Dimanche 2 décembre 2007
prisonChild2.gif



 
 

Elle plaquait ses pieds dans la boue luisante. Flop, flop, flop. Les manches de l’anorak trop grand cachaient les mains et ses cheveux bruns flottaient sur les épaules. Flop, flop, flop. Les éclaboussures dessinaient sur ses collants de petites étoiles malicieuses. Flop, flop, flop. Elle avait quatre ans, un minois inquiet et n’entendait pas son prénom qu’on criait plus loin. Plus loin, c’était sa mère avec le bébé sur les bras. Elle discutait avec une autre femme, et de temps à autre hurlait sur celle qui dansait avec ses bottes de plastique neuves dans la flaque près du grand portail gris. Flop, flop, flop. Plus à droite d’autres femmes bavardaient, pendant qu’une jeune et grande belle fille marchait en marmonnant de long en large. La cour bourdonnait devant le bâtiment flambant neuf ceint de hauts murs, fierté humanitaire des autorités locales.

 
 
 

Et l’enfant tout à son jeu se maculait de boue. Flop, flop, flop.

 

Une silhouette se dressa tout près d’elle. Elle leva ses yeux noirs vers le visage ombré par la visière d’un képi. Il se pencha et lui dit en grognant d’aller jouer ailleurs.

 
 
 

Elle sauta trois fois encore. Flop, flop, flop. Et tournoya trois fois sur elle-même avant de rejoindre sa mère. Elle s’assit à ses côtés, peu réceptive à la conversation qui animait les femmes. Son petit frère pleura, sa mère disparut dans la bâtisse. Elle traça sur le sol entre ses cuisses un arbre avec son doigt. Elle s’appliquait. Il n’y avait pas d’arbres ici, que du béton. Depuis dix jours qu’elle demeurait dans ce centre de rétention, elle s’ennuyait. Aucune petite fille de son âge pour jouer. Elle dessina de larges branches sur un gros tronc. La voisine de cellule, celle qui les avait accueillis et leur avait expliqué les conditions de vie dans la prison, lui demanda pourquoi il n’avait pas de racines. Elle haussa les épaules et entra dans le couloir après avoir effacé rageusement son dessin éphémère. Elle grimpa jusqu’à la porte, sa mère allaitait le bébé.

 

-          Pourquoi je peux pas aller à l’école ?

 

-          Parce qu’on va repartir chez mamie.

 

-        J’veux pas aller chez mamie, tu m’as dit que c’est dangereux là-bas pour papa. Où il est papa ?

 

La mère ne répondit pas, mais l’enfant aperçut dans ses yeux les larmes qui brûlaient. Fuyant le chagrin, elle rejoignit la cour. S’assurant que l’homme au képi avait déserté le poste, elle retourna vers le grand portail gris. Flop, flop, flop firent ses sauts dans la flaque de boue.

 

-          Plus tard je serai gendarme, dit-elle tout haut. Je ferai peur aux enfants qui jouent dans l’eau.

 

Flop, flop, flop. Elle sautait les pieds joints de plus en plus fort, de plus en plus vite, puis tournoyait sur elle-même, sa jupe plissée volait au-dessus de ses petites cuisses. Flop, flop, flop.

 
 
 
 
par mpolly publié dans : nouvelles communauté : Nouvelles d'ici et d'ailleurs
ajouter un commentaire commentaires (36)    recommander
Voir tous les articles

juste pour vous...


Sur les conseils de
Quichottine, j'ai créé une page juste pour vous.
Si vous n'avez pas le temps, ou que le billet ne vous intéresse pas, ou que vous n'avez pas envie pour l'instant, vous avez peut-être quelque chose à me murmurer...
cest
ici.

intro

Décider follement d’éditer sur le Net quelques nouvelles et autres fantaisies est à la fois constructif et dénudant. Dénudant parce que nos fragilités, nos travers, nos tics et nos tocs s’exposent sans vergogne. Constructif parce que les mots plus ou moins bien enchevêtrés deviennent notre château en Espagne, notre moulin à vent, notre petite maison dans la prairie… L’écriture est mon petit fort dans le sable, l’écume qui en efface les traces, un éphémère dans la lumière d’un soleil voilé. Ce n’est pas ma vie, ce n’est pas la vie mais elle donne l’élan ou le recueillement qui manquent dans le tourbillon d’un monde qui ne tourne pas très rond.

 

Et que vogue le blog.


 



Ceux qui luttent ne sont pas certains de gagner, mais ceux qui ne luttent pas sont déjà sûrs d'avoir perdu.





pageàmoi

fasiladoré

dernières empreintes

bouclieràmoi

Sceau1.gif  0042813

recommander

Cliquez ici pour recommander ce blog
 
Blog : Poésie sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus