Lundi 5 novembre 2007


Proposition de l'équipe de choc.


 

Vraiment, je n’en peux plus ! Il me faut rétablir un peu de vérité dans ce fatras mystique et je vous demande de l’aide pour effacer ces siècles d’infamie.

 

 Depuis qu’un dénommé Sophocle me fit naître en trace écrite, j’ai réjoui ces rapaces de lecteurs qui se délectent de ma jeunesse inexpérimentée pour trafiquer mon histoire personnelle. Encore trop souvent on présente dans les théâtres une pièce d’Anouilh, avec qui je suis devenue, paraît-il, figure de la résistance ou symbole de l’adolescence butée dans ses vérités, sans concession, quasiment un syndrome.

 

 Moi, petite fille de 10 ans qui avais accompagné mon père aveugle pendant son voyage dans la Grèce et ses environs, on m’a rendue laide, brunâtre, implacable dans sa certitude de détenir la vérité. Je voudrais aujourd’hui qu’on se calme un peu. On m’a assez tuée. Et avec tant de délectation que c’en est devenu abject.

 

Bien sûr, Henri Bauchau m’a redonné une dignité de femme. Je sais ce que je dois à ce poète belge, et m’incline devant une oeuvre qui me rafraîchit un peu, qui enfin fait de moi un être humain capable d’autre chose que de rébellion contre son oncle, contre les instances politiques, contre les décisions injustes… Sous sa plume je suis belle (il n’est pas trop tôt), aimable (ouf !) amoureuse (enfin !), si pleine de sagesse et de qualités que je me sens plus forte avec lui qu’avec aucun autre. Mais je regrette que Bauchau, comme Sophocle et Anouilh, se soit lui aussi amusé à me laisser agoniser dans cette grotte infâme. Ce qu’ils ignorent c’est que je serais morte avant d’y pénétrer parce que j’étais claustrophobe. De plus, Henri Bauchau, ce poète pour qui j’éprouve une tendresse toute particulière, a élevé mon personnage à un tel degré de perfection que je demande grâce. Comment égalerais-je jamais cette femme sensuelle, compatissante, aimante et dévouée, capable aussi de tenir l’arc contre les ennemis de Thèbes. Ils ne savent de moi que ce qui les arrange. Si j’ai résisté à la loi de Créon, je n’étais pas du tout prête à sacrifier ma vie, j’ai juste donné l’exemple, et j’ai fait des émules puisque le corps de Polynice leur a été arraché et a eu une sépulture décente. Et puis ce cher Créon a toujours été un oncle admirable avec Ismène et moi. S’il détestait mes frères il avait pour nous deux comme pour ma mère Jocaste, une affection sans faille. Il ne m’aurait pas condamnée pour un peu de terre sur le corps de Polynice. Il m’a condamnée parce que la loi est la loi, même inique, même imbécile, même tyrannique,  personne n’échappe à son courroux. Ce n’est pas que je veuille le défendre, le pouvoir l’avait perverti comme il pervertit tous ceux qui s’en approchent, mais il ne m’a jamais fait souffrir dans cette grotte. Il n’aurait pas pu le supporter. J’étais une fille pleine de vie et d’espoir. Il a seulement imaginé cette mise en scène et avec Hémon, nous nous sommes échappés. Mais personne n’a voulu le savoir, ça n’arrangeait pas leurs histoires, il leur fallait une petite héroïne bien dure, bien courageuse, bien rebelle.

 

Un mythe, voilà ce qu’ils ont fait de moi, un pauvre petit mythe sur lequel ils se sont acharnés pour élaborer leur tragédie humaine, pour démontrer avec perversité combien une jeune gamine intègre, ou mieux combien l’intégrité, n’avait pas d’autre issue que la mort. Eh bien non, je refuse de porter ce chapeau.

 

Dites-leur que la lutte contre toutes les injustices n’a pas forcément ces conclusions funestes, et que si l’ouvrage est sans cesse à recommencer (pour cela voir avec Pénélope), elle conduit aussi à des victoires tranquilles.

 

Merci de transmettre à tous ceux qui m’emploient à mauvais escient.

 
Antigone.
 
 
par mpolly publié dans : Jeux d'écriture communauté : La gazette des blogs
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Décider follement d’éditer sur le Net quelques nouvelles et autres fantaisies est à la fois constructif et dénudant. Dénudant parce que nos fragilités, nos travers, nos tics et nos tocs s’exposent sans vergogne. Constructif parce que les mots plus ou moins bien enchevêtrés deviennent notre château en Espagne, notre moulin à vent, notre petite maison dans la prairie… L’écriture est mon petit fort dans le sable, l’écume qui en efface les traces, un éphémère dans la lumière d’un soleil voilé. Ce n’est pas ma vie, ce n’est pas la vie mais elle donne l’élan ou le recueillement qui manquent dans le tourbillon d’un monde qui ne tourne pas très rond.

 

Et que vogue le blog.


 



Ceux qui luttent ne sont pas certains de gagner, mais ceux qui ne luttent pas sont déjà sûrs d'avoir perdu.





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