morceaux d'enVie...
Les yeux fixés sur l’écran, ils regardèrent la machine démarrer dans un silence religieux.
Ensemble ils comptèrent les secondes, les mains crispées sur leurs genoux. Le visage tout fripé de la vieille dame se froissa un peu plus, et les yeux se fermèrent quand le jeune homme à ses côtés annonça : 70,71,72,73. Elle explosa.
Il connaissait cette vidéo par cœur. Toutes les années, le 28 janvier, il venait passer quelques jours chez sa grand-mère. Toutes les années, ce même jour, ils regardaient ensemble l’explosion de Challenger, et toutes les années, à la 74° seconde, sa grand-mère versait cette larme en murmurant « mon fils chéri est devenu une étoile ».
Quand ils étaient petits, c’était une tradition, on se devait d’honorer son père ce jour-là. Les années passant sa mère se remaria, son frère partit au bout du monde, grand-pa décéda, la vie en somme. Il venait seul aider grand-ma à passer le cap. Il l’entraîna dans sa chambre.
Et comme un rite, il alluma la bougie sur la commode, il regarda et salua le visage lumineux de son père dans le grand cadre doré, saisit une des roses, enclencha la musique « VII° rendez-vous ». Les premières notes du saxophone de son père le firent frissonner comme toujours. Il s’assit près d’elle. Elle s’était difficilement allongée sur sa couche, il la recouvrit tendrement. Elle lui raconta la même histoire, celle de ce fils dont elle était si fière, puis ferma les yeux comme bercée par ses propres paroles. Il posa doucement sa main brune sur celle toute ratatinée de la vieille dame. Elle dormait. Les dernières notes de musique s’estompèrent, il s’éloigna et sortit. Comme d’habitude, il rejoignit la chambre musée qui fut celle de son père, brancha son portable et navigua sur le Net, pour être ailleurs, loin de ces funérailles qui n’en finissaient pas depuis 20 ans. Vers minuit, elle l’appela. Il se rendit près d’elle, elle venait de se lever, il avait oublié la rose. Il savait qu’elle voudrait s’installer près de lui dans le rocking-chair, comme elle le faisait chaque fois depuis qu’il venait seul, qu’elle se balancerait doucement en rêvant qu’il était lui. Elle avançait à petit pas feutrés, il la suivit.
Il referma la porte derrière elle, posa la rose sur sa table de chevet, et alla s’asseoir devant son ordinateur.
Quichottine, j'ai créé une page juste pour vous.
Si vous n'avez pas le temps, ou que le billet ne vous intéresse pas, ou que vous n'avez pas envie pour l'instant, vous avez peut-être quelque chose à me murmurer...
c'est ici.
Décider follement d’éditer sur le Net quelques nouvelles et autres fantaisies est à la fois constructif et dénudant. Dénudant parce que nos fragilités, nos travers, nos tics et nos tocs s’exposent sans vergogne. Constructif parce que les mots plus ou moins bien enchevêtrés deviennent notre château en Espagne, notre moulin à vent, notre petite maison dans la prairie… L’écriture est mon petit fort dans le sable, l’écume qui en efface les traces, un éphémère dans la lumière d’un soleil voilé. Ce n’est pas ma vie, ce n’est pas la vie mais elle donne l’élan ou le recueillement qui manquent dans le tourbillon d’un monde qui ne tourne pas très rond.
Et que vogue le blog.
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n'oubliez pas... on a besoin de sang:
dondusang.net/afficherAccueil.do


Bisous, Polly !
Merci de fouiller toujours dans mes tiroirs.
Gros bisous Quichottine.
Merci.
big bisous
Ce n'est jamais dans l'ordre des choses de voir son enfant partir avant soi. Et pourtant, combien connaissent cela ?!
Très belle histoire de générations.
Nanou
Je ne m'en souvenais plus vois-tu et pourtant combien de fois j'ai imaginé leurs dernières secondes. Je te donne très bien.. Sourire !
Le temps me presse, la nuit m'attend!
Je passe en coup de vent mais garde vos mots bien au fond de moi!
Bien à toi et à vous deux!