Ah ! le jeudi magnifique! Je lui faisais son lit dès l’éveil pour les jeux qui germaient.
Je filais vers les arbres avec les copains, maman criait reviens, mais j’étais dans les branches. En indien fanfaron, je narguais le cow boy qui voulait ma capture, et chantant à tue tête je me moquais des garçons arrogants qui se croyaient si forts. J’étais aussi Tarzan, mais là je me méfiais, des singes plus dégourdis pouvaient me rattraper.
J’enrôlais les voisines dans mes jeux de garçon, mais les poupées niaises les attiraient bien mieux. Me réfugiant alors auprès des plus grands, je gagnais aux billes et parfois je perdais.
Plus tard, en bicyclette, je filais plus loin, jouer le petit théâtre pour les gens du village. Je gambadais aussi par monts et merveilles ramasser les noisettes qui feraient les dînettes. Et les jupes froissées, et même déchirées, me valaient souvent de vastes remontées, quand je rentrais crotteuse au seuil de la maison, ma mère désespérée me frictionnait sévère.
Un jeudi, sans doute, je tombai dans un livre, et ma mère soulagée enfin fut rassurée. J’étais bien une fille, sage dans son lit de papier. Elle déchanta très vite, car des héros géniaux me transportèrent bien loin. La danseuse sur ses pointes dont elle avait rêvée, la pianiste virtuose que mon père attendait voyageait seule hors de leur monde fermée.
Mes rêves, ma récré, mon petit chez moi à moi,
ma solitude, mon refuge,
c’est toujours le jeudi.
Décider follement d’éditer sur le Net quelques nouvelles et autres fantaisies est à la fois constructif et dénudant. Dénudant parce que nos fragilités, nos travers, nos tics et nos tocs s’exposent sans vergogne. Constructif parce que les mots plus ou moins bien enchevêtrés deviennent notre château en Espagne, notre moulin à vent, notre petite maison dans la prairie… L’écriture est mon petit fort dans le sable, l’écume qui en efface les traces, un éphémère dans la lumière d’un soleil voilé. Ce n’est pas ma vie, ce n’est pas la vie mais elle donne l’élan ou le recueillement qui manquent dans le tourbillon d’un monde qui ne tourne pas très rond.
Et que vogue le blog.

dernières empreintes