En attendant de retrouver un peu d'inspiration, je dépoussière Séparation.
Hiro
Je marche depuis si longtemps.
N’arriverai-je jamais ? Tout ce désert de blanc, cette montagne à franchir. Je suis persuadé qu’elle en cache une autre. Ce rocher sur ma route est comme un abri, je vais me
reposer mais surtout ne pas dormir. Pendant que je me restaure du frugal repas, un haïku me vient de cette neige parfaite :
comme un souffle éternel
demeure en mes cristaux
l’insoumis repos.
Mes mains gelées ne sauraient tenir la plume, mais je compte sur ma mémoire, je ne me laisserais pas glacer le cœur, mon père n’aura pas la victoire, mes études avec ce maître lui
prouveront ma détermination, et s’il faut encore et encore travailler, je le ferai pour échapper à la tradition. Je ne serai jamais un guerrier, même si j’ai dans les veines ce courage ancestral,
je ne me soumettrai pas à l’implacable loi des seigneurs. Je leur lirai ma poésie, je dédierai mes haïkus à leur généreuses concubines, et vanterai de mes inspirations leur témérité. Ma trace
au-delà des siècles franchira les frontières pendant que de leurs dépouilles on oubliera leur nom. Yuka m’attend, dans sa triste demeure, elle chante mon retour, et je reviendrai fier et fort et
sage à temps pour nos fiançailles.
Yuka.
Il est parti celui que j’aime.
Il a franchi les hautes montagnes glaciales, et je suis seule depuis des mois à chantonner avec toi dans cette cage. Mes jours, mes nuits ne sont plus que bruissements d’attente.
Je voudrais connaître pour lui les mots sans fin qui se murmurent au creux du cou. Les servantes m’en ont bien donné quelques-uns, mais je n’oserai pas les dire tout haut. Je les garde, en grand
secret, au fond de moi pour son retour. Reviendra-t-il jamais cet entêté que je connais depuis qu’enfant je gambadais dans ses jardins, le regardant rêver près de l’étang ? Nos familles ont
conclu depuis longtemps ces épousailles, et je peux avouer qu’il me plaît fort ce poète rebelle. Il est allé chercher loin de moi une reconnaissance, ayant été remarqué par le Grand Maître en
poésie. A l’aube, j’ai entendu ma mère soupirer près de mon père. S’il tardait à revenir, ils pourraient rompre la promesse. J’aurai bientôt 15 ans, je vieillissais, disait-elle, des courtisans
ne manquaient pas autour de moi. Et j’ai couru vers toi, mon bel oiseau, pour ne pas pleurer déjà l’impossible retour.
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