juste pour vous...


Sur les conseils de
Quichottine, j'ai créé une page juste pour vous.
Si vous n'avez pas le temps, ou que le billet ne vous intéresse pas, ou que vous n'avez pas envie pour l'instant, vous avez peut-être quelque chose à me murmurer...
cest ici
.
Vendredi 28 décembre 2007


Pour les impromptus, le thème de la semaine: la petite laine.undefined


 

    Quand les mains n’étaient plus dans la farine, quand elles n’étaient plus dans les travaux des champs, ou de la maison, quand elles n’étaient plus à langer ou allaiter les enfants, quand elles n’étaient plus à s’occuper des uns et des autres ou parfois quand elles ne tenaient plus de livres, les mains des femmes tricotaient. Quelquefois, les femmes de la famille se réunissaient pour le papotage tranquille, et leurs mains sur les aiguilles racontaient les histoires du village, des anciens, du dernier, de l’homme. Je me souviens, enfant, quand ma grand-mère roulait sa bobine de laine, je prêtais mes petits bras de quatre ans, qui servaient de reposoir et de tendeur afin que le fil ne s’embrouillât pas pendant que la grosse boule de laine se fabriquait.

 

    Et s’il est un souvenir de ma mère, ce sont ses mains. Une maille après l’autre elle tissait son amour pour nous couvrir chaudement. La petite laine indispensable à nos hivers portait les traces de ses attentions. Enfants insouciants, nous n’y accordions que peu d’intérêt, et plus grands nous commencions à gronder après ses tricots d’un autre âge. Elle cherchait des modèles plus modernes, mais jamais ils ne convenaient, ni en couleur, ni en forme. On râlait. Alors elle habilla nos poupées, puis elle chercha chez des cousins plus jeunes des compensations pour poursuivre son tricotage affectueux. Ses mains lestes me fascinaient parfois, les aiguilles qui râpaient l’une sur l’autre avec célérité jouaient une petite musique bien douce qui convenait à mes silences de lectrice. Elle avait appris de mes grands-mères qui elles-mêmes avaient appris des leurs. Et ainsi de suite jusqu’à ma génération. J’ai repris les aiguilles, l’héritage de tant de mailles me fit devenir comme elles. Me laisser couler dans cette musique, habiller les uns, les autres, puis plus tard créer des ensembles de plus en plus compliqués juste pour ne pas lire, juste pour ne pas écrire, juste pour ne pas penser. Le panier de pelotes multicolores à mes pieds, je me concentrais sur le jacquard difficile à composer, et ma vie défilait à toute allure dans le chant mat des aiguilles. Les petites laines équipèrent enfants, époux, amis.

 

    Et un jour, j’ai tout rangé.undefined

 

    La dernière veste reposait sur la chaise, en jacquard rose et gris, tendre de mohair, chaude.

 

    Je l’ai donnée.

 
 
 
 
par mpolly publié dans : le tout et le rien. communauté : Nouvelles d'ici et d'ailleurs
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Mercredi 26 décembre 2007


En ce moment ça sent le roussi près de moi. J’ai en permanence cette petite odeur de brûlé qui chatouille les narines.
Je cherche. Ce ne sont pas les bougies (elles ont fondu leur cire depuis belle lurette), ni l’ordinateur (on ne sait jamais, vérifiez le ventilateur de temps en temps), ni la voiture (elle sort du contrôle technique) ni mes draps (on se demanderait bien pourquoi !), et le pire c’est que je suis la seule à sentir cette étrange cramé qui ne vient de nulle part.


Alors je me dis que je dois me calciner de l’intérieur, me consumer en somme, m'incinérer.

Vous avez un remède, vous, pour m’éteindre ?

 





 

En attendant, j’écoute Loïc qui a son copain Pierrot ...

par mpolly publié dans : humeurs communauté : La gazette des blogs
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Dimanche 23 décembre 2007

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Je n'apprécie guère les bilans, ils me font flipper, mais  je me suis amusée à répondre à celui des équipières, car il ne remue pas trop les miasmes de l'année, donc pour la
gazette des blogs:




1) le plus doux ?
 
La confiance dans les yeux du petit fils de ma soeur.


2) le plus drôle ?

« Ubu roi » par la compagnie Alain Bertrand…. Un délire magistral et très actuel.


3) le plus gourmand ?

Chez mon fils aîné qui cuisine comme un chef des repas orientaux.

 
4) le plus triste ?
 
L’imbécillité d’un conseil de classe à propos d’une enfant qu’il ne comprend pas.


 
5) le plus décisif ?
 
Suite à l’arrêt de ma thérapie, les lectures des œuvres d’Alice Miller.


 
6) le plus chantant ?
 
Mon second fils, bien sûr, avec de la musique en permanence au bout des doigts.


 

7) le plus dansant ?

Une fête entre collègues. Toutes les occasions sont bonnes, et ça swingue chez nous, une équipe qui danse dans l’éducation nationale, c’est pas mal, hein ?


8) le plus familial ?

 
Paris avec mes enfants.


 
9) le plus amical ?
 
Les copines à la maison avec les rigolades qui vont avec. Ouh ! c’était bon tout ça.


10) le plus amoureux ?

Mon petit dernier, il a fêté sa première année d’amour. Belle émotion. 


 
11) le plus sportif ?

L’aîné qui a déjà entamé la saison de neige.


12) le plus fou ?

Mon pote qui n’oublie jamais qu’il doit mourir bientôt. Mais c’est vrai ça : pas d’avalanche sur lui cette année, pas de pont à sauter en vélo, il a rangé la moto après son accident, pas de Rhône à traverser à la nage en plein hiver… peut-être qu’il vieillit. Mais je ne crois : il prépare la Cordillère des Andes en vélo.


13) le plus sensuel ?

Viggo Mortensen dans « A history of violence » de David Cronenberg que j’avais vu au ciné à sa sortie en France et que j’ai revu récemment. Je l’avais déjà remarqué dans le seigneur des anneaux, il joue Aragorn, évidemment.


14) le plus surprenant ?

L’amitié sur le blog.


15) le plus stressant / angoissant ?

 
L’accident de mon petit dernier en vélo.


 
16) le plus désespérant ?

L’évolution du monde, avec ces riches si riches et ses pauvres si pauvres, sa pollution, la maltraitance des enfants… et j’en passe. Les ans aussi qui se font la malle.


17) le plus anodin ?

Les commérages.


18) le plus émouvant ?

Une gosse qui ne grandira pas, sinon dans les écrits de son père et ce père qui la cherche toujours et qui est «just a love in my clouds ».


19) le plus créatif ?

Un film. Non, ce n’est pas moi qui l’ai réalisé, mais je suis heureuse d’avoir écrit le scénario à partir d’une nouvelle d’un pote. Et comme j’ai participé un peu au tournage, ce bébé-là, c’est un sacré souvenir.


 
20) le plus poétique?

La relecture des poèmes de Nâzim Hikmet grâce à Aurore qui lui a rendu hommage.


21) la plus belle découverte,

 
Lourmarin de ce très cher Camus.

 
 
 

Et pour regarder un peu l'avenir, quelles sont vos espérances pour 2008 ?

 

Mes enfants heureux et de l’apaisement pour mes amis dans l’angoisse, la dérive et la dépression.

 

Et mon utopie, parce qu’il en faut : un nouveau contrat social plus équitable, une conscience écologique pour tous et surtout les enfants protégés partout dans le monde…




On peut toujours imaginer....








par mpolly publié dans : le tout et le rien. communauté : La gazette des blogs
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Vendredi 21 décembre 2007


Prososition des impromptus:
un conte  dans lequel il fallait insérer: "mais où est-il donc passé ce sacré lutin."


 

Au début quand elle avait accepté ce « marrainage », elle ne savait où l’entraînerait cette aventure. Elle s’était inscrite auprès de l’association, elle avait demandé une femme plutôt qu’un homme, il lui semblait qu’écrire à un prisonnier serait plus difficile, plus délicat, qu’elle ne pourrait pas. Mais ce fut lui.

 

Au début les missives étaient impersonnelles, froides. Elle ne connaissait pas son nom, ni son prénom, le courrier passait par la conciergerie et arrivait à l’association. Il signait toujours, le Lutin. Elle avait choisi la Taquine.

 

En fait, elle n’osait pas trop le taquiner jusqu’à ce qu’un jour, elle décide de raconter un bout d’elle. Elle lâchait ainsi un peu de son univers. Et peu à peu de son côté il fit de même. Ainsi apprit-elle les raisons de l’internement, sa violence quand il retrouva sa femme qui s’était envolée avec un autre et ses deux filles sans laisser d’adresse. Il lui expliqua sa douleur, et cette colère qui entraîna chez lui un comportement inhabituel : il cassa la voiture flambant neuve, et quand elle surgit du magasin où elle venait sans doute d’acheter des fringues hors de prix, il lui péta trois dents, un bras et deux côtes. Il n’était pas prêt de revoir ses mômes.

 

Les lettres devenaient de plus en plus nombreuses, presque chaque jour un message arrivait dans sa boîte. Il écrivait bien, ses mots l’embarquaient dans des histoires qui appartenaient à d’autres détenus mais il les racontait avec verve, humour et parfois désespoir. Et entre les lignes, il s’agissait de lui.

 

A son tour elle écrivit des petits contes amusants de son entourage bien tranquille dans lequel elle savait saisir les riens qui font la vie.

 

Cette correspondance devenait plus intime, presque amoureuse. Quand elle s’en rendit compte elle lui expliqua combien l’âge déjà l’avait marquée, les kilos de trop, les rides, la beauté passée qui ne reviendrait pas. Il répondait que la prison ne rendait pas très beau non plus, et d’ailleurs qu’il ne l’avait jamais été, moitié troll, moitié lutin. Alors la Taquine prit du recul et s’amusa de description en description à se dénigrer plus que de raison, pensant tout au fond de son cœur que le Lutin ne se découragerait pas.

 

Et puis ce fut le silence.

 

Elle ne comprit pas : mais où est-il donc passé ce sacré lutin ?

 

Elle enquêta, mais à l’association on gardait l’anonymat pour protéger tout le monde.

 

Noël comptait déjà ses lampions. Le 18 décembre, en soirée, elle entendit sonner. Elle fit tomber le livre qu’elle lisait à moitié, car la lecture ne la prenait plus depuis que l’écriture avait comblé un manque. C’était sans doute le facteur avec les calendriers. Elle posa ses lunettes, et se leva doucement. Elle aperçut les lettes qu’il lui avait envoyées. Un pincement fripa l’oeil. La sonnette s’impatientait. Elle cria un j’arrive qui n’avait pas la foi.

 

Derrière un gros bouquet de roses, un échevelé de lutin arborait un sourire malicieux.

 
 


par mpolly publié dans : le tout et le rien. communauté : Nouvelles d'ici et d'ailleurs
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Mercredi 19 décembre 2007

Je publie ce récit inspiré d'une tranche de vie réelle et avec l'accord de la maman et de la jeune fille.

Elle est différente.

Elle s’appuie sur le mur du collège, toute fluette, toute fermée.

Elle est belle avec sa chevelure blonde et bouclée, ses petites lunettes stylées, ses bonnes joues d’enfant.

Mais on se moque d’elle, la joufflue, binoclarde et autres gentillesses.

Elle a 15 ans, mais en parait moins. Une amie discute avec elle. Elles sont isolées. Elle sourit rarement, son amie la déride parfois, elles aussi s’amusent au dénigrement des autres, de tous ces balourds.

Elle est seule parmi les élèves de sa classe, l’amie a rejoint un autre rang.

L’an dernier, elles ont fait des fugues ensemble, la maman de son amie a demandé qu’elles soient séparées. L’an dernier déjà, son comportement révolté dérangeait, mais c’était un comportement presque acceptable tant il ressemblait à celui d’une adolescente.

Elle pénètre silencieuse dans cette salle d’ennui, et ne relâche pas son attention parce que cette année elle a promis.

Elle écoute, répond aux questions sans rechigner. Quand les exercices sont terminés, quand elle a de l’avance, quand elle écoute la leçon, elle ouvre son agenda et dessine. Des visages, des paysages, un animal, un arbre, selon l’humeur, selon l’heure, selon les dires.

Elle est seule et ne parle à personne. Le professeur passe, plante son regard sur l’agenda, elle ne bronche pas, elle attend la réprimande qui vient. L’énervement de l’adulte ne l’atteint pas, elle est au-delà. Son regard est froid, pénétrant, il désarçonne l’adulte.

On ne l’aime pas. Personne. Ni les surveillantes, ni la CPE, ni les administratifs. Personne, à peine quelques copines. Trois ou quatre les meilleurs jours.

Sauf chez elle, sa mère, sa sœur la complice, son tout jeune frère, son beau-père. Et son père quand elle le retrouve. Parfois.

Elle est l’aînée. Elle en a trop entendu derrière le dos de sa mère, elle en a trop vu de ces manigances d’adultes, et sa mère confiante, si confiante, si joyeuse. Si elle savait sa mère combien elle se laisse avoir, embobiner, manipuler.

Elle jamais.

Elle les regarde avec ses petites prunelles de myope. Dures, sans concession. Lucides trop lucides pour ses 15 ans. Ils ne supportent pas les adultes qu’on les déshabillent de la sorte, qu’on perce en eux les fragilités, les manques, les incertitudes.

Elle n’a pas confiance en eux. Elle les glace. Surtout les plus inquiets, les plus arrogants, les plus prétentieux.

Alors le conseil de classe, sur un bulletin plus qu’honorable, écrit « avertissement pour le comportement qui nuit aux résultats ».  Sa mère ne comprend pas. Sa mère est inquiète, elles discutent beaucoup toutes les deux. Elle raconte aussi que depuis plusieurs jours, de petites cinquièmes en passant près d’elle l’injurient, la menacent, sa tête ne leur revient pas, c’est tout, c’est juste ça. Elle ne les connaît pas, elle hausse les épaules, ça leur passera rassure-t-elle, d’autres qu’elle subissent les mêmes tourments.

Et pendant cette récréation, une dizaine de ces minettes lui tombe dessus, la frappe au visage, donne des coups dans le ventre. Ses lunettes tombent. Elle crie. Une surveillante arrive dispersant la troupe. Elle la saisit par le bras et dit :

- Tu l’as bien cherché !

 
par mpolly publié dans : humeurs communauté : Nouvelles d'ici et d'ailleurs
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Mardi 18 décembre 2007

Proposition de paroles plurielles : il fallait  imaginer un monologue intérieur sur une décision à prendre en insérant des mots tocs: tout à fait, quelque part, y-a pas photo, pas de souci, effectivement, j'ai envie de dire, oui mais non, que du bonheur.




C’est pas vrai, ça ! ouah, j’ai peur!
Pas de souci qu’il disait, tu vas descendre tranquillement, tu verras.
Effectivement je vais descendre tranquillement que je pensais en cœur avec lui. Qu’il comptait sur ma souplesse, sur mon goût du risque, sur mon amour. Que c’était pas pentu du tout, que ce serait que du bonheur nous deux là-haut !
Et on a pris ce foutu téléski et hou ! Je commence à lui en vouloir sérieux grave ! J’suis bloquée, comme une cloche. C’est tout à fait impensable que je me laisse aller. Impensable ! C’est trop pour moi, beaucoup trop. Il se rend pas compte, il est né avec des planches aux pieds. Il est complètement lourd de m’avoir fait ça à moi !  Me planter là ! Allez j’y vais… il m’appelle, m’encourage…Quelle idiote ! Faut-il que je sois amoureuse dingue pour céder. Oui, mais non, impossible ! Quelque part je me trouve lourde aussi, y-a pas photo, une gourde ! Et tous ces skieurs qui déboulent à droite à gauche pour m’éviter et qui se marrent. Et lui aussi il rigole. Il se fout de moi ! Courage, je me lance…..puis non… Waouh ! que se passe-t-il, ça part tout seul ! j’ai fait quoi ? Trop vite ! Je vais mourir !
Ben voilà, j’ai envie de dire que la neige elle est froide, et même gelée quand on a le nez dedans. Je crois bien que je le hais.



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Pour ceux qui ont ni l'envie ni le courage de lire les commentaires, j'ajoute ici celui de Dan absolument Oncle Danesque et qui je suis sûre vous réjouira comme il m'a réjoui.

 

Tu ne parles pas du tire fesses. Et Dieu sait qu’il y a beaucoup à dire sur le tire-fesses. C’est certainement l’objet de tortures le plus cruel que l’on puisse trouver sur les pistes. Ainsi, lors de l’une de mes dernières sorties de ski, à La Plagne (histoire d’amortir mon extension de forfait des Arcs), j’ai pris sur le crâne une perche de tire-fesses que j’étais censé attraper au vol pour la placer le plus délicatement possible entre mes jambes crispées. Pourtant, au départ de chaque “ tire-fesses ”, il y a une personne habillée en rouge, qui est payée pour surveiller que les Killy du dimanche de mon acabit prennent correctement la perche qui arrive à toute vitesse en voltigeant dangereusement dans l’air, mais qu’on vous dit que ça ne risque rien et que toutes les protections ont été prévues et patati et patata. Mais non, mademoiselle n’a rien vu (c’était une demoiselle) et “ Minou des Neiges ” s’est payé une perche dans la gueule, alors qu’on vous dit que ça ne peut jamais arriver ! Mademoiselle s’est excusé, mais c’était trop tard. Heureusement, la grande maîtrise dont je ne me départis jamais en de telles circonstances, et que l’on peut qualifier d’extrêmes (tu me l’accorderas), a fait que je me suis immédiatement ressaisi et que j’ai attrapé la perche suivante avec une dextérité que je ne me connaissais pas.

C’est alors que le cauchemar commence. Comme toutes les fois, car jusqu'à présent, ça a toujours été un cauchemar, plus ou moins long, selon la longueur du tire-fesses. Et j’en connais de très très longs.

Personnellement, j’en suis au stade où je m’applique à ne plus coincer un bâton (ou deux) de ski entre mon postérieur et la rondelle sur laquelle sont censées se poser mes fesses. Mes efforts en la matière ne sont pas toujours couronnés de succès. Lorsque le bâton se coince de la manière précitée, l’horreur est à son comble. Bien que les bijoux de famille soient particulièrement maltraités, il convient de ne pas bouger et de supporter sa douleur sans esquiver la moindre tentative de dégagement du bâton mal placé. J’en parle en connaissance de cause, pour m’être surestimé et avoir pensé qu’un retrait du bâton était possible en cours d’ascension. Je n’ai réussi qu’à me froisser un muscle du dos, tant le mouvement qui serait de nature à obtenir le résultat espéré est inhabituel, contraire à la nature et peut-être même à ... la morale. Il m’a fallu terminer mon pénible trajet avec une douleur dorsale supplémentaire tellement intense que je me demandais si j’allais redescendre sur mes skis ou sur un brancard. Heureusement, les choses se sont progressivement arrangées lorsque j’ai retrouvé une position normale.

Maintenant, je laisse mon bâton tranquille car j’ai déjà suffisamment de soucis pour me maintenir debout sur cet engin de malheurs. Soit, il vous aspire brusquement, dès que la pente est un peu plus raide, et je suis tendu comme une arbalète, agrippé à la perche à en avoir mal aux phalanges, puis la pente est moins raide, voire inexistante, (quand des fois il ne s’agit pas d’une descente momentanée) et alors tout change. Il s’agit de rester bien debout (plier les jambes en faisant mine de s’asseoir serait fatal) en tenant la perche un peu plus haut. Naturellement, dans cette situation, on n’est plus du tout assis sur la rondelle qui est censée servir de siège, ce qui fait que l’on est tracté par le haut sans appui sur le postérieur, ce qui est particulièrement pénible.

D’ailleurs, parler de siège en évoquant cette rondelle de plastique me paraît tout à fait excessif. Personnellement, je trouve sa surface très nettement insuffisante et peu fiable pour reposer dessus en confiance. Est-ce moi qui ne serre pas assez les fesses ? Je ne sais. Pourtant, il me semble que je serre déjà suffisamment de choses pendant cette ascension pour ne pas avoir à en rajouter. Si je dois serrer les jambes plus que je ne fais déjà, il me faudra absolument une coquille dans le pantalon pour me protéger des bâtons de ski inquisiteurs et indésirables.

 

Un des moments les plus angoissant est l’approche d’un virage. Car il y a des tire-fesses qui n’en finissent pas et qui comptent de nombreux virages. Ces virages sont annoncés par des panneaux qui vous mettent en garde. C’est dire combien ils sont dangereux. C’est que l’on a déjà du mal à maintenir ses skis dans les rails qui défilent en dessous. Alors, il s’agit de s’appliquer tout particulièrement pour garder le cap dans le virage. Parfois, il m’arrive d’avoir un ski qui quitte le rail salvateur. Quelle angoisse ! Il faut le ramener dans le droit chemin sans le brusquer et sans s’énerver car il pourrait se mettre en travers, et ça serait la catastrophe.

Je n’ose imaginer ce que je deviendrais si j’étais obligé d’abandonner mon bourreau-tire-fesses avant la fin du parcours (cela m’est arrivé une fois mais dans un endroit civilisé), alors que je traverse des passages dangereux, hors piste, excessivement pentus et loin de tout repère pour rejoindre une piste balisée...

 

A la fin d’un tire-fesses, je suis lessivé. C’est une monté qui m’épuise comme dix descentes.

Mes muscles me font mal, et j’en attrape des rhumatismes dans les doigts (avec l’humidité ambiante évidemment).

Pendant que je souffre le martyre, il en est qui, insolemment, devant moi, se permettent de zigzaguer en quittant impunément les rails réglementaires. J’en ai vu, de mes yeux vu, qui ne tiennent même pas la perche, et qui mettent un bâton de ski sous leurs fesses et s’en servent comme d’un siège confortable. Ils discutent, fument une cigarette, téléphonent. J’en ai même vu rire ! Incroyable ! A l’arrivée, ils m’affirment qu’ils se sont reposés, et je les écoute, hagard, hébété, le regard fixe et la pupille dilatée, dans un état proche de la pétrification.

 
 
par mpolly publié dans : Jeux d'écriture communauté : Nouvelles d'ici et d'ailleurs
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Dimanche 16 décembre 2007

Proposition de papier libre sur le thème de la table.




 

Une fois un, un

Une fois deux,  deux

Chantait l’enfant sur sa marelle

Une fois trois, trois

Récitait-elle en atteignant le ciel

 

Et le soir sur la petite table en formica, sa mère aux fourneaux lui rappelle la chanson du un, du deux, du trois, ainsi de suite jusqu’au cinq.

Elle module la voix, elle place un mi, un do, un si.

Appliquée, elle répète.

Etourdie elle se trompe.

 

Les mains qui rythment dans le saladier maman rit.

Et recommence.

L’enfant sourit.

Et se concentre.

Ainsi de suite jusqu’au repas.

 

Quand le père entre elle est contente.

Elle a conquis ravie les chiffres de la mélodie.

Alors elle chante.

Pour lui, pour qu’il soit fier, pour qu’il lui dise ces mots doux dans le cou.

 

Mais le père est en colère.

Journée mauvaise, journée d’enfer et lui demande si elle comprend le sens de sa chanson.

Pourquoi le trois plus trois, ce qui fait deux trois devient un six et le trois plus trois plus trois, ce qui fait trois trois devient un neuf.

En elle tout s’emmêle quand il explique la ritournelle.

 

Et le mur qui sépare se dresse sur la table en formica entre le père qui débite en mâchant ces nombres qui prospèrent, et l’enfant dont la fourchette trace dans la purée un dessin de marelle et des chiffres de jeu.

 

Dans son petit lit de coton bleu, maman vient tendrement chanter une dernière fois les cinq couplets de la table de multiplication, mais sa petite tête est emplie de chagrin et le refrain est oublié. Elle sait déjà que papa n’aura pas ce soir pour elle de bisous doux dans le cou.

 
 
 
par mpolly publié dans : Jeux d'écriture communauté : papierlibre
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Mercredi 12 décembre 2007

Consigne de Paroles Plurielles: écrire une lettre de jalousie sans utiliser la lettre "u".


Frérot, 

On m’a volé mes billes

Et c’est toi.

On m’a volé mon livre

Et c’est toi.

On m’a volé ma bicyclette

Et c’est encore toi.

On m’a volé ma mère

Et c’est toi.

On tente de me voler mon amie

Et c’est toi.

 

Toi, frérot, toi, l’impossible, le terrible, le méchant jamais content.

Toi, petit frère, le sinistre cabotin à faire des cabrioles dans mon jardin de fille.

T’es le pire de la famille, même l’aîné n’a jamais cassé mes rêves, il me laissait travailler, il me laissait peinarde, jamais il ne m’a traitée comme toi, frérot, ras la terre, ras les racines.

C’est toi constamment, si fort à venir défaire mes espoirs, à rigoler de mes tares, à cambrioler mes tiroirs.

 

Cependant je me venge, frérot. T’es coincé, maladroit, désespéré, je casse ton désir, je piétine ton destin, je ne serai pas ta complice mais ton ennemie intime.

 

Car vois, frérot, comme je sais te rabaisser, te piétiner, te voler.

Marie est mon amie, elle apprend combien mon frère est laid, malodorant, ignoble. Je raconte tes fanfaronnades, tes victoires faciles avec des filles faciles, tes petites combines, ton trafic, tes sales histoires avec les flics et compagnie.

 

Marie m’aime et me croit.

 

Je me régale, frérot, tes billets de je t’aime, jamais elle ne les lira car je les mange et c’est si bon.

 

Maintenant je ris de t’imaginer avaler cette lettre.

Je te honnis et me barre avant de te voir revenir me casser le nez. Marie part avec moi.

 

A jamais, j’espère.

Tchao, frérot.

 Etoila



PS: Pour rassurer les lecteurs, je n'ai pas de frère et j'adore ma soeur.

par mpolly publié dans : humeurs communauté : Nouvelles d'ici et d'ailleurs
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Dimanche 9 décembre 2007

Proposition n° 26 pour écriture ludique.
Sur une toile d'Al.Maury.



Al-Maury-02.JPG

Dors, dors, dors douce fée
 
Ta paupière se clôt sur l’immense forêt
Emplie d’odeurs de brugmansias et d’orchidées
Et le grand lys qui ploie sous ton charme doré
cèle la lèvre avide de l’ardent sorcier.
 
Rêve encore jolie fée
 
Les couleurs d’océan traversent tes pensées
Emplies d’odeurs de sel, d’algues et de marée
Le grand lys t’attire vers ses vertes contrées
Là où sourit patient le grand et beau sorcier.
 
 
Il t’attend belle fée
 
Peau diaphane emmêlée à sa douceur ambrée
Roulements, tangages, parfums et volupté
Sous l’ombre du grand lys qui déploie désiré
L’enfant ébène et blond au sourire mêlé.





Pour lire l'autre poème imaginé sur la deuxième toile d'Al Maury: cliquez ICI

par mpolly publié dans : vous avez dit poésie? communauté : Ecriture Ludique
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Samedi 8 décembre 2007

Pour l'excercie de la semaine des IMPROMPTUS, il fallait divaguer en insérant: lézard grincheux, igloo sous la neige et gouttes d'encre violette.




 

Le livre glissant sur les genoux, la tête posée sur le napperon de dentelle fait maison, il se laisse aller dans le fauteuil de velours.

Il n’entend plus ronronner la télévision, ni l’épouse ramassée sous son plaid qui ronchonne sur ce qu’elle suit sur l’écran de ses faibles yeux de presbyte.

Il se laisse aller. La tête dodeline gentiment, la respiration ronfle doucement.

Et il rêve. L’enfance le rattrape comme si c’était hier, ces bois où ruisselaient les airelles dans lesquels les cabanes poussaient, le lac gelé sur lequel avec le Pilou et le Jeannot, ils creusaient des trous et pêchaient, ces chahuts dans les igloos de neige qu’ils fabriquaient. Et de la classe de garçons où les senteurs de papier et de craie taquinaient les narines, surgirent les gouttes d’encre violette que la maîtresse qu’ils aimaient tous d’un amour fou avait parsemées sur son cahier et qui, confuse, s’était excusée avec un sourire gravé en lui à jamais.

C’était si précis, si vrai, si fort, même leurs jeux cruels à écarteler les mouches, à saisir les sauterelles, à les avaler parfois. Et ces lézards, ces salamandres, ces grenouilles dont ils s’ornaient comme des trophées.

Il rêve tout doucement, en ronflant. La vieille dame à ses côtés tricote sagement, une maille à l’endroit, deux mailles à l’envers. La télévision continue son ronron.

Il crie, elle lâche ses aiguilles. Dressé sur son fauteuil, les mains tremblantes, il la regarde avec inquiétude.

-          Maman.

-          Hé ! mais ça va pas mon Bernard ? Ta mère ça fait longtemps qu’elle est partie.

Dans les prunelles du vieux monsieur de l’incompréhension, et de la peur aussi.

-          T’as rêvé de ta mère ?

Il la dévisage avec l’air d’un enfant effaré.

-          Maman ! Un gros lézard grincheux me mangeait la cervelle.



par mpolly publié dans : Jeux d'écriture communauté : Nouvelles d'ici et d'ailleurs
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intro

Décider follement d’éditer sur le Net quelques nouvelles et autres fantaisies est à la fois constructif et dénudant. Dénudant parce que nos fragilités, nos travers, nos tics et nos tocs s’exposent sans vergogne. Constructif parce que les mots plus ou moins bien enchevêtrés deviennent notre château en Espagne, notre moulin à vent, notre petite maison dans la prairie… L’écriture est mon petit fort dans le sable, l’écume qui en efface les traces, un éphémère dans la lumière d’un soleil voilé. Ce n’est pas ma vie, ce n’est pas la vie mais elle donne l’élan ou le recueillement qui manquent dans le tourbillon d’un monde qui ne tourne pas très rond.

 

Et que vogue le blog.



 




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