On m’a volé mes billes
Et c’est toi.
On m’a volé mon livre
Et c’est toi.
On m’a volé ma bicyclette
Et c’est encore toi.
On m’a volé ma mère
Et c’est toi.
On tente de me voler mon amie
Et c’est toi.
Toi, frérot, toi, l’impossible, le terrible, le méchant jamais content.
Toi, petit frère, le sinistre cabotin à faire des cabrioles dans mon jardin de fille.
T’es le pire de la famille, même l’aîné n’a jamais cassé mes rêves, il me laissait travailler, il me laissait peinarde, jamais il ne m’a traitée comme toi, frérot, ras la terre, ras les racines.
C’est toi constamment, si fort à venir défaire mes espoirs, à rigoler de mes tares, à cambrioler mes tiroirs.
Cependant je me venge, frérot. T’es coincé, maladroit, désespéré, je casse ton désir, je piétine ton destin, je ne serai pas ta complice mais ton ennemie intime.
Car vois, frérot, comme je sais te rabaisser, te piétiner, te voler.
Marie est mon amie, elle apprend combien mon frère est laid, malodorant, ignoble. Je raconte tes fanfaronnades, tes victoires faciles avec des filles faciles, tes petites combines, ton trafic, tes sales histoires avec les flics et compagnie.
Marie m’aime et me croit.
Je me régale, frérot, tes billets de je t’aime, jamais elle ne les lira car je les mange et c’est si bon.
Maintenant je ris de t’imaginer avaler cette lettre.
Je te honnis et me barre avant de te voir revenir me casser le nez. Marie part avec moi.
A jamais, j’espère.
Tchao, frérot.
Bonsoir/bonjour dame toujours pressée ! Une douce nuit bien reposante pour celle qui est fatiguée !
Décider follement d’éditer sur le Net quelques nouvelles et autres fantaisies est à la fois constructif et dénudant. Dénudant parce que nos fragilités, nos travers, nos tics et nos tocs s’exposent sans vergogne. Constructif parce que les mots plus ou moins bien enchevêtrés deviennent notre château en Espagne, notre moulin à vent, notre petite maison dans la prairie… L’écriture est mon petit fort dans le sable, l’écume qui en efface les traces, un éphémère dans la lumière d’un soleil voilé. Ce n’est pas ma vie, ce n’est pas la vie mais elle donne l’élan ou le recueillement qui manquent dans le tourbillon d’un monde qui ne tourne pas très rond.
Et que vogue le blog.
