juste pour vous...


Sur les conseils de
Quichottine, j'ai créé une page juste pour vous.
Si vous n'avez pas le temps, ou que le billet ne vous intéresse pas, ou que vous n'avez pas envie pour l'instant, vous avez peut-être quelque chose à me murmurer...
cest ici
.
Jeudi 6 décembre 2007

 


Consigne de Papier libre:
Etant donné un mur que se passe-t-il derrière ? (Tardieu)



Dès l’enfance il se construit, brique après brique.

Une gifle, un coup, maman qui me détruit.

Des milliers de briques.

Adolescent il s’endurcit, enduit sur enduit.

Un baiser, un rejet, la trahison qui se poursuit

Des millions de briques.
 

Adulte une plume plus douce ouvre un huis.

La rencontre, un amour qui se construit.

La porte s’élargit.
 

La plume est trop légère et s’enfuit.

Un cri, une douleur, la fermeture se rebâtit.

Des milliards de briques.

Le cœur s’entend à peine tout rétréci.

Les claques de la vie, le mur s’épaissit.

Doublées triplées les briques.





Pink Floyd - The Wall.


 

par mpolly publié dans : Jeux d'écriture communauté : papierlibre
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Jeudi 6 décembre 2007

Ok, je sais ça commence par un enterrement, mais c'est ce que j'ai trouvé de plus gai dans mes tiroirs, c'est un peu la faute à Bill.


  Photo envoyée par Bruno  Thomas,
celle dont je me suis  inspirée.Paysan-dans-les-Dolomites-2.JPG
  site de Bruno: ici

    Sous la tonnelle ombragée, la famille endimanchée partageait le repas. Elle revenait du cimetière où reposait depuis une heure, sous un soleil de plomb, l'Emile: époux, père, grand-père, frère, oncle ou ami. On discutait, on pleurait, on se souvenait et on se demandait des nouvelles. Les petits-enfants chahutaient à distance, respectant le recueillement ou le chagrin des adultes mal à l'aise dans leur col raide et leurs vêtements sombres.
L'épouse du défunt se moucha bruyamment en gémissant.

- Comment je vais vivre maintenant sans mon Emile ?

Une femme qui passait devant elle avec un plat l'embrassa.

-   On sera là maman. On viendra plus souvent et tu viendras chez nous.

-  Sûrement que j'irai à la ville ! s'exclama la mère, tu veux m'empoisonner peut-être avec toute leur pollution!

Un jeune homme au teint buriné se leva et se rapprocha du fauteuil sur lequel était assise la vieille dame. Il pressa tendrement les épaules. Elle renifla.

-    Brave petit! Tu penseras à ta grand-mère de temps en temps et tu viendras me raconter les nouvelles maintenant que tu conduis.

-    Bien sûr! tu sais que tu peux toujours compter sur moi. Pépé va me manquer beaucoup aussi. Je connais tous les chemins qu'il parcourait. Tiens la dernière fois, je l'ai pris en photo avec Nanette, l'ânesse. Tu veux la voir? Je l'ai développée hier, exprès pour toi.


Le jeune homme s'éloigna pendant que les discussions allaient bon train. Un vieil homme à la barbiche grise haussait la tête et ne cessait de répéter:

-    Le frangin était d'un naturel heureux!

-    Pour sûr! répondit en écho l'épouse. Il avait le caractère d'un bourricot mais il aimait à rire. Sans blague! Il en a fait des farces, pas vrai Gaston?

Et Gaston opina du chef. La tablée se tut soudain. Le Gaston allait raconter. C'était le jumeau de l'Emile. Il avait un indicutable talent, celui d'avoir accompagné son frère dans toutes ses facéties. Mais l'assistance fut déçue. Gaston ne put parler, il hocha la tête, une boule lui serrait la gorge. Il se leva et s'éloigna en maugréant.

- 
C'est le chagrin ! dit une femme rousse et ronde, ça ira mieux plus tard quand il aura cuvé toute cette émotion.

- 
Ca oui! C'est dur ! On l'aura plus à nous raconter ses histoires notre Emile, ajouta un vieux monsieur. C'est qu'il savait les dire ses trouvailles. Il les inventait dans ses promenades avec Nanette. Enfin, c'est ce qu'il disait.



    L'épouse du défunt revint chargée de victuailles. Elle sentit que son monde commençait à s'ennuyer, elle voyait que leurs yeux cherchaient l'Emile, elle devinait que leurs oreilles attendaient sa voix, ce ton qu'il avait à vous dire tout et n'importe quoi, surtout n'importe quoi mais qu'on écoutait avidement. Elle s'assit, respira très fort comme pour retenir les pleurs et décida de leur parler du dernier soir d'Emile.

-    L'Emile il savait qu'il allait mourir.

Les visages se tournèrent vers elle, empreints de scepticisme ou d'étonnement.

-    Pour sûr qu'il le savait! Il a pris un bain! Vous l'imaginez prendre un bain à huit heures du soir! Il avait horreur de l'eau, ben, il a pris un bain!

On riait autant de soulagement, parce que le départ du Gaston chaviré avait alourdi l'atmosphère, que du tableau d'un Emile dans un bain mousseux.

-  Et même que j'étais obligée de l'enfermer dans la salle de bain pour qu'il se lave quelquefois. Alors comprenez mon ébahissement l'autre soir! Même qu'il s'est brossé les chicots, il s'est peigné et tout et tout, on aurait dit un sou neuf quand il est sorti. Je l'avais jamais vu briller autant, sauf peut-être à notre mariage.

Les rires fusaient. La grand-mère semblait ravie de l'effet qu'elle produisait. Alors elle continua la voix plus assurée.

-    Et vous savez quoi ?

Evidemment, en choeur, ils répondirent non.

-     Il a voulu dormir seul, sur le fauteuil . En cinquante ans de vie commune, jamais il m'avait fait un tel affront!

-     Maman, dit une des femmes, tu devrais garder tous ces souvenirs pour plus tard.

-    Qu'est-ce qui te gêne, fillette! C'est vrai ce que je dis. On se disputait souvent mais on était toujours d'accord tous les deux, y a pas à redire, on s'est bien aimés.

-     C'est pas ce que je voulais dire, je trouve que tu manques d'égard pour les dernières heures de papa.

-      Peuh ! C'est pas lui qui m'aurait reproché ça ! Ta ville t'a rétrécie ? Ton père, il m'aurait dit : "Vas-y, mon chou, je peux les faire rire encore"

-      Maman a raison, elle doit partager. Sinon, à quoi servirait notre affection? demanda un homme d'une quarantaine d'années, qui était resté silencieux jusqu'à présent.

-     Bien parlé, fiston. Donc...où j'en étais ? Voilà ce que c'est dans cette famille, on discute toujours trop !

-     Qu'il voulait coucher sur le fauteuil, répondit un jeune adolescent.

-     Ouais! J'ai râlé, pour sûr ! Mais il a tenu bon. Et le pire...le pire...

On retenait sa respiration. Elle jouait du ton, elle avait tant de fois entendu son Emile qu'elle connaissait ses astuces pour captiver l'attention.

-     Le pire ? s'exclamait-on impatient.

-   C'est qu'il s'est mis sur son trente et un. Le costard, la cravate, tout quoi, à part les chaussures. Je lui courais derrière et lui faisais la scène. C'est pas croyable, où tu vas? je lui disais, qui c'est que tu reçois ce soir ? Eh ben, il restait muet comme une carpe!

-    Sacré Emile! s'esclaffa Gaston qui était revenu se joindre au groupe. C'est qu'il était joyeux drille ! l'aimait courir la prétentaine.

-    Gaston, on t'a pas sonné, répondit la grand-mère. D'abord c'était un fidèle! Je dis pas, parfois il aurait eu le goût, y a des femmes qui traînaient autour de lui ! Mais il savait se tenir, et toi tu devrais tenir ta langue, fieffé bavard!

Gaston se le tint pour dit, mais son sourire n'en démordait pas, elle lui lança un regard furibond. Elle reprit cependant son récit, ce n'était pas Gaston qui allait lui couper ses effets.

-      Il finit par me dire que c'était sa dernière nuit et qu'il voulait la passer tranquille. Pensez que j'ai ri, que je trouvais qu'il délirait. Mais il a fini par me faire peur le bougre! Il disait qu'il avait vu une apparition et qu'il était prévenu. Alors je lui ai demandé quelle apparition ? Il m'en avait déjà parlé, l'autre jeudi quand il est revenu de la luzerne avec Nanette. J'avais qu'à m'en souvenir. Il prenait les airs bourrus et je dus me résoudre à le laisser. Pourtant j'étais inquiète, pas vrai ? Alors je suis revenue, il était étendu, les bras sur le ventre, comme un mort. Je l'ai secoué, moi je croyais qu'il l'était déjà! Il était pas content sur le coup, puis il m'a prise dans ses bras et il m'a frotté les nénés en disant que c'étaient les plus beaux qu'il avait jamais tâtés !

-     Oh ! Maman, il y a des enfants !

-    Quoi? les enfants ! Faut penser à les éduquer vos mômes, ils savent plus rien de la vie, savent plus comment une truie a ses petits ! Ni d'ailleurs ce que c'est qu'une truie!

-    Avec la télé, ils en savent plus long que nous ! répliqua un père de famille moustachu.

-   Pas sûr! rétorqua la grand-mère, à la télé ils montrent beaucoup de bêtises, c'est pas la vie ! Pépé, il râlait toujours devant : il les traitait de tous les noms d'oiseaux ces ignorants! Même que je pouvais pas écouter ce qu'ils disaient dans le film! Des fois, je me fâchais fort pour qu'il se taise. Le dernier cinéma qu'on a vu à la télé c'était pulpe fiction.

-     Pulp Fiction, reprit une jeune adolescente en riant.

-    Oui, t'as raison ma Mimi, mais moi j'ai pas appris l'américain. Ce soir là, il était fâché, très fâché contre moi et j'étais contente car j'allais pouvoir comprendre quelque chose...eh bien j'ai rien compris! Tu crois que c'est ça la vie ? Quelle misère! Il leur manque le sentiment, voilà ce que je dis, ils savent plus ce que c'est que le sentiment ! Bon, où j'en étais ?

-   Qu'il te frottait les nénés, répondit Gaston, ça c'est du vrai sentiment et faut dire qu'elle les portait beaux au jeune temps !

Et la tablée tentait d'imaginer la grand-mère toute jeune, avec des formes rebondies et attirantes. Certains qui l'avaient connue fille souriaient ragaillardis. C'est que l'Emile l'avait enlevée la jeunette, au nez et à la barbe de son père, après il avait fallu organiser les épousailles pour que tout devînt comme il faut.

-   Ben oui! sale polisson de Gaston! T'es le même que l'Emile, toi! toujours à mettre les yeux là où c'est pas permis! Je peux poursuivre?

-    Bien sûr mémé, on t'écoute.

-   Ensuite, il a été très doux que ça faisait longtemps que je l'avais pas vu ainsi ! Et il m'a dit que c'était comme une lubie qu'il avait, que fallait la pardonner, à son âge y pouvait bien avoir quelques folies et qu'il fallait que j'aille me coucher sans plus s'occuper de lui. Et quand je me suis levée à sept heures et ben... je l'ai trouvé comme vous l'avez vu, tout mort, le pauvre...


Elle versa sa larme, baissant les yeux. Le jeune petit fils profita du silence pour lui présenter la photographie de son grand-père. Oui, c'était son Emile, avec son large béret, sa moustache gauloise qu'il soignait plus que ses dents. Il descendait de Pré Carré où il avait fait le plein de luzerne pour les lapins. C'était bien lui à se charger aussi lourd que possible pour épargner l'ânesse. On voyait l'effort à retenir le poids de la charrette dans la descente pavée. Mais il était heureux; sous la visière on devinait la coquinerie du regard et toute sa tendresse envers l'enfant qui le photographiait. L'image passa de main en main. Une des femmes explosa en gros chagrin et s'éloigna dans la maison suivie par une autre qui lui ressemblait. L'émotion gagnait sur tous les visages. Chacun se remémorant l'Emile qu'il connaissait. Chacun cherchant en lui une voix, un sourire, un mot qui lui appartenaient.

-   T'es sûr qu'il descend du Pré Carré ? demanda Gaston, j'ai plutôt l'impression que c'est la voie du Rif Moqueur. C'est pas là que tu l'as prise fiston ?

-   Oui, j'étais allé à sa rencontre. Tu te souviens mémé ?

-   La voie du Rif Moqueur? Mais oui! Et c'est là qu'il m'a dit pour son apparition, tu le sais aussi Gaston, t'étais là quand il en a parlé.

Gaston leva les yeux au ciel, il n'avait pas l'intention de raconter ce que son frère lui avait dit ce jour-là. Il pensa qu'elle pourrait se taire aussi. Après tout Emile avait peut-être rêvé. Il frissonnait, il n'aimait pas qu'on crût qu'Emile était devenu gâteux. La grand-mère insistait.

-    L'apparition lui a annoncé sa mort !

L'attention des familiers se resserra une nouvelle fois autour de la grand-mère.

-   Raconte-nous mémé.

Mais elle regardait Gaston, sachant que l'histoire devait venir de lui seul. Elle était mal à l'aise avec ce fantôme de malheur. Gaston se taisait toujours. Il haussa les épaules, s'installa plus profondément dans son fauteuil et dit :

-   T'es sûr? T'es sûr qu'il faut dire?

-  Je sais pas! C'est pas banal quand même et Emile t'a jamais raconté de salades, pas vrai?

-   C'est juste. Bien voila : l'Emile est redescendu tout chiffonné ce jour-là. Il nous a dit qu'il avait fait une drôle de rencontre avec une femme qui avait jailli brusquement devant lui. Sur le coup ça m'a fait marré, je lui ai demandé si c'était la vierge Marie. Il a répondu sûrement pas, à la rigueur Madeleine avant sa passion pour le Christ, elle était bien charnue, des formes là où il en faut et pas vraiment cachées, on les devinait toutes et une bouche pulpeuse, et un regard de braise, et tout pour étourdir un pauvre innocent !

- C'était peut-être un de ses fantasmes qui surgissait-là, dit doctoralement un petit monsieur un peu agité.

-   A son âge ? répondit un autre.

-   Il n'y a pas d'âge pour ça, rit une adolescente enthousiaste.

-  C'est bien la première fois qu'il rencontrait un fantasme mon Emile? C'est pas plutôt un fantôme que tu veux dire ? demanda inquiète la grand-mère.

-   C'est pas la même chose, maman. Un fantasme c'est comme un rêve très fort auquel on pense souvent surtout dans les relations amoureuses.

-   Et où c'est qu'il aurait trouvé tout seul un fantasme pareil? Surtout que ce fantasme lui a annoncé sa mort! C'est possible ça?

-   Pas vraiment, répondit le petit Monsieur. Mais continuez Gaston, c'est intéressant.

-   Il la trouvait très attirante. Il s'est frotté les yeux mais elle a pas disparu, elle riait et il voyait ses seins tressauter de plaisir. Elle s'est approchée de l'Emile qui reculait à la fois effrayé et captivé. Alors, elle lui a dit que pour la rejoindre, c'était facile, il devait dormir seul toute une nuit et tous les câlins du monde l'attendaient, mais ce serait sa dernière nuit. Mon Emile n'a pas répondu, il savait bien qu'à soixante dix huit printemps tous les câlins du monde feraient pas revenir sa verdeur. Mais il était tourneboulé. Paraît qu'elle a disparu d'un coup, il s'est assis un moment pour se remettre des émotions et puis j'étais là quand il est arrivé avec sa Nanette.

-    Tu vois, c'est pas un fantasme, reprit la grand-mère tracassée.

-  M'est avis qu'il s'est couché tout seul l'autre soir pour la rejoindre, et que c'était la faucheuse. C'est pour ça qu'il est mort ajouta Gaston.


Un enfant de dix ans accourait vers le groupe appelant son père. L'homme se leva et le rejoignit. On les vit disparaître derrière la maison, ils se dirigèrent vers l'enclos de Nanette. L'ânesse était couchée sur le flanc, mal en point. L'homme s'essuya le front avec la manche de sa chemise blanche, prit son garçon contre lui et tous deux revinrent vers la famille qui attendait.

-   Nanette va mal, annonça-t-il doucement, il faut appeler le vétérinaire.

-   Elle a du chagrin, elle ne supporte pas de ne plus voir l'Emile, dit la grand-mère dont la voix tremblait.

Gaston, perplexe, ne put s'empêcher de livrer tout haut ses réflexions.

-  Nanette a elle aussi vu la faucheuse, le même jour qu'Emile. Il nous a dit qu'elle était nerveuse, qu'elle brayait comme rarement il l'avait entendu. Elle va pas tarder de nous laisser pour rejoindre son patron.

L'assistance médusée s'agitait. Gaston balançait du chef. La grand-mère reniflait. C'est alors qu'un des petits fils rompit le silence.

-    Mais alors ! Pépé, il est mort heureux !

Tous les visages convergèrent vers le jeune homme qui poursuivit.

-    Vous avez tous dit en le voyant qu'il paraissait radieux !

-    Oui, son visage était plein de joie, comme s'il était comblé, ajouta un des convives.

-   J'ai même dit qu'il avait sûrement vu Dieu, s'exclama Gaston.

La grand-mère releva le nez, fronça les sourcils et dit :

-   Ouais! C'est peut-être son fantasme qui a tout fait comme elle a dit, la garce!

Elle sanglota, soudain éperdue de chagrin. Ses enfants l'entourèrent, tentant de l'apaiser. Gaston sut trouver les mots qui la calmèrent.

-   Après tout, c'est-y pas mieux d'accueillir la mort ainsi? Mais que Dieu est une gonzesse, j'y avais jamais pensé! Pourtant c'est pas étonnant : une femme c'est doux, c'est chaud, c'est bon. Et tu as été tout ça pour l'Emile.

-    Alors pourquoi il est parti la rejoindre cette foutue fantasme!

Gaston se dressa, comme saisi d'étonnement.

-   Oh! L'ignoble! Le scélérat! Le malotru! Il m'a bien eu! On s'est tous fait avoir. L'Emile, il est mort de rire, pour sûr! et il doit s'en payer une bonne tranche là-haut! Vous comprenez pas ? Mais c'est une de ses blagues! M'est avis qu'il avait senti qu'il allait pas durer et il s'est préparé une sortie de roi. Cré nom!

-    De là à prévoir l'heure de sa mort, répliqua le petit fils sceptique.

-   Oh! Mais tu sais rien, p'tit gars. L'Emile il a toujours eu des prémonitions dans ce genre. Pas plus tard que le mois dernier on a croisé le Marcel, il a dit qu'il avait la couronne mortuaire et le Marcel il est mort le lendemain. Alors pourquoi il aurait pas su pour lui?

Tous acceptèrent finalement la théorie de Gaston, c'était tout à fait dans le caractère du personnage. Ils entendaient presque le rire de l'Emile et s'en réjouissaient.

-    Ah! Il va nous manquer le bougre!

 
 



 
 
 
par mpolly publié dans : nouvelles communauté : Nouvelles d'ici et d'ailleurs
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Dimanche 2 décembre 2007
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Elle plaquait ses pieds dans la boue luisante. Flop, flop, flop. Les manches de l’anorak trop grand cachaient les mains et ses cheveux bruns flottaient sur les épaules. Flop, flop, flop. Les éclaboussures dessinaient sur ses collants de petites étoiles malicieuses. Flop, flop, flop. Elle avait quatre ans, un minois inquiet et n’entendait pas son prénom qu’on criait plus loin. Plus loin, c’était sa mère avec le bébé sur les bras. Elle discutait avec une autre femme, et de temps à autre hurlait sur celle qui dansait avec ses bottes de plastique neuves dans la flaque près du grand portail gris. Flop, flop, flop. Plus à droite d’autres femmes bavardaient, pendant qu’une jeune et grande belle fille marchait en marmonnant de long en large. La cour bourdonnait devant le bâtiment flambant neuf ceint de hauts murs, fierté humanitaire des autorités locales.

 
 
 

Et l’enfant tout à son jeu se maculait de boue. Flop, flop, flop.

 

Une silhouette se dressa tout près d’elle. Elle leva ses yeux noirs vers le visage ombré par la visière d’un képi. Il se pencha et lui dit en grognant d’aller jouer ailleurs.

 
 
 

Elle sauta trois fois encore. Flop, flop, flop. Et tournoya trois fois sur elle-même avant de rejoindre sa mère. Elle s’assit à ses côtés, peu réceptive à la conversation qui animait les femmes. Son petit frère pleura, sa mère disparut dans la bâtisse. Elle traça sur le sol entre ses cuisses un arbre avec son doigt. Elle s’appliquait. Il n’y avait pas d’arbres ici, que du béton. Depuis dix jours qu’elle demeurait dans ce centre de rétention, elle s’ennuyait. Aucune petite fille de son âge pour jouer. Elle dessina de larges branches sur un gros tronc. La voisine de cellule, celle qui les avait accueillis et leur avait expliqué les conditions de vie dans la prison, lui demanda pourquoi il n’avait pas de racines. Elle haussa les épaules et entra dans le couloir après avoir effacé rageusement son dessin éphémère. Elle grimpa jusqu’à la porte, sa mère allaitait le bébé.

 

-          Pourquoi je peux pas aller à l’école ?

 

-          Parce qu’on va repartir chez mamie.

 

-        J’veux pas aller chez mamie, tu m’as dit que c’est dangereux là-bas pour papa. Où il est papa ?

 

La mère ne répondit pas, mais l’enfant aperçut dans ses yeux les larmes qui brûlaient. Fuyant le chagrin, elle rejoignit la cour. S’assurant que l’homme au képi avait déserté le poste, elle retourna vers le grand portail gris. Flop, flop, flop firent ses sauts dans la flaque de boue.

 

-          Plus tard je serai gendarme, dit-elle tout haut. Je ferai peur aux enfants qui jouent dans l’eau.

 

Flop, flop, flop. Elle sautait les pieds joints de plus en plus fort, de plus en plus vite, puis tournoyait sur elle-même, sa jupe plissée volait au-dessus de ses petites cuisses. Flop, flop, flop.

 
 
 
 
par mpolly publié dans : nouvelles communauté : Nouvelles d'ici et d'ailleurs
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Jeudi 29 novembre 2007
 

Etienne recule pour mieux juger de l’effet. Célia et son violoncelle occupent l’espace d’une toile d’un mètre de haut sur soixante de large. Les couleurs sont chaudes, la lumière vient du bas, les jambes et le corps de l’instrument ont un éclat mat. La main sur l’archet brille, et le visage dans l’ombre reflète l’intensité de la concentration. Il a l’air soulagé comme si enfin il avait posé là, sur la toile, son obsession. Chaque soir il venait à l’atelier et à la lumière artificielle recomposait ce souvenir. Un sourire flâne sur ses lèvres. Il retouche une mèche de cheveux, estompe de ci de là certaines couleurs trop vives. Il essuie son pinceau, range le matériel. Assis dans le fauteuil où Célia avait tant pleuré, il contemple son travail, puis ferme les yeux. Sa fatigue est intense, il s’assoupit.

 

Quand il se réveille en sursaut, une lune ronde inonde l’atelier d’une luminosité étrange. Sur le chevalet Célia semble vibrer. Il se secoue, se frotte les yeux, s’étire et regarde à nouveau.

 

- Incroyable ! on dirait que tu es là ma sorcière. Tu sembles à l’étroit dans ce cadre.

 

Il s’approche du tableau, le soulève. L’effet disparaît. Il le repose, les couleurs sous les rayons de lune chatoient. Il touche d’un doigt léger la toile. Elle est sèche. Il s’en saisit et descend gravement le petit escalier de charpentier. Il veille à la caler dans sa vieille Renault sans qu’elle ne soit effleurée par quoi que ce soit. Il la dorlote comme un bébé.

 

Sur le trajet du retour il chantonne. Cet aria lui vient comme s’il le connaissait depuis toujours. La fugue n° 3 de Célia monte en puissance, le timbre chaud de sa voix résonne dans le caisson de la voiture.

 
 

 
Elle regarde le tableau.
 

Elle dit la chaleur de la cuisse qui cogne contre le bois de la caisse, elle dit le mouvement de l’archet qui chauffe les cordes et la légèreté de la main pâle qui libère l’énergie, elle dit aussi le sein lourd qui vibre, et l’œil noir égaré dans son rêve musical. Elle raconte encore la fièvre qui saisit la joueuse, la sueur sur son front tout entier voué à la musique, ce front concentré et obtus qui ne pense pas, qui ne voit plus, qui n’entend que les variantes vibrations de l’instrument, qui rappelle que les deux corps de l’interprète et de l’instrument ne font qu’un tout.

 

Elle ne dit pas la ressemblance, elle ne dit pas le patient amour d’Etienne qui a reconstitué son instant d’intimité, elle ne dit pas non plus la puissance des teintes, ni tout ce verbiage technique des experts. Elle se tait, émerveillée, et l’expression éberluée de son visage est l’ultime récompense. Il contient à peine sa joie et ses yeux brillent de reconnaissance. Elle se tourne enfin vers lui.

 
Le silence entre eux, les mots n’ont plus de place.
 
 
par mpolly publié dans : le tout et le rien. communauté : Nouvelles d'ici et d'ailleurs
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Mercredi 28 novembre 2007



proposition de la semaine des Impromptus, dans la ville inconnue. Commencer par la phrase "dès qu'elle fut partie, je fermai la porte."


Lyon-by-night.jpg source google, image empruntée à l'EPITECH
(european  institute of information technologie)


Dès qu’elle fut partie, je fermai la porte. Clic clac fit la clé dans la serrure. Je m’allongeai sur le lit, Grinc granc, gronc firent les ressorts.

 
 
 

Et je ne pus pas dormir.

 
 
 

A l’horloge d’un clocher, j’entendis tinter quatre heures.

 

Je sortis inquiet dans la nuit.

 

Je vis la fontaine jacobine arrogante qui toisait ses rues convergentes, puis l’enfilade de restaurants dont les odeurs graisseuses me soulevèrent le cœur. Je filai vers le nord, la large place ténébreuse auréolée de pâles réverbères s’agenouillait devant l’hôtel de ville, majestueuse bâtisse d’un autre temps. Tout m’ennuyait quand il jaillit de quelque porche.

 

Son bonnet noir jusqu’aux oreilles, une pelure épaisse sur les épaules, je ne vis que l’ombre du sourire qui croisa mon regard. Je le suivis, car je ne sais quoi m’invitait. Son pas coulait léger devant les miens pesants. Les reflets dans la Saône élargissaient le mystère, le pont franchi, j’arrivai au pied d’une gare. Un peu d’agitation, un semblant de vie, un clochard allongé, deux jeunes titubant. Il continuait alerte, je ne perdais pas de vue la silhouette fine et je grimpai, grimpai, grimpai. L’escalier n’en finirait donc jamais ?

 

Encore une rue, sur les hauteurs, sombre, étroite, sans charme.

 

Il disparut.

 

Je m’approchai de la fière basilique, ce gros choux d’or posé sur la colline qui servait de repère quand on perdait de son orientation. Je l’ignorai et m’avançai.

 

La ville s’étalait et miroitait dans ses eaux. Au loin une tour taillée comme un crayon marquait l’horizon. Il fut à mes côtés, d’un geste lent et compassé il présenta sa ville. Je sentais dans sa voix comme un tremblement d’émotion : Je viens là, me dit-il, lui rendre hommage. Si j’emmène quelque convive, elle est plus généreuse. Si vous êtes patient, si vous ne dormez pas, vous verrez.

 

Et je vis. L’éblouissement d’un lever de soleil dans la brume déchirée. J’avais même l’étrange sensation que le crayon dessinait des arabesques, une langue inconnue et belle chantait au ciel. Fasciné, je le restai longtemps jusqu’à ce que le jour tout entier oubliât sa beauté. Mon guide avait disparu, je descendis lentement, encore ébouriffé par tant d’enchantement.

 
 
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Lundi 26 novembre 2007


Sur une proposition d'Azalaïs et sur une toile d'Al. Maury.


Al-Maury-01.JPG

Œil fermé dans l’amer
Œil fermé à l’air mordant
Œil ouvert dans la mer
Parfums marins envoûtants
 
Œil fermé au chagrin
Œil fermé à l’air marin
A l’orée du réveil
Œil ouvert au sommeil
 
Et glissent impossibles
Le corps mouillé d’espérance
Et le visage impassible
Du disparu dans le silence
 

Voilier perdu au plus lointain
Et qui revient en glissant

Comme un cygne incertain
Dorer les vagues du présent.
 
Œil fermé dans l’amer
Œil ouvert dans la mer
Flotte, flotte étrange signe
Le cœur cogne et se résigne.




 

par mpolly publié dans : vous avez dit poésie? communauté : Nouvelles d'ici et d'ailleurs
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Lundi 26 novembre 2007
talons-hauts.jpg
proposition de Paroles Plurielles.
Commencer votre texte par "ce matin je n'ai pas mis les bonnes chaussures".
Je suis les traces d'Aza et Lilounette, mais avec les talons, je ne cours pas très vite... ouf! j'ai publié enfin.


    Je n’ai pas mis les bonnes chaussures ce matin. A cause de Sam. Il a caché mes baskets, et je ne pouvais tout de même pas venir en tongs, ni en godillots de marche, j’aurais eu l’air fin ! Avec mes baskets j’aurais été à l’aise, elles sont fines, noires, avec une petite fleur dorée et elles sont bien assorties à mes robes légères. Mais Sam n’était pas de mon avis, il me voulait féminine à croquer. Il a choisi une jupe froufroutante, un corsage appétissant et ces échasses sophistiquées qu’il m’a achetées pour mettre aux pieds.

 

    Je suis là, près du buffet, à ne pas oser faire un pas. Je n’ai jamais appris à marcher avec des talons, je n’ai jamais appris l’élégance, à me tenir dans un salon. Moi, je suis fille des champs, j’aime courir dans les chemins, grimper sur les parois bien lisses, et quelquefois glisser sur les neiges du printemps.

 

    Je prends en main une verre de vin, je grignote quelques toasts et je regarde Sam avec son beau costume qui se pavane parmi les huiles du canton. Ce déjeuner a de l’importance pour un projet qui lui est cher. Comme il a insisté, j’ai accepté de venir ; mais je me sens, près du buffet, comme une décoration de noël, un peu trop brillante, trop maquillée, un peu inutile en somme. Un gros monsieur, les yeux vitreux, ne cesse de me lorgner. Je bouge un peu les pieds mais ne sais pas où me cacher. Je vise plus loin un fauteuil et m’élance pour une approche. Par malchance je m’étale aux pieds de Sam, j’ai croché un pied de dame. Le nez sur le carreau j’admire la brillance des chaussures vernies de Sam. Je n’ose pas lever les yeux.

par mpolly publié dans : le tout et le rien. communauté : Nouvelles d'ici et d'ailleurs
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Dimanche 25 novembre 2007

malheurscreme.jpg
J
eu de l'équipe de choc, réponse du syndicat à une revendication d'un héros de la littérature.
Je réponds à la lettre de Sophie publiée par Camomille.






Chère, très chère Sophie.
 

Je ne voudrais pas vous blesser, vous avez eu votre lot de malheurs, n’est-ce pas, mais votre requête de transformer le titre de cette digne Comtesse de Ségur est absolument hors de propos. Nous ne pouvons accepter « Les bonheurs de Sophie ».

 

Souvenez-vous, vous étiez une mal aimée, et vos cousins si braves avaient des récompenses pendant qu’on punissait votre derrière à coups de martinet. Vous étiez la petite fille la plus abominable qui soit pour ces gentes dames qui vous éduquaient, ou plutôt qui essayaient de vous éduquer.

 

Reconnaissez Sophie que si vos malheurs ont attiré tant d’enfants c'est qu'ils se reconnaissaient en vous: la terrible, l’exubérante, celle qui n’était surtout pas un modèle. Grâce à vos espiègleries, ces petites filles, et je vous assure même ces petits garçons, se sont sentis moins seuls, plus tranquilles, parce que vous les déculpabilisiez de leurs propres errements de garnements.

 

Et surtout vous les avez fait rire, même si la punition qui suivait cuisait leur propre popotin. Et ils se gaussaient des si gentilles cousines, même de Paul, si comme il faut, et trop bon, avouez-le. Vous aviez l’énorme privilège d’être l’héroïne sans peur, mais pas sans reproche (il ne faut pas exagérer) qui les dédouanait de leurs propres bêtises.

 

Sophie, pensez-y, si Madame de Ségur a fait de vous cette héroïne de malheur, c'est qu'elle connaissait le poids des mots. Le titre que vous exigez ne peut convenir, plus personne ne vous lirait, car voyez-vous Sophie, les petits aiment bien pleurer et avoir peur surtout quand ils sont à l’abri dans les pages de leurs livres. Et grâce à vous, ils savent qu’en grandissant ils deviendront raisonnables. Ainsi se disent-ils, je serai quelqu’un de bien, même si aujourd’hui je ne suis pas conforme aux exigences parentales, même si aujourd’hui je ne suis pas aimé. Vous leur donnez de l’espoir pour l’avenir. Vous les gonflez de confiance.

 

Si tout à coup, nous changions vos malheurs en bonheur, vous perdriez en crédibilité, et nos jeunes lecteurs seraient très surpris qu’une petite fille aussi souvent punie puisse dire « je suis heureuse », ce serait de la perversion, n’est-ce pas ? Certains vous accuseraient de masochisme.

 

Alors Sophie, ne regrettez point vos malheurs, ils font tant d’heureux.

 
            Bien à vous, chère Sophie, au plaisir de vous relire.

   Jo Zyanatoulu, 
Reponsable syndical pour la défense des héros de la littérature.
 
 
 
par mpolly publié dans : Jeux d'écriture communauté : La gazette des blogs
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Samedi 24 novembre 2007
 

rodin-penseur.jpgLe penseur de Rodin (source Google)
Mais chacun sait que le penseur ne pense pas, il boude.

 

Serge avait une manie, quand il était fâché, il ne parlait plus. Bouche cousue. Marinette avait beau le solliciter, c’était haussement d’épaules, de sourcils, et lèvres mordues. Il ne la regardait plus, ignorant jusqu’à ses petits plats qu’elle continuait de cuisiner dans la fausse bonne humeur comme si tout allait bien. Habituellement, leur couple s’entendait, partait en de nombreux voyages, participait toujours joyeux aux fêtes amicales, et pratiquait ensemble loisirs sportifs et culturelles. Mais, de temps à autre, il boudait fermement tout un jour, parfois deux, sinon trois quand la crise était grave. Elle savait, pour en avoir maintes fois discuté avec lui, qu’elle en était la cause. Oui, elle, Marinette. Elle avait failli pour des vétilles souvent. Parfois parce qu’elle avait oublié un rendez important pour lui, une autre fois elle avait préféré une promenade plutôt que la corvée du jardin, ou encore parce que les papotages avec la voisine duraient au-delà de l’heure raisonnable. Et les années passant, Serge boudait de plus en plus souvent, comme s’il avait besoin de ce silence pour la punir.

 
 
 

Marinette, cette fois-là, décida de ne pas parler non plus. La journée passa par la valse des petits papiers de Serge auxquels Marinette ne répondait pas. Elle les lisait discrètement, et se gardait de les toucher, le laissant à sa perplexité. Les avait-elle lus ? Il continuait malgré tout à se taire.

 

Le soir même, ayant préparé réveil, montre et téléphone portable pour les alarmes du matin, Serge qui avait des difficultés à se lever, laissa sur le chevet de Marinette, en gros caractères, à l'encre rouge le message suivant :

 

 « Réveille-moi à 6 heures, il ne faut pas rater le bus ».

 
 
 

Le tintamarre des sonneries n’ébranla pas Serge qui ronflait tranquillement.

 

Marinette se leva, prit à son tour un petit papier qu’elle posa délicatement sur la table de chevet.

 

« Il est 6 heures, réveille-toi ».

 
 
 

Serge se réveilla à huit heures quarante cinq. Marinette était déjà loin, elle n’avait pas raté son bus.

 
 
 
 
 

PS: C’est bien sûr une fiction, Serge et Marinette n’existent que dans mon imagination, mais la chute m’a été contée, je remercie donc ces deux-là qui savent si bien se moquer d’eux-mêmes.

 
 
par mpolly publié dans : le tout et le rien. communauté : La gazette des blogs
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Mercredi 21 novembre 2007

Papier libre nous proposait d'écrire autour de ce tableau.

Degas, l'absinthe                
edgar-degas-01.jpg
 

Soudain il est lointain, soudain elle est lointaine.
Dans le regard de l’une l’absence se précise,
Dans le regard de l’autre la rétine s’égare
Sur les belles passantes qui ornent le café.

 

Sur la table de marbre couleur de marjolaine
Le verre tambourine l’oubli de toute crise.
Lui demeure dans sa pipe et sa fumée s’égare
Vers les belles passantes qui ornent sa journée.

 

Elle l’avait épousé robe blanche avec traîne
Ce beau peintre barbu dont elle était éprise.
Il l’avait mariée, mais las d’elle il s’égare
Sur ces belles passantes qui jouent dans ses soirées.

 

Engloutie par tristesse cette fiole de haine
La ramène transie dans l’absurdité grise,
Pendant qu’il l’abandonne, car déjà il s’égare
Sur la belle passante qui trémousse à côté.

par mpolly publié dans : vous avez dit poésie? communauté : Nouvelles d'ici et d'ailleurs
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intro

Décider follement d’éditer sur le Net quelques nouvelles et autres fantaisies est à la fois constructif et dénudant. Dénudant parce que nos fragilités, nos travers, nos tics et nos tocs s’exposent sans vergogne. Constructif parce que les mots plus ou moins bien enchevêtrés deviennent notre château en Espagne, notre moulin à vent, notre petite maison dans la prairie… L’écriture est mon petit fort dans le sable, l’écume qui en efface les traces, un éphémère dans la lumière d’un soleil voilé. Ce n’est pas ma vie, ce n’est pas la vie mais elle donne l’élan ou le recueillement qui manquent dans le tourbillon d’un monde qui ne tourne pas très rond.

 

Et que vogue le blog.



 




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