Chère Madeleine,
toile de Renoir.
Je t’avais point dit comme t’étais belle ce soir là sous les lampions. Je t’avais point dit que je t’aimais dès que tu fis apparition. Je t’avais point dit cela parce que moi je sais pas trop faire avec les mots. Je suis plus doué avec la fourche et la faux pour parler aux champs.
On avait bien dansé tous les deux, t’avais un peu rougi quand je t’ai proposé et je trouvais touchant ton petit minois timide. On avait valsé sur
la place au son de l’accordéon, et t’avais l’air d’aimer qu’on tourne ensemble sur les flonflons. Et puis il est arrivé, et tu m’as plus regardé. Il t’a serré la taille avec ses mains de prince,
et t’as dû l’écouter parce que tu souriais et même que tu riais des fois. Et moi, je restai là à te regarder dans ton cotillon blanc et ton joli corsage, et je m’assombrissais sous les lumières
de fête de la St Jean.
J'ai ouï-dire que ton prince est reparti dans sa ville et que tu pleures beaucoup.
Bientôt c’est le 14 juillet, et y a le bal au canton. Alors je me disais que si je t’écrivais tu serais peut-être d’accord pour qu’on le danse ensemble.
Je suis sûr que je saurai te consoler, et si je suis pas riche j’ai quelques bêtes et trois champs qui peuvent aider à nourrir une famille.
J’ai pas bien d’orthographe, pas bien de poésie, mais j’ai des sentiments, et si tu le veux on pourrait aller jusqu’aux épousailles.
J’attends ta réponse, fais-la passer par la Marie qui est ta bonne amie.
Bien à toi,
Je suis sûr qu'elle a dit oui, et que le Jeannot, il s'est entraîné dans la grange, et qu'il ne lui à même pas marché sur les pieds...
Par chez moi , on disait, "tiens v'la la cambrousse' , en parlant de ces campagnards qui venaient danser au bal le samedi soir ou le dimanche .J'aime beaucoup ton récit qui me rapelle des scènes un peu amusantes , et pourtant ceux-là, combien ils aimaient se retrouver et s'aimer . Et lorsque le cavalier partait, le coeur gros, oui, on s'écrivait pour se retrouver . Oh là là que je m'amuse là !
Décider follement d’éditer sur le Net quelques nouvelles et autres fantaisies est à la fois constructif et dénudant. Dénudant parce que nos fragilités, nos travers, nos tics et nos tocs s’exposent sans vergogne. Constructif parce que les mots plus ou moins bien enchevêtrés deviennent notre château en Espagne, notre moulin à vent, notre petite maison dans la prairie… L’écriture est mon petit fort dans le sable, l’écume qui en efface les traces, un éphémère dans la lumière d’un soleil voilé. Ce n’est pas ma vie, ce n’est pas la vie mais elle donne l’élan ou le recueillement qui manquent dans le tourbillon d’un monde qui ne tourne pas très rond.
Et que vogue le blog.

Texte sensible, réaliste, assez triste quand même. Je vois que beaucoup devinent que la suite sera heureuse. J'ai peur (c'est mon pessimisme habituel) , que le prince, dès qu'il reviendra, sera de nouveau le préféré. J'espère que je ne serai pas taxé de machisme.
Amicalement.