Vendredi 28 décembre 2007


Pour les impromptus, le thème de la semaine: la petite laine.undefined


 

    Quand les mains n’étaient plus dans la farine, quand elles n’étaient plus dans les travaux des champs, ou de la maison, quand elles n’étaient plus à langer ou allaiter les enfants, quand elles n’étaient plus à s’occuper des uns et des autres ou parfois quand elles ne tenaient plus de livres, les mains des femmes tricotaient. Quelquefois, les femmes de la famille se réunissaient pour le papotage tranquille, et leurs mains sur les aiguilles racontaient les histoires du village, des anciens, du dernier, de l’homme. Je me souviens, enfant, quand ma grand-mère roulait sa bobine de laine, je prêtais mes petits bras de quatre ans, qui servaient de reposoir et de tendeur afin que le fil ne s’embrouillât pas pendant que la grosse boule de laine se fabriquait.

 

    Et s’il est un souvenir de ma mère, ce sont ses mains. Une maille après l’autre elle tissait son amour pour nous couvrir chaudement. La petite laine indispensable à nos hivers portait les traces de ses attentions. Enfants insouciants, nous n’y accordions que peu d’intérêt, et plus grands nous commencions à gronder après ses tricots d’un autre âge. Elle cherchait des modèles plus modernes, mais jamais ils ne convenaient, ni en couleur, ni en forme. On râlait. Alors elle habilla nos poupées, puis elle chercha chez des cousins plus jeunes des compensations pour poursuivre son tricotage affectueux. Ses mains lestes me fascinaient parfois, les aiguilles qui râpaient l’une sur l’autre avec célérité jouaient une petite musique bien douce qui convenait à mes silences de lectrice. Elle avait appris de mes grands-mères qui elles-mêmes avaient appris des leurs. Et ainsi de suite jusqu’à ma génération. J’ai repris les aiguilles, l’héritage de tant de mailles me fit devenir comme elles. Me laisser couler dans cette musique, habiller les uns, les autres, puis plus tard créer des ensembles de plus en plus compliqués juste pour ne pas lire, juste pour ne pas écrire, juste pour ne pas penser. Le panier de pelotes multicolores à mes pieds, je me concentrais sur le jacquard difficile à composer, et ma vie défilait à toute allure dans le chant mat des aiguilles. Les petites laines équipèrent enfants, époux, amis.

 

    Et un jour, j’ai tout rangé.undefined

 

    La dernière veste reposait sur la chaise, en jacquard rose et gris, tendre de mohair, chaude.

 

    Je l’ai donnée.

 
 
 
 
par mpolly publié dans : le tout et le rien. communauté : Nouvelles d'ici et d'ailleurs
ajouter un commentaire commentaires (25)    recommander
Voir tous les articles

juste pour vous...


Sur les conseils de
Quichottine, j'ai créé une page juste pour vous.
Si vous n'avez pas le temps, ou que le billet ne vous intéresse pas, ou que vous n'avez pas envie pour l'instant, vous avez peut-être quelque chose à me murmurer...
cest
ici.

intro

Décider follement d’éditer sur le Net quelques nouvelles et autres fantaisies est à la fois constructif et dénudant. Dénudant parce que nos fragilités, nos travers, nos tics et nos tocs s’exposent sans vergogne. Constructif parce que les mots plus ou moins bien enchevêtrés deviennent notre château en Espagne, notre moulin à vent, notre petite maison dans la prairie… L’écriture est mon petit fort dans le sable, l’écume qui en efface les traces, un éphémère dans la lumière d’un soleil voilé. Ce n’est pas ma vie, ce n’est pas la vie mais elle donne l’élan ou le recueillement qui manquent dans le tourbillon d’un monde qui ne tourne pas très rond.

 

Et que vogue le blog.


 



Ceux qui luttent ne sont pas certains de gagner, mais ceux qui ne luttent pas sont déjà sûrs d'avoir perdu.





pageàmoi

fasiladoré

dernières empreintes

bouclieràmoi

Sceau1.gif  0042813

recommander

Cliquez ici pour recommander ce blog
 
créer un photo blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus