
J’avais dix ans à peine, ce fut le premier livre que j’eus tout entier à lire. Collection rose ? Collection verte ? Je ne sais plus. Ce que je sais c’est qu’il s’est
gravé en moi et qu’il fut à lui tout seul la clef qui m’ouvrit tous les autres. Dès les premières pages je ne pus plus l’abandonner. Les cris de mes parents qui me sommaient de venir dîner, de
les rejoindre pour une quelconque corvée, n’atteignaient plus mon jeune cerveau. J’étais ailleurs, j’étais si loin, éprise du petit garçon taquin qui recevait abondamment les raclées de sa tante
sur des fesses qu’il garnissait parfois d'une protection de cuir. L’émotion qui m’empourprait devant l’injuste harpie qui le martyrisait me faisait trembler de rage. Il savait pourtant me faire
rire, ses espiègleries me comblaient d’aise. J’ai découvert avec ce bon petit diable le bonheur des mots, un bonheur qui ne me quitta plus et à chaque nouveau livre que j’ouvrais, je
cherchais avec la même avidité ce chamboulement intime qu’il m’avait causé. Ce premier livre est la clef de ce que mon cœur comprit de l’humanité.
Décider follement d’éditer sur le Net quelques nouvelles et autres fantaisies est à la fois constructif et dénudant. Dénudant parce que nos fragilités, nos travers, nos tics et nos tocs s’exposent sans vergogne. Constructif parce que les mots plus ou moins bien enchevêtrés deviennent notre château en Espagne, notre moulin à vent, notre petite maison dans la prairie… L’écriture est mon petit fort dans le sable, l’écume qui en efface les traces, un éphémère dans la lumière d’un soleil voilé. Ce n’est pas ma vie, ce n’est pas la vie mais elle donne l’élan ou le recueillement qui manquent dans le tourbillon d’un monde qui ne tourne pas très rond.
Et que vogue le blog.

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