuis judiciaires d’usage entre gens de bonne démocratie. Ah ! si je pouvais rester sur mon piton jusqu’au dénouement ! Mais avec cette dégoulinante et malgré la cape de pluie je finirais par moisir. Je redescends et me rends directement chez Marc, peut-être est-il là. Il est là. Pas seul, sa violoniste vient également de revenir. Ah ! Bon ! Je les laisse minauder leurs retrouvailles. Les « Jo » sont à la ville, le Milou, bof ! ce n’est pas une vraie compagnie à qui me confier et prendre la voiture pour aller voir le Louis, j’hésite. Finalement je me réfugie chez Gina. Elle regarde les débilités dominicales à la télé, je les regarde avec elle. De quoi s’étourdir. Elle me réchauffe le cœur et le reste. Mais je ne peux pas parler. Les mots sont coincés dans le gosier à tel point que j’ai l’impression d’attraper l’angine. Elle me concocte une tisane à la rose et je me laisse dorloter comme le prince que je ne suis pas. Sur le tard, après un petit encas bien gras, comme seule Gina sait les préparer, je m’esquive malhonnêtement comme d’habitude, prétextant je ne sais quel rendez-vous matinal. Je pousse ma porte. Je n’entends plus de bruit au-dessus. Je file dans ma bibliothèque et je m’arrête au seuil, gêné. Nathalie s’était installé un matelas et elle venait se s’étendre un peu trop déshabillée. Elle bafouille des excuses, j’en bafouille également pendant qu’elle se couvre d’un drap. Je referme la porte plus que troublé et m’en vais au salon. Je m’assois lourdement face à l’écran de télévision éteint et je ne pense plus à rien. En fait j’ai la tête comme une citrouille, ça change du fromage. Elle est gonflée d’un juteux désir que je tente de refouler dans les ténèbres de l’inconscient. Remis du choc des images, je vais me débarbouiller sous la douche et me couche encore tout tourneboulé. Ce n’est plus de ton âge, me dis-je en boucle, histoire de m’ôter des méninges une possible histoire de peau, d’odeur et de saveur. Je ne m’endors pas. Les yeux bien ouverts j’imagine de fracassants ébats. Ce n’est plus de ton âge ! et je me tourne sur le côté, encore et encore. Je finis par m’endormir car je ne la sens pas se blottir contre mon dos. C’est bien plus tard qu’un souffle léger me chatouille la nuque, qu’une main fine repose près de mon ventre. Je n’ose plus respirer. Mais les battements de mon cœur résonnent fortement, c’est un coup à faire l’infarctus. Je me dis que je rêve, et ils se calment un peu. Est-ce qu’on peut rêver à ce point ? Au point de réellement sentir la caresse d’une joue, d’un menton, de baisers, de la main sur le torse qui va qui vient, d’une jambe fine qui se frotte sur la sienne, de la chaleur d’un ventre doux qui s’appuie sur vos fesses ? C’est impossible, me dis-je réaliste, mais je me retourne brutalement comme pour chasser cette illusion. Elle soupire.

 

-          Nathalie ?

 

-          Oui, répond-elle d’une petite voix sensuelle.

 

-          Que faites-vous là ?

 

-          A votre avis ?

 

    Elle tend ses petits bras et attire mon visage tout près du sien, trop près. Je résiste parce qu’un semblant de moralité me taquine l’esprit et que je me dis que c’est inconvenant, ce n’est plus de mon âge ! Mais ses lèvres me brûlent. Ce n’est plus que deux corps qui s’unissent comme tant de corps savent s’unir toutes les nanosecondes sur cette planète, sauf que… sauf que… sauf que c’est elle et que c’est moi. Alors là, je sais, je plagie Montaigne, mais pourquoi se priver des bons mots d’un génie surtout quand il correspond à ce qu’on ressent si fort.


 
 
par polly publié dans : le tout et le rien. communauté : Nouvelles d'ici et d'ailleurs
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Décider follement d’éditer sur le Net quelques nouvelles et autres fantaisies est à la fois constructif et dénudant. Dénudant parce que nos fragilités, nos travers, nos tics et nos tocs s’exposent sans vergogne. Constructif parce que les mots plus ou moins bien enchevêtrés deviennent notre château en Espagne, notre moulin à vent, notre petite maison dans la prairie… L’écriture est mon petit fort dans le sable, l’écume qui en efface les traces, un éphémère dans la lumière d’un soleil voilé. Ce n’est pas ma vie, ce n’est pas la vie mais elle donne l’élan ou le recueillement qui manquent dans le tourbillon d’un monde qui ne tourne pas très rond.

 

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