morceaux d'enVie...
« Lynn éclata de rire, lui prit la main et ils
partirent en courant vers le voilier ».
Ils s’installèrent royalement. Victor, de coup d’œil en coup d’œil, admirait le corps hâlé et attirant de cette fille qu’il connaissait depuis si longtemps et qu’il semblait découvrir aujourd’hui. Lynn, dégustant une tartine de miel que son compagnon était allé lui préparer, faisait semblant de rien. Elle regardait ces deux soleils se lever lentement sur le lac étal. Le claquement des volets de sa demeure attira leur attention. Les deux bras dodus de Macha venaient de les ouvrir, et dans la seconde se figèrent, le buste de sa chère gouvernante se paralysa et sa bouche béante de surprise se glaça dans l’embrasure de la fenêtre.
- Ciel ! Macha ne bouge plus s’exclama Lynn désorientée.
- Hum ! j’ai l’impression que si les rayons nous atteignent nous serons comme elle dans moins d’une heure.
Lynn regarda Victor muette d’horreur. Il lui dit alors qu’ils feraient mieux de se garer quelque part pendant la journée, bien à l’ombre. Il semblait lui aussi fort angoissé. Il saisit son téléphone et tenta d’appeler sa mère. Personne ne répondait. Il passa le mobile à Lynn qui fit de même chez elle, et le silence était épouvantable. Victor, plus pragmatique, prépara couvertures et aliments, les empila dans une grand sac à dos et entraîna Lynn vers la forêt.
Ils se glissèrent dans l’épaisseur des feuillus, et installèrent leurs pauvres ressources sous des branches basses. Ils restèrent là, inquiets, parlant peu, se regardant à peine. Victor appelait sans cesse chez lui, Lynn prenait le relais. Etaient-ils seuls au monde ? Qui survivrait à l’éclat mortel des deux soleils ?
Elle frissonnait, et lui aussi. Ils se serrèrent l’un contre l’autre. Peu à peu cette proximité les embrasa. La consolation de leurs baisers les éloigna de l’intempérie ravageuse qui avait lieu ou aurait lieu partout dans le monde.
- Lynn ! Allez paresseuse, c’est l’heure !
Lynn sortit le nez de dessous le drap et abasourdie par la lumière qui pénétrait l’alcôve, se remit avec célérité sous les couvertures. On vint la secouer.
- Allez ! dépêche-toi, aujourd’hui vous allez aux deux soleils, tes parents t’attendent.
A ces mots, Lynn se redressa brusquement.
- Aux deux soleils ?
- Ben oui ! Tu as oublié, c’est le nom du manoir des voisins. Vous êtes invités.
- Chez Victor ?
- Il sera sans doute là… à moins qu’il ne daigne quitter son voilier.
- Ecoute… si tu allais dire à mes parents… que euh ! je ne suis pas bien… que je… euh ! tu sauras trouver, pas vrai ma chère Macha ?
- Pas question, c’est une belle journée qui s’annonce et pour une fois tu n’iras pas courir dans les bois.
- Oh ! Je crois que je vais être d’une humeur massacrante. Un : on m’oblige à aller déjeuner dans ce manoir infect, et deux : on me réveille de force. Je vous déteste !
Lynn rabattit les draps sur elle, et la mine boudeuse s’enfonça loin dans la douceur du lit. Macha, sans doute habituée aux caprices de la jeune fille, ôta énergiquement la couverture. A contre cœur Lynn se leva, tapant chacun de ses jolis pieds dans les mules roses. Elle s’approcha de la fenêtre et soupira. Il n’y avait qu’un soleil, il était déjà bien haut dans le ciel. Elle aperçut Victor qui pêchait tranquillement sur son bateau, elle se souvint de son rêve et se renfrogna encore plus, comment pouvait-elle rêver de lui avec une telle intensité, et cet imbécile de chien qui s’excitait encore après les cygnes. Oh ! là ! là ! la journée promettait d’être rude. Elle serra très fort les paupières et se les frotta de ses deux mains : ah ! si elle pouvait figer tout ce monde au moins pour aujourd’hui. Quand elle ouvrit les yeux Victor qui venait de l’apercevoir lui fit un large signe de la main, elle sourit. Un drôle de silence se fit tout autour d’elle : Macha était figée près de son lit, le chien venait de s’arrêter subitement devant le lac, les cygnes n’agitaient plus leur long cou. Elle recula de trois pas : dans le ciel le soleil se dédoublait.
Quichottine, j'ai créé une page juste pour vous.
Si vous n'avez pas le temps, ou que le billet ne vous intéresse pas, ou que vous n'avez pas envie pour l'instant, vous avez peut-être quelque chose à me murmurer...
c'est ici.
Décider follement d’éditer sur le Net quelques nouvelles et autres fantaisies est à la fois constructif et dénudant. Dénudant parce que nos fragilités, nos travers, nos tics et nos tocs s’exposent sans vergogne. Constructif parce que les mots plus ou moins bien enchevêtrés deviennent notre château en Espagne, notre moulin à vent, notre petite maison dans la prairie… L’écriture est mon petit fort dans le sable, l’écume qui en efface les traces, un éphémère dans la lumière d’un soleil voilé. Ce n’est pas ma vie, ce n’est pas la vie mais elle donne l’élan ou le recueillement qui manquent dans le tourbillon d’un monde qui ne tourne pas très rond.
Et que vogue le blog.
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n'oubliez pas... on a besoin de sang:
dondusang.net/afficherAccueil.do


Superbe mise en scène pour arriver au final éclatant...
Juste un "bémol" : Je n'imagine pas du tout "ma Lynn" avec des mules rose :0002:
big bisous
Bien à toi.
Bien à toi et à vous....
Nous avons beaucoup à appprendre les unes des autres...j'aime ce lien communautaire qu'il nous faut entretenir...
C'est donc l'option que tu as choisi, et c'est très réussi ! ;-)
Je pense qu'il y a énormément à apprendre de tes écrits...
Les messages que tu m'as laissés me touchent et me vont droit au coeur. Je vais prendre le temps de voyager dans ton univers.
Bien à toi.