Depuis le temps que j’en vois des visages, des voyages, des ravages, je suis devenue indifférente à tout. Mes yeux, mes lèvres ont beau garder
l’empreinte du sourire que me donna Leonardo, dans mon cœur c’est l’éternité de glace.
Pourtant ce jour-là, je l’ai vue. Une petite bouille ronde mal coiffée s’était tracé un chemin parmi les badauds compressés autour de moi, et me fixait. Ses grands yeux noirs, son petit nez
mutin, sa peau couleur d’or me rappelèrent mon enfant, ma fille, ma fleur, ma fêlure. Me revenait-elle au travers des siècles figés ?
Elle restait là, bouche bée, émerveillée, et nos regards se croisèrent. On entendit au loin résonner un prénom : Lisa, criait-on, où es-tu ? Lisa ? L’enfant tourna son regard une
fraction de seconde, puis revint vers moi. S’appelait-elle Lisa ? Quel bonheur alors pour moi !
On dû sentir qu’un évènement majeur se passait, les curieux arrivaient de toute part. On bouscula l’enfant, mais elle tint bon. La profondeur de sa prunelle n’avait d’égal que la profondeur de la
mienne. J’entendis quelqu’un dire que mon regard ne suivait plus, qu’il s’était figé, que mon sourire n’avait jamais été aussi éclatant. Les flashes de leurs appareils crépitaient
odieusement.
Mais ce bourdonnement confus ne nous troublait guère, accrochées que nous étions l’une à l’autre. Nous communions dans une paix silencieuse. Sans un mot ni sur l’une, ni sur l’autre. Juste ce
silence intense dans lequel nos murmures d’amour se frôlaient. Un bras puissant l’arracha. Elle disparut soudain. Je vis au-dessus des têtes s’agiter ses petites mains comme une promesse de
retour. Je gardai en moi l’étincelle de ce passage. Peut-être reviendrait-elle un jour gambader au Louvre et si c’est le cas, elle saurait me rejoindre, ne serait-ce que pour cette minute de
beauté, ce partage inespéré.
Et je l'ai relue sur "Impromptus" avec plaisir en laissant un petit commentaire.
Bonne soirée
Bisous
Décider follement d’éditer sur le Net quelques nouvelles et autres fantaisies est à la fois constructif et dénudant. Dénudant parce que nos fragilités, nos travers, nos tics et nos tocs s’exposent sans vergogne. Constructif parce que les mots plus ou moins bien enchevêtrés deviennent notre château en Espagne, notre moulin à vent, notre petite maison dans la prairie… L’écriture est mon petit fort dans le sable, l’écume qui en efface les traces, un éphémère dans la lumière d’un soleil voilé. Ce n’est pas ma vie, ce n’est pas la vie mais elle donne l’élan ou le recueillement qui manquent dans le tourbillon d’un monde qui ne tourne pas très rond.
Et que vogue le blog.

Il y a un texte chaque "fin de semaine" pour faire plaisir aux amis de Mona Lisa.
OK pour un dimanche prochain?
Merci d'avance...
el papou