Mardi 30 octobre 2007
 
 
Quand j’accompagne mes élèves quelque part (sortie montagne, sortie théâtre), leur arrivée provoque un stress d’enfer. Les préjugés sont légion dans le corps enseignant, surtout quand ce corps-là ne connaît de l’école que les bons éléments, n’ayant jamais fréquenté les zones d’éducation prioritaire, ou les lycées professionnels.
Alors nous avons droit aux réflexions imbéciles de quelques-uns de ces professeurs, qui voyant arriver notre bande au gîte où ils demeuraient déjà avec de petits sixièmes, s’affolent, ferment les portes à double tour, surveillent nos allées et venues, croient déjà que ces garçons mal éduqués vont voler, violer, casser.
Hier encore, au théâtre, la réflexion d’une enseignante: « ouf ! il est temps qu’ils partent ceux-là ».
Ceux-là? mais qui sont-ils? Cassés souvent, mauvais élèves sans doute dans la filière dite noble, ils n’en sont pas moins pétris de curiosité, de volonté de s’en sortir, d’enthousiasme parfois un peu débordant, de sensibilité aussi (pas comme certains adultes présomptueux) et si parfois ils ne sont pas faciles à « tenir », et peu férus de grande littérature, d’histoire et compagnie, je voudrais bien que tous ceux qui les stigmatisent, parce qu’ils ont trois sous d’études derrière eux, sachent qu’un jour ils auront peut-être besoin d’un plombier, d’un électricien, d’un réparateur télévision etc. 
A chacun ses compétences. Mais là n'est pas l'essentiel, l'essentiel est l'attitude de ces soi-disant pédagogues: leur incivilité, leur discourtoisie, leur bêtise.
Alors pour les venger un peu je me permets de publier un texte de Michaux, qui ne raconte pas ce que je viens d’exposer mais qui s’en approche parce que compères et mégères ne sont pas une espèce en voie de disparition.
Je vous livre ce délicieux moment, assurément à lire à haute voix, seul, en famille, avec des amis.
 

clocher.jpg

 




Dimanche à la campagne.

 

Jarrettes et Jarnetons s’avançaient sur la route débonnaire.
Darvises et Potamons folâtraient dans les champs.
Une de parmegarde, une de tarmouise, une vieille paricaridelle ramiellée et foruse se hâtait vers la ville.
Garinettes et Farfalouves devisaient allégrement.
S’éboulissant de groupe en groupe, un beau Ballus de la famille des Bormulacés rencontra Zanicovette. Zanicovette sourit, ensuite Zanicovette, pudique se détourna.
Hélàs ! la paricaridelle, d’un seul coup d’œil, avait tout vu.
« Zanicovette ! » cria-t-elle. Zanicovette eut peur et s’enfuit.
Le vieux soleil entouré de nuages s’abritait lentement à l’horizon.
L’odeur de la fin du jour d’été se faisait sentir faiblement, mais profondément, futur souvenir indéfinissable dans les mémoires.
Les embasses et les ranoulements de la mer s’entendaient au loin, plus graves que tout à l’heure. Les abeilles étaient toutes rentrées. Restaient quelques moustiques en goupil.
Les jeunes gens, les moins sérieux du village, s’acheminèrent à leur tour vers leur maisonnette.
Le village formait sur une éminence, une éminence plus découpée. Olopoutre et pailloché, avec ses petits toits égrissés et croquets, il fendait l’azur comme un petit navire excessivement couvert, surponté et brillant, brillant !
La paricaridelle excitée et quelques vieilles coquillardes, sales rides et mauvaises langues, achactées à tout, épiaient les retardataires. L’avenir contenait un sanglot et des larmes. Zanicovette dut les verser.
Henri Michaux.

 

par mpolly publié dans : humeurs communauté : La gazette des blogs
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Lundi 22 octobre 2007

 

L'affiche rouge

Vous n'avez réclamé ni gloire ni les larmes
Ni l'orgue ni la prière aux agonisants
Onze ans déjà que cela passe vite onze ans
Vous vous étiez servis simplement de vos armes   250px-Afficherouge.jpg
La mort n'éblouit pas les yeux des Partisans

Vous aviez vos portraits sur les murs de nos villes
Noirs de barbe et de nuit hirsutes menaçants
L'affiche qui semblait une tache de sang
Parce qu'à prononcer vos noms sont difficiles
Y cherchait un effet de peur sur les passants

Nul ne semblait vous voir Français de préférence
Les gens allaient sans yeux pour vous le jour durant
Mais à l'heure du couvre-feu des doigts errants
Avaient écrit sous vos photos MORTS POUR LA FRANCE

Et les mornes matins en étaient différents
Tout avait la couleur uniforme du givre
A la fin février pour vos derniers moments
Et c'est alors que l'un de vous dit calmement
Bonheur à tous Bonheur à ceux qui vont survivre
Je meurs sans haine en moi pour le peuple allemand

Adieu la peine et le plaisir Adieu les roses
Adieu la vie adieu la lumière et le vent
Marie-toi sois heureuse et pense à moi souvent
Toi qui vas demeurer dans la beauté des choses
Quand tout sera fini plus tard en Erivan

Un grand soleil d'hiver éclaire la colline
Que la nature est belle et que le coeur me fend
La justice viendra sur nos pas triomphants
Ma Mélinée ô mon amour mon orpheline
Et je te dis de vivre et d'avoir un enfant

Ils étaient vingt et trois quand les fusils fleurirent
Vingt et trois qui donnaient le coeur avant le temps
Vingt et trois étrangers et nos frères pourtant
Vingt et trois amoureux de vivre à en mourir
Vingt et trois qui criaient la France en s'abattant

                                                                                 Louis Aragon




Ma Chère Mélinée, ma petite orpheline bien-aimée,

Dans quelques heures, je ne serai plus de ce monde. Nous allons être fusillés cet après-midi à 15 heures. Cela m'arrive comme un accident dans ma vie, je n'y crois pas mais pourtant je sais que je ne te verrai plus jamais.
Que puis-je t'écrire ? Tout est confus en moi et bien clair en même temps.

Je m'étais engagé dans l'Armée de Libération en soldat volontaire et je meurs à deux doigts de la Victoire et du but. Bonheur à ceux qui vont nous survivre et goûter la douceur de la Liberté et de la Paix de demain. Je suis sûr que le peuple français et tous les combattants de la Liberté sauront honorer notre mémoire dignement. Au moment de mourir, je proclame que je n'ai aucune haine contre le peuple allemand et contre qui que ce soit, chacun aura ce qu'il méritera comme châtiment et comme récompense.

Le peuple allemand et tous les autres peuples vivront en paix et en fraternité après la guerre qui ne durera plus longtemps. Bonheur à tous... J'ai un regret profond de ne t'avoir pas rendue heureuse, j'aurais bien voulu avoir un enfant de toi, comme tu le voulais toujours. Je te prie donc de te marier après la guerre, sans faute, et d'avoir un enfant pour mon bonheur, et pour accomplir ma dernière volonté, marie-toi avec quelqu'un qui puisse te rendre heureuse. Tous mes biens et toutes mes affaires je les lègue à toi à ta sœur et à mes neveux. Après la guerre tu pourras faire valoir ton droit de pension de guerre en tant que ma femme, car je meurs en soldat régulier de l'armée française de la libération.

Avec l'aide des amis qui voudront bien m'honorer, tu feras éditer mes poèmes et mes écrits qui valent d'être lus. Tu apporteras mes souvenirs si possible à mes parents en Arménie. Je mourrai avec mes 23 camarades tout à l'heure avec le courage et la sérénité d'un homme qui a la conscience bien tranquille, car personnellement, je n'ai fait de mal à personne et si je l'ai fait, je l'ai fait sans haine. Aujourd'hui, il y a du soleil. C'est en regardant le soleil et la belle nature que j'ai tant aimée que je dirai adieu à la vie et à vous tous, ma bien chère femme et mes bien chers amis. Je pardonne à tous ceux qui m'ont fait du mal ou qui ont voulu me faire du mal sauf à celui qui nous a trahis pour racheter sa peau et ceux qui nous ont vendus. Je t'embrasse bien fort ainsi que ta sœur et tous les amis qui me connaissent de loin ou de près, je vous serre tous sur mon cœur. Adieu. Ton ami, ton camarade, ton mari.
 
 
 
Manouchian Michel.
 
 
 
P.S. J'ai quinze mille francs dans la valise de la rue de Plaisance. Si tu peux les prendre, rends mes dettes et donne le reste à Armène. M. M.


 

UNE OPERATION ARMEE TOUS LES DEUX JOURS !

163 attentats en décembre 1941, des sabotages, des déraillements de trains...
Ce groupe combat par tous les moyens les rafles de juifs et les opérations de la S.T.O.
En représailles, entre janvier et mars 1942, les services allemands arrêtent 57 militants de la section juive.
Entre Mars et Juin 1943, la brigade spéciale vychiste arrête 71 militants sur 150 filés.
Le 28 septembre 1943, le groupe Manouchian exécute Julius Ritter, général S.S.
et bras droit de Fritz Sauckel, l'organisateur des rafles pour la S.T.O.
Lors d'un rendez-vous avec Joseph Epstein, le 16 novembre 1943, probablement trahi, il est suivi et arrêté par des policiers de Vichy en civil.

Tous les groupes M.O.I. de Paris seront ensuite rapidement démantelés.
Toute la presse collaborationniste fut invitée au procès du groupe Manouchian et les services de Goebbels le filmèrent.
Le but avoué de ces 3 jours de procès à grand spectacle était de monter l'opinion française contre les "terroristes étrangers"...
La propagande nazie les désigna comme terroristes et criminels de droits communs...
En réalité, une seule audience eut lieu, le vendredi 19 février, où le tribunal militaire les condamnera à mort. La presse déblatèra longuement (quatre jours de suite, et même jusqu'au mardi 23 février, soit deux jours après l'exécution des condamnés !)

L'ignominieuse et raciste "Affiche Rouge" fut placardée dans tout le pays.

8 Polonais, 5 Italiens, 3 Hongrois, 2 Arméniens, un Espagnol, une Roumaine...et trois Français (qui n'y figureront pas) composaient le groupe Manouchian.
Neuf étaient juifs; tous communistes ou sympathisants.
La Résistance écrira "Morts pour la France" sous ces affiches

LE GROUPE MANOUCHIAN :Celestino Alfonso (espagnol), Olga Bancic (roumaine), Joseph Boczov (roumain), Georges Cloarec (français), Roger Rouxel (français), Robert Witchitz (français), Rino Della Negra (italien), Spartaco Fontano (italien), Césare Luccarini (italien), Antoine Salvadori (italien), Amédéo Usséglio (italien), Thomas Elek (hongrois), Emeric Glasz (hongrois), Maurice Fingercwajg (polonais), Jonas Geduldig (polonais), Léon Goldberg (polonais), Szlama Grzywacz (polonais), Stanislas Kubacki (polonais), Marcel Rayman (polonais), Willy Szapiro (polonais), Wolf Wajsbrot (polonais), Arpen Lavitian (arménien), Missak Manouchian (arménien)

 




par mpolly publié dans : humeurs
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Samedi 20 octobre 2007

  Depuis plus de 10 jours, je n’ai plus de connexion Internet à cause d’une petite panne sans importance, la maintenance n’est pas opérationnelle chez le fournisseur que j’ai choisi.

   Je sais que vous êtes passés nombreux prendre de mes nouvelles, j’ai fait comme j’ai pu pour aller vous voir de temps en temps et programmer quelques textes, squattant les ordinateurs des amis, ou du travail (chut !). 

   Je vous remercie tous et toutes, vos encouragements me seront toujours nécessaires, et dès que possible je répondrai à tous vos commentaires, promis, juré.

Pour l’instant je vous confie le dysfonctionnement  qui m’a privée de vous.

 

Déconnexion.

 

Chez mon fournisseur d’accès Internet, pas de stress pour la maintenance. Impossible depuis 5 jours déjà de laisser un billet d’incident sur leur site pour mon accès en 09 téléphonique qui ne marchait plus: « votre ticket ne peut être pris en considération… saturation ». Ensuite, quand la connexion n’a plus fonctionné non plus, le dimanche 21.10.07 exactement, après avoir bien suivi le manuel des solutions aux problèmes, impossible de les joindre. Saturation.

Le lundi, avant de partir travailler, vers 7h, je tente un nouvel appel. Avec la ligne France télécom. C’est 0.34€ la minute. Une charmante voix me pose des tas de questions, et va transmettre le souci à des instances plus compétentes.

Le mardi, vers 7h, je rappelle, pour savoir où en est la maintenance. Une autre voix me répond que la ligne fonctionne, donc j’ai un problème mécanique. Il me faut trouver un comparse qui ait la même box que moi. Si je ne trouve pas, je peux l’essayer avec un autre fournisseur. Je dois rappeler pour leur indiquer les coordonnées de celui qui aura la gentillesse de soumettre ma box aux tests demandés.

Ayant une collègue équipée par le même fournisseur, je prends rendez-vous avec elle pour le mercredi soir.

Le mercredi, vers 7h, je rappelle, et une autre voix me dit qu’il est inutile de leur donner à ce moment les coordonnées de mes amis parce qu’il est nécessaire de tester d’abord, et de faire connaître après. Cohérent, pas vrai ?

Le jeudi, vers 7 h, ayant testé tout et tout et tout, je leur signale que l’alimentation est défectueuse. Nous avons donc diagnostiquer la panne, il suffit qu’on m’expédie l’objet incriminé. On me répond qu’il arrivera d’ici 24 heures, au plus tard 72 heures (ce qui veut dire dimanche !). Un peu de diligence, s’il vous plaît..

J’attends.

Vendredi, c’était inespéré.

J’attends.

Samedi c’était logique.

Le dimanche, vers 7 h, je re-re-re-téléphone. Je m’entends dire que le collègue du jeudi matin avait bien signalé qu’il fallait m’envoyer une alimentation mais n’avait pas validé l’envoi. Je reste sans voix.

J’attends toujours en ce mercredi 31 octobre, patience, patience.

 

Conclusions :

-          Si vous avez un problème de maintenance, débrouillez-vous tout seul.

-          Comme vous n’avez plus ni le téléphone gratuit, ni Internet, débrouillez-vous pour les joindre. C’est 0.34€ la minute et vous passez facilement 5 minutes par appel.

-          Ne vous attendez surtout pas à ce qu’on vous rappelle, jamais on  ne l’a fait, ni par téléphone, ni par courriel.

-          Si possible appelez avant 7h le matin, sinon saturation.

-          N’oubliez pas de demander si l’envoi est validé (on ne sait jamais).

-          Et pendant ce temps-là, vous payez votre facture de connexion avec une facilité surprenante. Aucun souci de maintenance dans les banques.

-          Evitez, si vous voulez changer de fournisseur, de vous adresser à Free.

 

 


v
par mpolly publié dans : humeurs communauté : La gazette des blogs
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Vendredi 19 octobre 2007

Jeu proposé par l'équipe de choc.

1-  Envie de manger?
La tomme daubée de ma grand-mère, ce qui évidemment ne m'arrivera plus jamais.

2- Envie de boire?
Un Viognier bien frais.

3- Envie de regarder?
Les cimes roses du matin.

4- Envie de lire?
Cassandre de Christa Wolf.

5- Envie d'aller?
A Florence.

6- Envie d'écouter?
Daniel Mermet, ou dans un autre registre Pierre Desproges.

7- Envie d'appeler?
Ceux qui m'aimmmmmmmmmment.

8- Envie d'embrasser?
Sur la bouche, on va dire Marlon Brondo dans "Un tramway nommé désir", mais j'ai d'autres idées de ce calibre.
Sur les joues, les enfants maltraités.

9- Envie de prendre?
Un grand bol d'air sans cornichon.

10- Envie de crier?
C'est un scandale! (avec, pour ceux qui s'en souviennent, l'accent de George Marchais.)

11- Envie de voir?
Des rêves généreux dans les yeux des petits et des grands.

12- Envie de te confier?
A des mains expertes. (oh! pour les soins du corps, évidemment!)

13- De qui de quoi as-tu envie?
De bisous, de calins, de tendresse, de rires, de chatouillis dans le cou, de...

14- Envie d'être indifférente?
A tous ces intellectuels qui ont réponse à tout. Je ne sais pas pourquoi mais qu'est-ce qu'ils m'agacent!

15- Envie de changer?
L'injustice sociale et mondiale.

16- Envie de pleurer?
Presque tous les matins au réveil. Mais je n'ai pas le temps.

17- Envie de croire?
A des lendemains meilleurs, à des hommes plus partageux.

18- Envie de cinéma?
Une histoire simple, amusante et lucide genre :"Little Miss Sunshine".

19-  Envie d'acheter?
Un ordinateur portable, une voiture, un appartement, un yatch, une petite maison à la campagne, un chalet à la montagne... Non, bien sûr que non! Seulement un voyage à Florence.

20- Qu'as-tu envie de dire à la personne que tu aimes?

 A mes fils qu'ils soient capables d'aimer.

Qui as-tu envie de voir répondre aux questions?
Celui qui en a envie.
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Jeudi 18 octobre 2007

proposition de Madam'Aga, suite de texte.



Léa dort.
 

Les pompiers l’ont embarquée.

 

L’hôpital prévenu l’attendait.

 

Elle s’éveilla mais hors d’elle, comme détachée de ce corps brisé. Elle flottait dans une douce musique. Elle voyait qu’on s’agitait, les tuyaux perforaient son bras, entubaient son nez, des mains massaient le coeur, on tira violemment le chariot jusqu’à la salle d’opération. Elle se dit que c’était inutile, puisqu’elle volait juste dessus, c’était bien preuve qu’elle n’était plus à l’intérieur.

 

Elle ne voulut pas savoir ce qui se passait derrière la porte et visita les lieux.

 

Que de souffrances gémissaient là ! Les râles l’énervèrent, elle suivit d’autres couloirs, monta des escaliers. Elle croisa Steve qui descendait, le visage tuméfié et les yeux angoissés. Elle l’accompagna quelques marches mais il était pressé et le laissa, indifférente à son inquiétude.

 

A force de tournoyer à droite, à gauche, elle se trouva en salle d’accouchement. Elle pensa à ses trois enfants qui dormaient encore, elle en était sûre, si seulement elle savait comment aller là-bas. A ce moment un cri. Le nourrisson venait de naître. Elle s’approcha sans se méfier, heureuse d’entendre une vie qui palpitait après tous ces agonisants qu’elle venait de quitter.

 

Soudain, elle sentit en elle un appel irrésistible et se laissa couler dans le souffle léger de l’enfant. Elle était bien, au chaud, tranquille, un sein serein se tendait vers elle. Un calme, un chant d’amour.

 

-  Comment s’appelle cette jolie frimousse ? demanda une voix.

 

-  Léa, répondit la maman.

 

-  Comment ça, Léa? s’exclama le papa, on avait dit Marie.

 

-  Léa lui convient mieux, tu ne trouves pas ?

 

En se penchant sur le visage rose, il acquiesça, béat d’admiration devant les yeux émerveillés qui le dévisageaient.

par mpolly publié dans : nouvelles communauté : Ecriture Ludique
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Mercredi 17 octobre 2007

Journée mondiale du refus de la misère.

Comme les mots seront toujours insuffisants pour évoquer toutes les exclusions, je me sers du regard de Bruno  pour m'exprimer. Peut-être trouverez-vous dans ce paysage hivernal, solitude et froid, abattement et désolation, désespérance aussi. Moi, je ne vois que ce petit abrisseau qui lutte, qui lutte, qui lutte...

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Et pendant ce temps-là, nos députés viennent de se garantir contre l'exclusion en votant pour  tous ceux qui ne sont pas réélus, une indemnité mensuelle  de 6952 € pendant 60 mois, puis 20% de cette indemnité à vie.
par mpolly publié dans : humeurs
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Lundi 15 octobre 2007

mots de Darkia: atypique, dommage, mort, pieu, sang, simple, mains, sentiment, recherche, attente, liqueur, corsage, assaillir, clan, pathétique.


Il y a des matins comme ça !
Avant ils étaient rares, pour être précis on va dire atypiques, mais avec l’âge ils sont devenus si typiques que les dommages
collatéraux qui vont avec m'ont rendue pathétique.

Peut-être qu'il faudrait que je me casse à l'autre bout de la France, que je change d'air, d'endroit, de petit coin, parce que parfois quand je m'extrais du pieu je sais pas pourquoi les objets m’engueulent comme s’ils voulaient ma mort. Je tends les mains à la recherche de mes lunettes, histoire de voir qui m’en veut tant, mais elles se sont planquées rien que pour m’embêter. C’est simple, tout me pourrit, de sales vibrations sont là à m’assaillir, m’assiéger, me crucifier, même le corsage qui va si bien avec cette jupe a disparu. Bon sang ! Je vais craquer ! Une petite liqueur me remonterait peut-être, mais je renonce, faut limiter les dégâts. Les sentiments rageurs tissent sur mon visage une catastrophe qui  ne peut plus se voir dans le miroir. Je pars quand même, petitement, prendre mon bus, et dans l’attente je trépigne pour le retard. Pardi! Je suis bien du clan des démunis, des paumés, des « pas de chance ». Et quand j’arrive, je pète un plomb, vraiment c’est la totale ! Il est à peine 9 heures et tout est inondé, de partout, on patauge et c’est pas rigolo parce que je suis Dame Pipi au Trocadéro.

par mpolly publié dans : Jeux d'écriture communauté : Ecriture Ludique
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Dimanche 14 octobre 2007



pour l'équipe de choc, mon fond d'écran.
 
P1010559.JPG une photo de mon petit dernier
prise par son frère aîné
en balade sur les flancs
d'un monde minéral.

par mpolly publié dans : humeurs communauté : La gazette des blogs
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Samedi 13 octobre 2007
 

 Il venait de s’installer sous ce pont. La nuit avait été épique. Il ne pensait pas en descendant vers le sud, quelqu’un avait chanté jadis que la misère y était moins rude, qu’il se retrouverait bloqué par un trio de loubards agressifs qui voulaient le dépouiller. Il avait pu s’échapper. Les souvenirs étaient flous, il savait qu’il avait couru, qu’il avait traversé des ruelles sombres et étroites, qu’il avait franchi plusieurs pâtés de maisons, et qu’il s’était finalement retrouvé dans ce vieux bâtiment désaffecté. Au matin des visages peu amicaux l’entouraient et délibéraient autour de lui dans une langue inconnue. Finalement, il ramassa ses affaires et sortit prestement pour s’abriter à quelques mètres, sous le pied rassurant de ce pont. La vieille ville était loin, ses pieds en sang le taquinaient douloureusement. Il posa son barda, sortit sa couverture qui commençait à sentir le moisi. Quelle idée aussi de choisir une ville qui suintait de partout. Il se rendormit.

Quand il s’éveilla la première vision qu’il eut fut un visage d’enfant, des joues rondes, un nez morveux, des cheveux crasseux et qui n’avaient sans doute pas connu le peigne depuis des lustres. Il jouait à côté de lui, et devait attendre son réveil car il cessa de lancer ses osselets. Aucun ne parla. L’homme plongea sa main dans le vaste sac à dos, en tira une bouteille et se servit directement au goulet sans se soucier des yeux noirs qui le dévisageaient. Il se rinça ainsi la bouche recrachant sa gorgée. Il passa ses mains sur le crâne, se frotta les yeux et observa à son tour l’enfant qui attendait.

-          Tu veux quoi ?

-          Rien.

-          Tu fais quoi dans mes pattes ? Allez fous le camp.

Mais le petit sourire de l’enfant montrait combien l’homme lui faisait peur.

-          T’ as des sous ?

-        Manquait plus que ça ! Tu crois que j’fais quoi sous ce pont ? Que je prends des vacances ?

L’enfant haussa les épaules et s’éloigna vers l’entrée de la bâtisse. Deux minutes plus tard, pendant que l’homme grignotait quelques restes séchés, l’enfant ressortit et s’assit sur la berge, les jambes croisées. Il cala sur ses genoux un grand carton sur lequel il fixa une feuille blanche. Il prit dans sa poche des crayons et se concentra sur son dessin. De son coin l’homme étonné regardait la main sombre et fine tracer des lignes. La curiosité fut la plus forte, il s’approcha.

-          Tu te débrouilles pas mal, tu sais.

L’enfant ne répondit pas mais son crayon se fit plus léger et les arrondis qui surgissaient sur la feuille montraient qu’il avait entendu, et qu’il appréciait la remarque. L’homme s’assit à ses côtés. Quand les derniers coups de crayon furent donnés, l’enfant lui tendit la feuille.

-          Je te le vends : 5 €.

Ce dernier éclata d’un grand rire qui laissa l’enfant pantois.

-          Tu as une feuille et des couleurs ? demanda l’homme.

Il lui donna le carton, une feuille propre, ses crayons de couleurs. Et l’homme composa en quelques minutes tous les tons chauds de cette matinée de printemps qui miroitaient dans l’eau. Les yeux de l’enfant s’émerveillaient au fil des teintes, de la perspective, des reflets, de la large barque qui somnolait là. Quand il eut fini, il rendit le matériel à l’enfant et retourna sous le pont.

-          Allez va le vendre, tu en tireras bien deux ou trois sous.

 

Le lendemain, à la même heure, ils se retrouvèrent. Finalement, il était revenu dans le coin, n’ayant pas trouvé mieux pour sa deuxième nuit. Quand il émergea, la petite tête crasseuse attendait. Et le cérémonial recommença, avec une nuance cette fois, l’homme aidait l’enfant à poser ses couleurs, à observer ici ou là le coin d’ombre et de lumière qui ferait de l’effet. Il apprit qu’il s’appelait Sacha, qu’il était en France depuis trois ans, qu’il avait un peu fréquenté l’école mais pas trop, que sa famille se débrouillait pour survivre, en tous cas c’était mieux qu’en Roumanie, mais qu’ils déménageaient souvent à cause de la police, et qu’ils avaient tenté de rejoindre les gitans mais comme ils n’avaient rien, on les avait chassés.

-          Et toi, tu t’appelles comment ?

-          Christophe.

-          Et pourquoi t’es sous les ponts ?

-          C’est une trop longue histoire.

 

Le troisième matin, le jeune garçon apporta à Christophe une toile.

-          Où t’as trouvé ça ?

-          Je l’ai achetée avec tes dessins. On peut se faire du blé si tu peins. Parce que ça se vend bien tu sais.

Non, il ne savait pas. Il hésitait, depuis qu’il avait lâché le monde, il n’avait plus touché un pinceau. Il pouvait essayer. Le gosse avait raison. Ils firent un marché, il peindrait, Sacha vendrait et moitié-moitié. Ce jour-là il vida son grand sac à dos. Du fin fond, il sortit une boîte en bois qu’il ouvrit. Des pinceaux, des couteaux, de la vieille peinture, sa palette. Les yeux noirs de Sacha brillaient d’admiration.

-          Il me faudra aussi quelques tubes, tu pourras m’acheter ça, tu déduiras de tes frais. Mais pas n’importe quoi, tu vas chez un vrai marchand de peinture.

Et Christophe s’installa comme il put. Et très vite revinrent à lui ses années aux beaux-arts, sa première exposition, ses premières ventes… tous ces vieux souvenirs d’il y a des siècles.

Ces petites toiles se vendaient, l’enfant savait s’y prendre et il apprenait vite aussi, il pourrait bientôt balancer des couleurs sur d’autres supports que du papier. Un jour il revint accompagné d’un homme élégant, sur le coup, Christophe réagit brutalement. C’était une affaire entre Sacha et lui, on avait dit pas d’intermédiaire. Mais l’homme était patient et déterminé. Il s’intéressait à son travail et lui proposait mieux que des ventes sauvages.

-          J’ai une galerie. Ici dans cette ville touristique, vos ponts se vendront à des prix bien meilleurs si vous les exposez chez moi.

-          Voyez avec Sacha.

-          Qui est Sacha ?

Et Christophe désigna l’enfant au sourire large et brillant.

-          Mais c’est un enfant !

-          C’est mon agent. Il saura faire

-          Mais c’est illégal, je ne pourrais pas me permettre de…

-          Débrouillez-vous avec lui, je ne veux rien savoir.

 

Un soir, dînant avec toute la famille dans un coin de l’usine, Christophe dit qu’ils avaient suffisamment d’argent acheter un camping-car, ainsi pourraient-ils rejoindre les gens du voyage, et les enfants pourraient aller un peu à l’école, et il pourrait peindre d’autres ponts dans d’autres villes. Les mines réjouies, ils décidèrent qu’ils iraient demain tous ensemble trouver l’occasion idéale. Ils n’en eurent pas le loisir. Les gendarmes venaient de bloquer les issues. Ils ne résistèrent pas et se retrouvèrent sur les bancs de la gendarmerie locale.

 

Un des gradés s’occupait de Christophe. La carte d’identité était périmée. Christophe sortit d’une poche de son sac un amas de papiers. Il les étala sur la table.

-          Ce sont des photocopies !

-          Les originaux existent vous savez, suffit de joindre la dame, là.

Et il montra sur une des feuilles extraites d’un livret de famille, le nom d’une femme. Le caporal parcourut les autres feuillets :

-          un fils né le 10 mars 1995… décédé le...

-          Vous avez bientôt fini ! Vous voyez bien que je suis en règle.

-          Et ça ?

-          Jugement de divorce.

-          Bon, je vous libère.

-          Et eux ?

-          On verra, s’ils sont en règle pas de souci.

-          Ils sont Roumains, la Roumanie elle est bien dans le machin européen non ?

-          On verra, occupez-vous de vous.

Il saisit son sac et sortit du bureau. Il s’adressa à Sacha.

-          T’inquiète pas. Je viendrai vous chercher demain. Peux-tu me dire comment il s’appelle celui qui vend mes tableaux.

 

Christophe se rendit à la galerie qui venait de fermer. Il attendit cinq minutes et interpella le marchand d’art. Sur le trottoir, la discussion fut animée, Christophe avait un argument de poids avec ses tableaux vendus sous le manteau. L’homme finit par promettre d’agir, le maire était son ami.

-          Mais vous gâchez votre talent. Vous êtes un grand coloriste. Vos couleurs…

-          Mes couleurs c’est Sacha. Souvenez-vous de Sacha, il n’a pas dix ans, des doigts d’or et un regard exceptionnel. Souvenez-vous de lui, il sera le plus grand de ce siècle.

 
 

Le lendemain, vers onze heures, un gros camping-car pas tout à fait neuf, stationnait devant la gendarmerie. Sacha sortit le premier et c’est en bondissant qu’il rejoignit Christophe. Toute la famille était là, ils grimpèrent dans le véhicule et joyeusement celui-ci démarra.

 
 


par mpolly publié dans : Jeux d'écriture communauté : Ecriture Ludique
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Samedi 13 octobre 2007

J'avais envie de partager cette nouvelle, écrite en 2001, en hommage à tous ceux qui se battent afin que des enfants s'en sortent. (je l'ai divisée en 3 parties pour ne pas décourager les lecteurs.)


Juliette
 

Quand elle est arrivée, il y a plus de deux ans, je me souviens de ces yeux vides. Morts. Elle dirait “incendiés”. Elle est sortie de la voiture de Maman comme une momie. Si longue, si fine, bras ballants, incapable de saisir le petit bouquet de marguerites cueillies pour elle. J’ai eu peur. Peur de ce noir qu’elle montrait. Tout ce noir. J’avais l’impression de me trouver face au vide. Un vertige. Alors je l’ai prise par la main et je l’ai menée jusqu’à cette chambre qu’elle occupe toujours. Elle ne parlait pas. Elle bougeait à peine. Raide. J’étais mal à l’aise, j’ai été mal à l’aise longtemps et maladroite sans doute.

 

J’étais heureuse de retrouver Maman, on était tous heureux, Alex, mon frère, et Papa. Elle était partie depuis plus d’une semaine à Valence, chercher Oriane. Chez nous, il y a toujours eu des enfants. Des enfants confiés pour un temps, des inconsolables comme Oriane. Souvent ces enfants n’étaient là que pour un mois ou deux, le temps de leur trouver une famille d’accueil, le temps de les laisser souffler avant de retourner chez eux. J’en ai toujours vus ici. Même à ma naissance, Samy était là. Mais Samy, c’est une autre histoire. C’est mon histoire. Parce que Samy, ce grand frère noir, c’est le soleil pour moi toute seule.

 
 
 
 
 
Mireille
 

Oriane. Un sacré chemin depuis son arrivée en septembre 99. Elle était murée quand je suis allée la chercher au centre médical de Valence. Impossible de lui tirer un mot, une quelconque réaction. Là-bas, j’ai l’impression qu’ils ne comprenaient rien à cette gosse, qu’ils l’ont laissée un peu de côté. Ici, le Docteur Villemin est formidable. Et Oriane aussi. Quelle fille! Intelligente, sensible et si éprouvée pourtant. Quand elle est partie avec moi, il a fallu l’installer dans la voiture. Elle résistait de toutes ses forces. Raide, elle ne voulait plier aucun genou. Comment peut-on entrer dans une petite 106 un long corps inflexible? Je l’ai serrée contre moi, j’ai murmuré à son oreille des mots tendres et je me suis souvenue d’un petite chanson d’enfant. Elle s’est ployée, sous le chagrin. J’en étais chavirée. Je n’ai pas pu parler avant plusieurs kilomètres. Et nous sommes arrivées, en silence, car elle avait éteint la radio au moment où celle-ci diffusait une symphonie de je ne sais qui. J’en ai déduit qu’elle ne supportait pas le classique. Et je me faisais du souci pour Juliette qui adorait son piano, qui jouait tous les soirs après l’école. Heureusement Patrick m’a rassurée, comme d’habitude. Que deviendrais-je sans lui, sans cette force tranquille qui m’épaule depuis plus de vingt ans? Et Juliette aussi. Elle ressemble à son père. Rien ne la perturbe. Elle est tellement d’humeur égale, sans jamais un mot plus haut que l’autre, tellement raisonnable! Elle m’effraie parfois. Je la voudrais plus révoltée, moins mûre peut-être. J’ai l’impression qu’elle a toujours été sérieuse. Ca ne veut pas dire qu’elle ne sait pas rire, au contraire, elle a de grands éclats de rire, pour un rien. Mais parfois, je le vois bien, elle a dans le regard des millénaires de sagesse. Ca fait peur. Ma Juliette, mon enfant. Quand elle est née, Samy était là depuis six mois. Un gosse terrible. Toujours à sauter partout. A crier, à hurler. Un gosse totalement paumé : un père pédophile, une mère droguée. Et Juliette dans son berceau l’a calmé. D’un coup. Quel merveilleux souvenir que l’attachement subit de ce petit garçon noir pour cet ange tout blond! Car Juliette était si blonde! C’est incroyable, ses cheveux ont foncé très vite, comme si elle voulait ressembler à Samy, et ils ont bouclé serrés, comme lui. Tous les deux, c’est un monde à part. Ce qui m’étonne, c’est qu’Oriane est entrée de la même façon dans la vie de Juliette. Un lien invisible. Chacun la voit cette affection, elle est palpable. Et Samy a adopté Oriane. Ces trois-là, c’est du domaine de l’incompréhensible. Ils n’ont pas besoin de mots pour communiquer.

 

Que j’aime ces enfants! J’étais éducatrice, comme Patrick, quand j’ai senti que ça ne me suffisait pas. Nous étions mariés depuis quatre ans, je pensais que je ne pouvais pas être mère. Même si toutes les analyses contredisaient mon verdict, rien ne venait. Alors, avec Patrick , on a pris cette décision d’héberger les enfants en difficulté. Samy fut le premier. Je ne savais pas encore que Juliette faisait son nid, car aucun symptôme ne s’était manifesté alors que j’étais enceinte de trois mois.

 

Je sais que ces enfants sont ma source. J’ai autant besoin d’eux, qu’eux de moi. C’est comme de réparer mon enfance. Et bientôt nous accueillerons Kamel, un petit garçon de cinq ans. Il est de Camargue, une terre de soleil. Se plaira-t-il dans nos montagnes?

 
 
 
 
 
Oriane
 

Ma main a retrouvé son aisance. Elle a envie de couvrir des pages et des pages de mots. Je voudrais être poète, écrire moins vite, donner à chaque virgule une place unique.

 

Parler de moi? Est-ce si important? Le docteur Villemin a-t-il besoin de cette encre séchée? Que signifieront vraiment mes élucubrations verbales? Je ne crois pas en leur charabia qui veut tout interpréter, qui ne laisse rien au "hasard". Foutaises. Je ne dis pas qu’il ne m’a pas aidée, c’est un docteur plein d’humanité et d’incertitude. Il me convient, surtout dans ses hésitations et son désir de me “sauver”. Mais on ne sauve personne de l’innommable. La douleur s’apprivoise, pas le désespoir. Adieu petite Oriane d’une enfance qui me semble irréelle, jamais vécue, comme si j’étais une autre et pourtant la même. Je ne suis plus la jeune fille insouciante d’avant 99. Elle n’existe plus. Jamais elle ne reviendra. Malgré ma grand-mère qui cherche à me convaincre que je peux revenir à Amiens, malgré mes grands-parents de Montpellier qui voudraient que je le redevienne pour se consoler de la perte de leur fils unique. Je ne cèderai pas. Je vivrai, mais pour moi. Je suis avec Juliette, pour longtemps. Cette amie imprévue, cette lumière placée là pour moi. Et Samy. Oui, Samy, celui que je ne voyais jamais, qui passait en coup de vent et qui donnait à la maisonnée un éclat de joie sans pareil. Je le vois aujourd’hui et je vois qu’il transfigure Juliette dès qu’il approche. Samy, c’est l’enfant du rien, comme il dit, l’enfant qui est né à 6 ans, le jour même de la naissance de Juliette. Il vient de cette part-là, et quand il passe, tout est lumière et rire. Ensemble, tous les trois, c’est l’émerveillement, chaque fois. Le reste du temps, c’est Juliette. Bien sûr, Mireille et Patrick, même Alex m’ont adoptée. Pas comme Juliette. Elle m’a tout donné d’emblée et d’abord ce cri. J’avais écrit ce vers de Senghor sur un bout de papier. Je l’avais épinglé sur ma porte pour qu’elle le lise. Elle a mis plusieurs jours à le voir. Je voulais qu’elle sache que mon mutisme était involontaire. J’étais brisée dans ce silence. Impossible de parler. Ce n’était pas du “refus” comme le psychologue de Valence l’avait dit à Mireille. C’était bloqué au fond de ma gorge, plus bas encore. Bloqué. Tout était bloqué. Sauf des lambeaux de poèmes qui me revenaient. Le premier fut de Léopold Senghor. Une passion de mon père: “Chants d’ombres”. Le dernier peut-être qu’il m’a lu : “Qui pousserait le cri de joie pour réveiller morts et orphelins à l’aurore?” Oui, qui pousserait ce cri? Elle l’a fait. Avec les yeux, avec le coeur, avec tout ce temps qu’elle passait à mes côtés. Elle parlait sans arrêt de tout, de rien. Je n’écoutais pas, je ne savais plus le faire. Mais ses mots me traversaient. Bien sûr, ce n’est pas venu tout d’un coup. C’est à petits pas que sa voix s’est mêlée à ma voix intérieure. Et la poésie m’occupait. C’était comme une bouée. Papa m’en avait nourrie, depuis le berceau jusqu’à l’aube fatale de juillet, sur l’autoroute A7, à l’embranchement d’Orange. Il récitait “je dis: nuit” d’Albert Ayguesparse, à pleins poumons pour ne pas s’endormir. Maman somnolait. Estelle faisait semblant de dormir pour ne pas me donner cette fichue bouteille d’eau à ses peids. Je râlais sur elle. Ma tendre, ma petite, ma fragile, mon étoile, ma Stella, mon Estelle…

 
 
 
 Juliette.
 

Pendant plusieurs mois, il ne s’est rien passé. J’allais chaque soir parler à Oriane de ma journée, de mes copains, et de Samy. Elle n’entendait rien. J’ai failli abandonner ce rite idiot. Pour quelle obscure raison ne pouvais-je m’empêcher de frapper à sa porte? Je pense qu’elle me fascinait. Son silence surtout. Son absence. Comment pouvait-on vivre avec un tel vide en soi? Elle aidait beaucoup Maman dans toutes les petites tâches ménagères, elle était donc capable de bouger, d’agir, sauf qu’elle était tout en raideur. Inabordable. Oui, cette absence me troublait. Je désirais très fort qu’elle revienne, c’était comme un défi. Mais dans le même temps, elle me faisait peur, elle était comme un miroir tendu vers moi. Qu’adviendrait-il de moi dans les mêmes circontances? Je ne sais pas. Perdre mes parents, mon frère, je n’arrive pas à l’imaginer. Ils sont immortels. Samy aussi. Moi, je suis mortelle. Je le suis avant tout autre. C’est mon voeu. Ne pas avoir à subir une perte. Mourir avant eux.

 

Pendant des mois, j’ai contemplé Oriane. Je connais par coeur chaque trait de son visage. Ce petit visage pointu de menton, avec des cheveux sombres coupés au carré qui lui mangeaient des joues plutôt creuses. Et ses grands yeux noirs, immenses, et aujourd’hui si pleins de détresse. Son retour, c’était aussi cela : se trouver face à la mémoire vive, une douleur intense.

 
Pendant des mois j’ai attendu un signe.
 

Un soir, épinglée sur la porte une phrase de Senghor. Une phrase qui parlait d’un cri de joie pour réveiller morts et orphelins. Pour la réveiller. Un appel au secours. Un lien enfin, quelque chose de tangible à laquelle je pouvais m’accrocher. J’en avais les larmes aux yeux. Ma main tremblait sur le loquet de porte. Il m’a fallu quelques secondes pour me ressaisir et me tourner vers elle et lui dire que je pousserais ce cri. Je me souviens de ma voix mouillée, de ce tremblement intérieur avec les battements épais de mon sang à mon cou, comme une morsure.

 
 
 
Oriane
 

Il est minuit. Le ciel est constellé. Je voudrais être dans une étoile avec eux. Là-haut. Pour toujours. Mais la vie s’accroche malgré moi, je ne saurais sauter de la fenêtre, ni attenter jamais à ce corps légué par mes parents et dont je dois m’occuper. Pour eux, je vivrai.          Je deviendrai, pour eux.

 

Je pense à ces enfans juifs des années quarante. Leur soif de vivre malgré tout. Je me raccroche à eux pour atténuer l’acuité de ma souffrance. Et ma misère personnelle ne devient qu’un défaut de circulation sur une autoroute saturée. Je suis seule d’eux, mais je suis là. Pour eux je grandirai et chaque centimètre de plus, chaque seconde de plus me rapprocheront d’eux. Tant que je vivrai, leur disparition ne sera jamais inutile. Aujourd’hui ma mémoire saigne. Je tends les yeux en dedans et je les vois. Papa taquin, Maman tendresse, Estelle et son tapage rieur. Estelle…Quand ton prénom me vient c’est un trou sans fond dans lequel je glisse.

 
 
 
par mpolly publié dans : nouvelles
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Quichottine, j'ai créé une page juste pour vous.
Si vous n'avez pas le temps, ou que le billet ne vous intéresse pas, ou que vous n'avez pas envie pour l'instant, vous avez peut-être quelque chose à me murmurer...
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Décider follement d’éditer sur le Net quelques nouvelles et autres fantaisies est à la fois constructif et dénudant. Dénudant parce que nos fragilités, nos travers, nos tics et nos tocs s’exposent sans vergogne. Constructif parce que les mots plus ou moins bien enchevêtrés deviennent notre château en Espagne, notre moulin à vent, notre petite maison dans la prairie… L’écriture est mon petit fort dans le sable, l’écume qui en efface les traces, un éphémère dans la lumière d’un soleil voilé. Ce n’est pas ma vie, ce n’est pas la vie mais elle donne l’élan ou le recueillement qui manquent dans le tourbillon d’un monde qui ne tourne pas très rond.

 

Et que vogue le blog.


 



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