
Où es-tu ?
Tourner la page.
Oublier ces photographies, les annuler de ma mémoire.
Dissoudre le doute qui me tenaille.
Tirer un trait sur ces perpétuelles hypothèses qui me laminent la cervelle.
Où es-tu ?
Pourquoi ai-je reçu, dans une enveloppe anonyme, ces clichés de ton dernier voyage ?
Où es-tu ?
Aux dernières nouvelles, une trace des pyramides mexicaines me chantait que tu étais vivant. Il me semble que cela fait des siècles.
Un étrange pressentiment me dit que tu es victime d’exécrables geôliers armés, enfermé dans quelque bâtisse isolée au creux d’une forêt sauvage, dans une ambiance de bruit de bottes et de mitraillettes énervées, dans l’incompréhension du langage de ce pays damné, dans la solitude.
Où es-tu ?
Mon tendre voyageur, mon géographe, mon photographe, de quel hélicoptère as-tu tendu les bras pour saisir ce désert rouge et brun et vert ?
De quelle latitude as-tu franchi la ligne pour t’envoler si loin ?
Où es-tu ?
Je n’en peux plus, je suis à cran. Ton absence me hache, me terrorise.
Depuis six mois que je t’attends, toi le puriste, le jusqu’auboutiste, le globe trotter, tu as sombré dans quelque piège et me voilà bien démunie à soulever en parallèle tous les obstacles qui mènent à toi.
Où es-tu ?
Dans quelle absurdité te débats-tu ?
Je sens que tu es en vie, au creux de moi la fatalité n’a pas de prise. Tu vis. Je le sais. Je le sens.
Ce soir, je regarde le crépuscule s’enflammer, une mésange bleue vient se poser sur le balcon et sa fragilité me renvoie à la tienne. Au loin les montagnes que tu aimes tant rosissent de bonheur, et j’écoute en boucle cette sonate de Chopin que tu avais enregistrée pour moi. Je caresse du doigt toutes ces photographies, je regarde les portraits de toute ton enfance qui ornent mon étagère : la finesse de tes traits, ta bouche de quatre ans qui s’entrouvre émerveillée devant je ne sais quelle beauté du ciel, ton regard de bambin espiègle et doux., tes joues rondes et chaudes plissées par ton éclat de rire. Enfant facile, élève tranquille, adulte volatile. Un raccourci de travers pour dire toute ma misère de mère.
Où es-tu ?
Décider follement d’éditer sur le Net quelques nouvelles et autres fantaisies est à la fois constructif et dénudant. Dénudant parce que nos fragilités, nos travers, nos tics et nos tocs s’exposent sans vergogne. Constructif parce que les mots plus ou moins bien enchevêtrés deviennent notre château en Espagne, notre moulin à vent, notre petite maison dans la prairie… L’écriture est mon petit fort dans le sable, l’écume qui en efface les traces, un éphémère dans la lumière d’un soleil voilé. Ce n’est pas ma vie, ce n’est pas la vie mais elle donne l’élan ou le recueillement qui manquent dans le tourbillon d’un monde qui ne tourne pas très rond.
Et que vogue le blog.

ma réponse est plus tournée "psycho", je t'invite à la lire ;)
bise
Solenne