Proposition de paroles plurielles : il fallait imaginer un monologue
intérieur sur une décision à prendre en insérant des mots tocs: tout à fait, quelque part, y-a pas photo, pas de souci, effectivement, j'ai envie de dire, oui mais non, que du bonheur.
C’est pas vrai, ça ! ouah, j’ai peur!
Pas de souci qu’il disait, tu vas descendre tranquillement, tu verras.
Effectivement je vais descendre tranquillement que je pensais en cœur avec lui. Qu’il comptait sur ma souplesse, sur mon goût du risque, sur mon amour. Que c’était pas pentu du tout, que ce
serait que du bonheur nous deux là-haut !
Et on a pris ce foutu téléski et hou ! Je commence à lui en vouloir sérieux grave ! J’suis bloquée, comme une cloche. C’est tout à fait impensable que je me laisse aller.
Impensable ! C’est trop pour moi, beaucoup trop. Il se rend pas compte, il est né avec des planches aux pieds. Il est complètement lourd de m’avoir fait ça à moi ! Me planter
là ! Allez j’y vais… il m’appelle, m’encourage…Quelle idiote ! Faut-il que je sois amoureuse dingue pour céder. Oui, mais non, impossible ! Quelque part je me trouve lourde
aussi, y-a pas photo, une gourde ! Et tous ces skieurs qui déboulent à droite à gauche pour m’éviter et qui se marrent. Et lui aussi il rigole. Il se fout de moi ! Courage, je me
lance…..puis non… Waouh ! que se passe-t-il, ça part tout seul ! j’ai fait quoi ? Trop vite ! Je vais mourir !
Ben voilà, j’ai envie de dire que la neige elle est froide, et même gelée quand on a le nez dedans. Je crois bien que je le hais.

Pour ceux qui ont ni l'envie ni le courage de lire les commentaires, j'ajoute ici celui de Dan absolument
Oncle Danesque et qui je suis sûre vous réjouira comme il m'a
réjoui.
Tu ne parles pas du tire fesses. Et Dieu sait qu’il y a beaucoup à dire sur le tire-fesses.
C’est certainement l’objet de tortures le plus cruel que l’on puisse trouver sur les pistes. Ainsi, lors de l’une de mes dernières sorties de ski, à La Plagne (histoire d’amortir mon extension
de forfait des Arcs), j’ai pris sur le crâne une perche de tire-fesses que j’étais censé attraper au vol pour la placer le plus délicatement possible entre mes jambes crispées.
Pourtant, au départ de chaque “ tire-fesses ”, il y a une personne habillée en rouge, qui est payée pour surveiller que les Killy du dimanche de mon acabit prennent
correctement la perche qui arrive à toute vitesse en voltigeant dangereusement dans l’air, mais qu’on vous dit que ça ne risque rien et que toutes les protections ont été prévues et patati et
patata. Mais non, mademoiselle n’a rien vu (c’était une demoiselle) et “ Minou des Neiges ” s’est payé une perche dans la gueule, alors qu’on vous dit que ça ne peut jamais
arriver ! Mademoiselle s’est excusé, mais c’était trop tard. Heureusement, la grande maîtrise dont je ne me départis jamais en de telles circonstances, et que l’on peut qualifier
d’extrêmes (tu me l’accorderas), a fait que je me suis immédiatement ressaisi et que j’ai attrapé la perche suivante avec une dextérité que je ne me connaissais pas.
C’est alors que le cauchemar commence. Comme toutes les fois, car jusqu'à présent, ça a toujours été un cauchemar, plus ou
moins long, selon la longueur du tire-fesses. Et j’en connais de très très longs.
Personnellement, j’en suis au stade où je m’applique à ne plus coincer un bâton (ou deux) de ski entre mon postérieur et la
rondelle sur laquelle sont censées se poser mes fesses. Mes efforts en la matière ne sont pas toujours couronnés de succès. Lorsque le bâton se coince de la manière précitée, l’horreur est à
son comble. Bien que les bijoux de famille soient particulièrement maltraités, il convient de ne pas bouger et de supporter sa douleur sans esquiver la moindre tentative de dégagement du bâton
mal placé. J’en parle en connaissance de cause, pour m’être surestimé et avoir pensé qu’un retrait du bâton était possible en cours d’ascension. Je n’ai réussi qu’à me froisser un muscle du
dos, tant le mouvement qui serait de nature à obtenir le résultat espéré est inhabituel, contraire à la nature et peut-être même à ... la morale. Il m’a fallu terminer mon pénible trajet avec
une douleur dorsale supplémentaire tellement intense que je me demandais si j’allais redescendre sur mes skis ou sur un brancard. Heureusement, les choses se sont progressivement arrangées
lorsque j’ai retrouvé une position normale.
Maintenant, je laisse mon bâton tranquille car j’ai déjà suffisamment de soucis pour me maintenir debout sur cet engin de
malheurs. Soit, il vous aspire brusquement, dès que la pente est un peu plus raide, et je suis tendu comme une arbalète, agrippé à la perche à en avoir mal aux phalanges, puis la pente est
moins raide, voire inexistante, (quand des fois il ne s’agit pas d’une descente momentanée) et alors tout change. Il s’agit de rester bien debout (plier les jambes en faisant mine de s’asseoir
serait fatal) en tenant la perche un peu plus haut. Naturellement, dans cette situation, on n’est plus du tout assis sur la rondelle qui est censée servir de siège, ce qui fait que l’on est
tracté par le haut sans appui sur le postérieur, ce qui est particulièrement pénible.
D’ailleurs, parler de siège en évoquant cette rondelle de plastique me paraît tout à fait excessif. Personnellement, je
trouve sa surface très nettement insuffisante et peu fiable pour reposer dessus en confiance. Est-ce moi qui ne serre pas assez les fesses ? Je ne sais. Pourtant, il me semble que je serre
déjà suffisamment de choses pendant cette ascension pour ne pas avoir à en rajouter. Si je dois serrer les jambes plus que je ne fais déjà, il me faudra absolument une coquille dans le pantalon
pour me protéger des bâtons de ski inquisiteurs et indésirables.
Un des moments les plus angoissant est l’approche d’un virage. Car il y a des tire-fesses qui n’en finissent pas et
qui comptent de nombreux virages. Ces virages sont annoncés par des panneaux qui vous mettent en garde. C’est dire combien ils sont dangereux. C’est que l’on a déjà du mal à maintenir ses skis
dans les rails qui défilent en dessous. Alors, il s’agit de s’appliquer tout particulièrement pour garder le cap dans le virage. Parfois, il m’arrive d’avoir un ski qui quitte le rail
salvateur. Quelle angoisse ! Il faut le ramener dans le droit chemin sans le brusquer et sans s’énerver car il pourrait se mettre en travers, et ça serait la
catastrophe.
Je n’ose imaginer ce que je deviendrais si j’étais obligé d’abandonner mon bourreau-tire-fesses avant la fin du
parcours (cela m’est arrivé une fois mais dans un endroit civilisé), alors que je traverse des passages dangereux, hors piste, excessivement pentus et loin de tout repère pour rejoindre une
piste balisée...
A la fin d’un tire-fesses, je suis lessivé. C’est une monté qui m’épuise comme dix descentes.
Mes muscles me font mal, et j’en attrape des rhumatismes dans les doigts (avec l’humidité ambiante
évidemment).
Pendant que je souffre le martyre, il en est qui, insolemment, devant moi, se permettent de zigzaguer en quittant impunément
les rails réglementaires. J’en ai vu, de mes yeux vu, qui ne tiennent même pas la perche, et qui mettent un bâton de ski sous leurs fesses et s’en servent comme d’un siège confortable. Ils
discutent, fument une cigarette, téléphonent. J’en ai même vu rire ! Incroyable ! A l’arrivée, ils m’affirment qu’ils se sont reposés, et je les écoute, hagard, hébété, le regard fixe
et la pupille dilatée, dans un état proche de la pétrification.
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