Mercredi 28 novembre 2007



proposition de la semaine des Impromptus, dans la ville inconnue. Commencer par la phrase "dès qu'elle fut partie, je fermai la porte."


Lyon-by-night.jpg source google, image empruntée à l'EPITECH
(european  institute of information technologie)


Dès qu’elle fut partie, je fermai la porte. Clic clac fit la clé dans la serrure. Je m’allongeai sur le lit, Grinc granc, gronc firent les ressorts.

 
 
 

Et je ne pus pas dormir.

 
 
 

A l’horloge d’un clocher, j’entendis tinter quatre heures.

 

Je sortis inquiet dans la nuit.

 

Je vis la fontaine jacobine arrogante qui toisait ses rues convergentes, puis l’enfilade de restaurants dont les odeurs graisseuses me soulevèrent le cœur. Je filai vers le nord, la large place ténébreuse auréolée de pâles réverbères s’agenouillait devant l’hôtel de ville, majestueuse bâtisse d’un autre temps. Tout m’ennuyait quand il jaillit de quelque porche.

 

Son bonnet noir jusqu’aux oreilles, une pelure épaisse sur les épaules, je ne vis que l’ombre du sourire qui croisa mon regard. Je le suivis, car je ne sais quoi m’invitait. Son pas coulait léger devant les miens pesants. Les reflets dans la Saône élargissaient le mystère, le pont franchi, j’arrivai au pied d’une gare. Un peu d’agitation, un semblant de vie, un clochard allongé, deux jeunes titubant. Il continuait alerte, je ne perdais pas de vue la silhouette fine et je grimpai, grimpai, grimpai. L’escalier n’en finirait donc jamais ?

 

Encore une rue, sur les hauteurs, sombre, étroite, sans charme.

 

Il disparut.

 

Je m’approchai de la fière basilique, ce gros choux d’or posé sur la colline qui servait de repère quand on perdait de son orientation. Je l’ignorai et m’avançai.

 

La ville s’étalait et miroitait dans ses eaux. Au loin une tour taillée comme un crayon marquait l’horizon. Il fut à mes côtés, d’un geste lent et compassé il présenta sa ville. Je sentais dans sa voix comme un tremblement d’émotion : Je viens là, me dit-il, lui rendre hommage. Si j’emmène quelque convive, elle est plus généreuse. Si vous êtes patient, si vous ne dormez pas, vous verrez.

 

Et je vis. L’éblouissement d’un lever de soleil dans la brume déchirée. J’avais même l’étrange sensation que le crayon dessinait des arabesques, une langue inconnue et belle chantait au ciel. Fasciné, je le restai longtemps jusqu’à ce que le jour tout entier oubliât sa beauté. Mon guide avait disparu, je descendis lentement, encore ébouriffé par tant d’enchantement.

 
 
par mpolly publié dans : le tout et le rien. communauté : Nouvelles d'ici et d'ailleurs
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Décider follement d’éditer sur le Net quelques nouvelles et autres fantaisies est à la fois constructif et dénudant. Dénudant parce que nos fragilités, nos travers, nos tics et nos tocs s’exposent sans vergogne. Constructif parce que les mots plus ou moins bien enchevêtrés deviennent notre château en Espagne, notre moulin à vent, notre petite maison dans la prairie… L’écriture est mon petit fort dans le sable, l’écume qui en efface les traces, un éphémère dans la lumière d’un soleil voilé. Ce n’est pas ma vie, ce n’est pas la vie mais elle donne l’élan ou le recueillement qui manquent dans le tourbillon d’un monde qui ne tourne pas très rond.

 

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