Elle ne voulait pas le croire, ne pas penser. Sa balade en Norvège la ramenait bizarre, avec un étrange chaloupé dans le corps, elle qui ne craignait pas la mer. Ni l’air, ni la terre.
Elle ne voulait pas savoir, pas tout de suite, pas encore. Les vacances s’étiraient et l’évidence se précisait.
Avant l’arrivée, elle tendit le doigt vers la pharmacie. Nécessité. Le sol français sous ses pieds, la maison qui se rapprochait.
Dans les sièges, à l’arrière, les deux grands sagement lisaient, ou jouaient, ou dormaient.
Ils posèrent les valises, déchargèrent le coffre. La tête dans les nuages elle prépara le repas. Elle avait pratiqué ce test d’infortune. Elle saurait tout à l’heure.
Le cœur qui bat.
Elle savait. Erreur de calcul, erreur de juillet. La lune a parfois de drôles de dérapages.
Elle savait avant. Les seins qui gonflent, les déjeuners norvégiens à ras la nausée. Les odeurs de poissons impossibles à supporter, alors qu’elle les choisit toujours dans ses menus.
Elle savait avant de l’avant. Quand elle rêvait de ce troisième, elle connaissait déjà son prénom de garçon. Il surgissait au détour d’un lever, elle qui venait de langer le dernier.
Et le temps avait passé, et les garçons grandissaient, et la vie. Quarante ans est-ce bien raisonnable ? Lui, il avait les arguments. Elle, elle est perdue dans ses songes. Tu fais comme tu peux.
Que pouvait-elle ? Le combiné du téléphone en main, elle pleurait. C’était impensable cette table d’opération, ce geste médical. Elle pleurait. Elle recommençait le lendemain et la communication établie reposait l’appareil. Elle pleurait.
Elle dit : je le désire.
Il dit : tu as choisi.
Les mois passèrent dans une joie insoupçonnée, les grands qui rêvent tout haut, le dernier surtout qui attendait ce petit frère. Et le père attentionné.
Il arrive. Même pas un pleur. Juste ses grands yeux ouverts sur le ventre tout chaud de sa mère. Juste ce bonheur immense qui chavire ses parents. Juste les bras de ses frères qui le bercent et dont les sourires éclatants inondent le berceau d’une douce chanson d’amour.

Décider follement d’éditer sur le Net quelques nouvelles et autres fantaisies est à la fois constructif et dénudant. Dénudant parce que nos fragilités, nos travers, nos tics et nos tocs s’exposent sans vergogne. Constructif parce que les mots plus ou moins bien enchevêtrés deviennent notre château en Espagne, notre moulin à vent, notre petite maison dans la prairie… L’écriture est mon petit fort dans le sable, l’écume qui en efface les traces, un éphémère dans la lumière d’un soleil voilé. Ce n’est pas ma vie, ce n’est pas la vie mais elle donne l’élan ou le recueillement qui manquent dans le tourbillon d’un monde qui ne tourne pas très rond.
Et que vogue le blog.

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