Mercredi 19 décembre 2007

Je publie ce récit inspiré d'une tranche de vie réelle et avec l'accord de la maman et de la jeune fille.

Elle est différente.

Elle s’appuie sur le mur du collège, toute fluette, toute fermée.

Elle est belle avec sa chevelure blonde et bouclée, ses petites lunettes stylées, ses bonnes joues d’enfant.

Mais on se moque d’elle, la joufflue, binoclarde et autres gentillesses.

Elle a 15 ans, mais en parait moins. Une amie discute avec elle. Elles sont isolées. Elle sourit rarement, son amie la déride parfois, elles aussi s’amusent au dénigrement des autres, de tous ces balourds.

Elle est seule parmi les élèves de sa classe, l’amie a rejoint un autre rang.

L’an dernier, elles ont fait des fugues ensemble, la maman de son amie a demandé qu’elles soient séparées. L’an dernier déjà, son comportement révolté dérangeait, mais c’était un comportement presque acceptable tant il ressemblait à celui d’une adolescente.

Elle pénètre silencieuse dans cette salle d’ennui, et ne relâche pas son attention parce que cette année elle a promis.

Elle écoute, répond aux questions sans rechigner. Quand les exercices sont terminés, quand elle a de l’avance, quand elle écoute la leçon, elle ouvre son agenda et dessine. Des visages, des paysages, un animal, un arbre, selon l’humeur, selon l’heure, selon les dires.

Elle est seule et ne parle à personne. Le professeur passe, plante son regard sur l’agenda, elle ne bronche pas, elle attend la réprimande qui vient. L’énervement de l’adulte ne l’atteint pas, elle est au-delà. Son regard est froid, pénétrant, il désarçonne l’adulte.

On ne l’aime pas. Personne. Ni les surveillantes, ni la CPE, ni les administratifs. Personne, à peine quelques copines. Trois ou quatre les meilleurs jours.

Sauf chez elle, sa mère, sa sœur la complice, son tout jeune frère, son beau-père. Et son père quand elle le retrouve. Parfois.

Elle est l’aînée. Elle en a trop entendu derrière le dos de sa mère, elle en a trop vu de ces manigances d’adultes, et sa mère confiante, si confiante, si joyeuse. Si elle savait sa mère combien elle se laisse avoir, embobiner, manipuler.

Elle jamais.

Elle les regarde avec ses petites prunelles de myope. Dures, sans concession. Lucides trop lucides pour ses 15 ans. Ils ne supportent pas les adultes qu’on les déshabille de la sorte, qu’on perce en eux les fragilités, les manques, les incertitudes.

Elle n’a pas confiance en eux. Elle les glace. Surtout les plus inquiets, les plus arrogants, les plus prétentieux.

Alors le conseil de classe, sur un bulletin plus qu’honorable, écrit « avertissement pour le comportement qui nuit aux résultats ».  Sa mère ne comprend pas. Sa mère est inquiète, elles discutent beaucoup toutes les deux. Elle raconte aussi que depuis plusieurs jours, de petites cinquièmes en passant près d’elle l’injurient, la menacent, sa tête ne leur revient pas, c’est tout, c’est juste ça. Elle ne les connaît pas, elle hausse les épaules, ça leur passera rassure-t-elle, d’autres qu’elle subissent les mêmes tourments.

Et pendant cette récréation, une dizaine de ces minettes lui tombe dessus, la frappe au visage, donne des coups dans le ventre. Ses lunettes tombent. Elle crie. Une surveillante arrive dispersant la troupe. Elle la saisit par le bras et dit :

- Tu l’as bien cherché !

 
Par mpolly - Publié dans : humeurs - Communauté : Nouvelles d'ici et d'ailleurs
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Décider follement d’éditer sur le Net quelques nouvelles et autres fantaisies est à la fois constructif et dénudant. Dénudant parce que nos fragilités, nos travers, nos tics et nos tocs s’exposent sans vergogne. Constructif parce que les mots plus ou moins bien enchevêtrés deviennent notre château en Espagne, notre moulin à vent, notre petite maison dans la prairie… L’écriture est mon petit fort dans le sable, l’écume qui en efface les traces, un éphémère dans la lumière d’un soleil voilé. Ce n’est pas ma vie, ce n’est pas la vie mais elle donne l’élan ou le recueillement qui manquent dans le tourbillon d’un monde qui ne tourne pas très rond.

 

Et que vogue le blog.


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