juste pour vous...


Sur les conseils de
Quichottine, j'ai créé une page juste pour vous.
Si vous n'avez pas le temps, ou que le billet ne vous intéresse pas, ou que vous n'avez pas envie pour l'instant, vous avez peut-être quelque chose à me murmurer...
cest ici
.
Vendredi 18 janvier 2008



J'ai été taguée par Camomille... pour les dix envies requises: mes propositions.
 


Des envies qui tournent sur la piste comme mille valses à mille temps, un tango si charmant, un rock ébouriffant.

 

Des envies qui caressent l’oreille comme dix chants à dix voix, un tendre et simple blues, un timbre grave et doux.

 

Des envies qui chauffent les méninges comme un texte à deux mains, une envolée de vers, un phrasé musical.

 

Et le monde qui tourne de travers, une envie de le remettre à l’endroit.

 

Des envies qui dévorent des pages comme mille recueils réjouissants, un roman qui mène dans les hommes, une Marika qui vient de Srebrenica.

 

Des envies qui emplissent mes yeux, comme dix ballets éblouissants, un film décapant, un spectacle de baobab.

 

Des envies qui enivrent ma peau comme une main de velours, un geste lent et bon, un baiser de lutin.

 

Et le monde qui tourne de travers dix envies de le remettre à l’endroit.

 

Des envies qui partagent mes joies, comme mille éclats émerveillés, un regard étonné et rieur, un cœur qui bat de bonheur.

 

Des envies qui effacent les peines, comme dix doigts de fée, un vœu de paix et d’amitié, un océan d’amour.

 

Des envies qui tuent les armes, comme un abri pour les petits, une chaumière chaude et douce, une récolte partagée car il n’y a pas d’étrangers sur  Terre.

 

Et le monde qui tourne de travers, mille envies de le remettre à l’endroit.




Qui a envie, propose ses envies....

par mpolly publié dans : vous avez dit poésie? communauté : La gazette des blogs
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Mardi 15 janvier 2008
 

J'avais proposé cet exercice autour de cette image, prise au festival d'Avignon 2006, parce que je me demandais bien ce que pouvait cacher ce titre et cette femme. Comme je n'ai pas trop de temps pour écrire en ce moment, je le remets en ligne, histoire de ne pas trop vous endormir sur le beau soleil.


IMG-5620.jpg2.jpg

 


Voilà, j’ai bouclé ma valise. Quand j’y pense, oh ! là ! là ! quand j’y pense ! Demain, eh bien, demain…  c’est vraiment un autre jour, et j’angoisse un peu tout de même. Oh ! là ! là ! Demain, eh bien demain, je ne serai plus le même. Si tout va bien. Parce que ça peut mal tourner. Ben oui, j’ai entendu des histoires incroyables, des ratages pas possibles, des mecs qui y sont restés. Mais, bon, c’est une décision difficile voyez-vous, j’ai mis du temps à la prendre. Vraiment du temps, si vous voyez ce que je veux dire. Non, vous ne voyez pas bien, je ne suis pas très clair. Vous ne comprenez pas ? D’ailleurs je ne sais pas si je me comprends bien tout seul. Mais essayez d’imaginer un peu. Demain, euh ! ce n’est pas facile à dire. Demain, tel que vous me voyez je n’existe plus.

 

 

Je veux dire que je n’existe plus dans cette tenue costard trois pièces cravate que je suis obligé de mettre pour aller bosser.

 

J’ai demandé ma mutation parce que les collègues … ils ne savent rien, ils ne savent pas. Alors restez discrets là-dessus. C’est juste entre nous. Je vais partir dans un autre lieu, une autre banque où ils ne me connaissent pas. Il vaut mieux pour eux surtout ; ça leur ferait bizarre, après toutes ces années à m’appeler Tino, de m’appeler Tina… J’en ai déjà suffisamment bavé là-dessus. Terrible l’administration ! La justice et tout le tintouin. Ils n’aiment pas qu’on change à ce point.

 

Mais moi je sais bien que je m’appelle Tina depuis longtemps, c’était une erreur de naissance, voilà tout. Ils ont cru que je n’étais pas ce que je suis à cause d’un morceau qui dépassait. Ça arrive, croyez-moi, ça arrive, tout le monde sait aujourd’hui que ça arrive. Alors j’ai poussé maladroitement, avec ce truc bizarre entre les cuisses. Et comme à l’adolescence les seins pointaient un peu, et la voix ne muait pas, j’ai eu droit au bazar médical de rigueur, les psychiatres et compagnie, enfin tout ce que j’ai dû subir pour rester le garçon qu’on avait désiré ; évidemment j’avais trois sœurs devant. Alors vous pensez bien qu’on n’avait pas envie de me voir devenir femme.

 

J’ai mis du temps à comprendre. Mais j’ai compris. Je ne suis pas idiot à ce point. Enfin, je devrais dire idiote, mais l’habitude ! Je vais devoir m’entraîner sérieusement. Après l’opération j’ai deux bons mois devant moi.

 

Dès que je sors de l’hôpital, c’est la fête, je vous jure, c’est la méga fête. J’ai déjà acheté une robe noire. Ben oui, pour le deuil, il faut bien que je l’enterre ma vie de garçon. Une belle robe longue, seyante à merveille. Je l’essaye ? Vous voulez la voir ? Bon, deux minutes, je la passe…Ben, non ! pas devant vous quand même, j’ai de la pudeur…

 
 
 
 
 

Alors ??? Vous en pensez quoi ? Pas mal, hein ? Elle fait de l’effet, pas vrai ? Oui, je ne sais pas encore trop marcher avec, et puis les chaussures, ce n’est pas l’idéal… Mais je vais apprendre, Ne vous en faites pas. Et pour les cheveux ? Ah ! oui ! bien sûr, la coupe ne va pas avec la robe… Mais j’ai une belle perruque jusqu’à ce qu’ils poussent. Heureusement que je ne suis pas chauve ! Vous imaginez… Oui ? Mais il ne faut pas trop se moquer, on ne le fait pas exprès, enfin pas toujours parce qu’il y en a qui se les rasent… Qui se rasent quoi ? les cheveux évidemment… ne le faites pas exprès c’est vexant à la fin… ceux-là… les crânes rasés, je ne sais pas pourquoi mais ils me font peur.

 
 
 

Donc, je vous disais, grosse fête avec mes copines. Elles m'ont déjà offert un cadeau: un va-ni--ty case. On y range ses crèmes, son maquillage, toutes ces petites astuces qui améliorent l'ordinaire. Elles l'ont pris rouge! Pour me donner du coeur, c'est leur façon de me soutenir. Il est beau, n'est-ce pas? Il flashe un peu, mais c'est pour la "vanité", pour faire mousser l'égo de celle que je serai demain, enfin si tout va bien! .... Elles sont trop gentilles! J’ai toujours eu beaucoup de copines. Au début, elles me draguaient, j’étais plutôt mignon. Après, elles se confiaient parce que je les comprenais comme aucun mec ne pouvait les comprendre. Quand elles finissaient par vouloir m’épouser, j’avouais la supercherie, enfin, c’en n’était pas vraiment une, elles sont intuitives sur ces choses les femmes. C’est un peu ça qui m’a mis la puce à l’oreille si on peut dire. J’avais comme une sensibilité auditive. On se confiait volontiers à moi, surtout elles. Et incroyable comme je les comprenais. Les hommes ont une difficulté majeure, ils ne savent pas ce qui se passe dans la tête d’une femme, moi je savais. Sans effort, spontanément, enfin presque, ça dépend des cas.

 

J’ai bien essayé d’être un garçon, histoire de faire plaisir à mes parents, mais leurs jeux un peu brutaux, leurs fanfaronnades, leurs exploits sexuels, tout ça, je n’adhérais pas, et pour cause ! J’étais malingre, fragile, et souffreteux. Et souvent souffre-douleur. Alors je suis devenu guichetier. Protégé par la hauteur du guichet, je pouvais un peu respirer et puis… me venger… Je ne suis pas méchant mais certains, avouez-le, les emmerdeurs de première, les jamais contents, les bousculeurs dans les files d’attente… j’en profite un peu, ils attendent plus que les autres, ils apprennent la patience. Parfois ils râlent mais c’est moi qui ai le pouvoir, alors ils finissent par la fermer. Bien obligé ! Moi je reste toujours doux , ils ont beau gesticuler, ils ne m’impressionnent pas : le guichet est une barrière infranchissable, l’argent, voyez-vous, c’est un peu sacré… Brave guichet !

 
 
 

Comme je ne tournais pas très rond dans la tête avec cette histoire de garçon pas garçon, je me suis informé et j’ai vite su que je n’étais pas tout seul. J’ai consulté, mais avant de trouver un médecin compréhensif…pff ! le temps et l’énergie qu’il faut ! Mon dieu ! Ce n’était pas gagné ! Heureusement que les copines m’ont soutenu car j’aurais craqué depuis longtemps.

 

Ah ! oui ! il y a un truc sur lequel on m’a prévenu, la chirurgie fait des miracles, mais il ne faut pas exagérer, je ne pourrais jamais enfanter. Je m’en doutais un peu. Ça m’a un peu tourneboulé au début, car j’aurais bien aimé… encore faudrait-il que je trouve quelqu’un qui voudrait bien de moi, parce qu’en femme, est-ce que j’aurais autant de succès ? Aujourd’hui j’en attire certains… Vous devinez. Ce n’est pas mon penchant, vraiment pas. Et forcément ceux-là ne me regarderont plus…De toute façon la solitude je m’y suis habitué, de ce côté, je n’aurai pas trop de changement. Et qui sait ? Certains ne sont pas trop difficiles. Bon, là, j’extrapole … mais quand on meurt demain, il faut bien se donner de l’avenir.


 
par mpolly publié dans : Jeux d'écriture communauté : Nouvelles d'ici et d'ailleurs
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Vendredi 11 janvier 2008



A tous ceux qui ont eu la gentillesse de laisser leurs voeux, j'offre ici, avec leurs mots,
une brassée de fleurs.250px-LeontopodiumAlpinum-1.jpg
 

-         Non, je t’jure, y-en a plus haut, je sais.

 

-         Nous on redescend. Tu viens !

 

Mais l’enfant fière de ses dix ans, pleine de vie, pleine d’envies, n’écouta pas la mère qui s’en retournait avec le petit frère. Elle criait de temps à autre « reviens » et la fillette grimpait toujours, haletante, sûre d’elle, puis disparut derrière une butte.  Elle se pressait et cherchait. C’était là, elle en était persuadée qu’elle avait, l’an dernier, trouvé des edelweiss. Mais pas la moindre ne pointait son nez, et la montagne est vaste, très vaste. En bas, la mère plissait les yeux, cherchait l’enfant et ne la voyait plus. Le souci barrait son front, ses yeux perlaient d’angoisse.

 

L’enfant percevait à peine les petits points des tentes, à peine un bout du lac. La liberté ce fruit défendu, toute entière trouvée. Elle respirait à pleins poumons, la reine des champs, reine des monts, et poursuivait son chemin dans cet espoir un peu fou qu’elle cueillerait ces fleurs fragiles, ces fleurs d'amour. Une ouverture entre deux roches la fit frémir, c’était là. Victoire! Elle reconnaissait, elle s’inséra entre elles. Elle n’était pas chaussée pour vaincre la pierre dure, ses petites sandales légères et sans lanière ripèrent.

 

Elle déboula longtemps sur la colline, et comme elle était souple sut se mettre en tonneau et se laissa aller silencieuse et sans peur. Oui, son petit cœur frappait un peu fort dans la poitrine, mais c’était exaltant ces rouleaux de si haut. Jamais elle n’en avait fait d’aussi longs, d’aussi beaux. Elle tournait, tournait, et riait, ses cuisses nues s’éraflaient bien à quelques aspérités, mais elle ne s’en souciait guère. Et la roulade durait, durait, un vrai bonheur.

 

Elle se retrouva un peu assommée dans un grand champ fleuri de blanc, de jaune, de rose. Un peu étourdie, elle s’allongea sur le ventre, son nez huma l’herbe tendre, et posant la tête sur son bras, elle souffla un peu. Puis guillerette tourna les yeux vers là-haut, et comme une prière au soleil qui l’inondait de tendresse, elle leva les bras ouverts vers lui. Elle était bien. Elle saisit tout près d’elle une pâquerette qu’elle effeuilla paisiblement, donnant à chaque pétale une caresse. Elle voyait bien les différences, aucune ne ressemblait à l’autre, un peu comme les gens, en somme.

 

Elle se dressa et remarqua qu’il lui manquait une sandale. Une seule. Et les bleus sur la cuisse. Ils dessinaient comme une aquarelle encore douce avec griffures rouges et zébrures violines, un bel ensemble en trois dimensions, deux ou trois bosses l’agrémentaient et traçaient des ombres aux teintes variées.  Elle se moqua de ce bouquet de fleurs de soleil qui ornerait désormais son temps de vacances, et quand maman la verrait, elle serait folle d’inquiétude. Il fallait donc revenir en cachant l’aventure, et trouver des astuces pour ne plus porter de short. Oui, mais sa sandale ? Elle la chercha un moment, grimpa encore, où l’avait-elle égarée ? Puis fatiguée, elle renonça, le ciel perdait de sa clarté. Elle récolta une belle brassée de marguerites et clopina jusqu’aux frêles abris. Sa mère la vit la première, elle hésitait entre cris et soulagement, l’enfant était retrouvée. Le bouquet de pardon se tendit avec un grand sourire d'amour. Personne ne remarqua ni la chaussure manquante, ni le dessin qui noircissait sur la cuisse.

par mpolly publié dans : le tout et le rien. communauté : La gazette des blogs
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Mercredi 9 janvier 2008



Pour la gazette des blogs.... je donne 7 mots, et le huitième est à vous si la dernière photo vous inspire.

Si vous voulez me présenter vos voeux avec les mots que je retiens pour 2008...  plus le vôtre pour illustrer la dernière photo... à vous de jouer si ça vous dit.

crayons undefinedtournageundefinedconcertundefined
 
                         apaiser
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                tendre
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        amitiéundefined
solidaire undefined
undefined    
 
Espoir de Domi
Récolter de Joëlle
Fleur d'amour de Bill
Amour de Vinnce
Ouverture de Chana
Tendresse de Gazou
Prière au soleil de Françoise
Victoire de Dane
Abc:
Tournage, non, ce n'est pas une fiction, c'est une addition, un tendre concert de mots qui apaisent les maux pour vivre en solidarité amitié avec ceux qui aiment la fleur de soleil. Polly que 2008 soit pour toi emplie de sa lumière.
Azalaïs
Que 2008,
tendre
Polly, dérange tes crayons, éparpille tes mots, apaise tes soucis, éclaire d'un soleil neuf le grand tournage de la vie, entrouvre avec bonheur les mains qui n'osent pas, en leur offrant les graines de l'espoir, de l'amitié et de la solidarité pour en faire un  concert echevelé de fleurs qui attendent le fruit !
Sido
Effeuiller sera mon choix
Pour évoquer chaque mois
D'une année fructueuse
En écriture savoureuse.
Les pétales en seront gardés
Dans le livre de l'amitié.
Joëlle
Une nouvelle année commence chère Polly, qu'elle soit la plus jouissive par tes notes apaisées et le plus beau des concerts emprunt d'amour et d'amitié. De tes crayons appelle à la solidarité et par le tournage de quelques pages de tes écrits, puisses-tu récolter le fruit de l'espoir. Tendres bises.
Laura
Avec des crayons, colorier
Les angoisses avec les joies
D'un tournage en plein air
D'un concert improvisé
Apaiser la peur avec une
Tendre et solidaire amitié
Préférer le respect des
Différences à la violence
Et à l'indifférence.

Enriqueta
Une nouvelle année comme concert céleste
Symphonie d'amitié et de liens solidaires
Ou tendre film au tournage divin
Oeuvre d'art colorée aux crayons d'aquarelle
Pour un coeur vrai et comblé
Pour une âme apaisée qui fleurit à la vie.
Capitaine Lili
Puisse tes crayons en couleurs apaiser la noirceur du monde
dans un concert d'amitié tendre pour ouvrir une ronde,
le tournage  de la fraternité comme une fleur au soleil solidaire
de la vie et la terre.
Camomille
Mes voeux seront les tiens.. Pour que la vie soit plus zen, le monde moins fou et l'amitié toujours reine.... 
Lilounette

Je souhaite pour toi un grand tournage où tu puisses continuer d’écouter le concert de tes crayons glissant sur la feuille, aussi tendre que le bruissement des pétales qui s’étiolent sous tes mains. Des mots solidaires  qui murmurent l’amitié pour apaiser tes maux et ce, pour l’année 2008.
par mpolly publié dans : Jeux d'écriture communauté : La gazette des blogs
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Lundi 7 janvier 2008

 

undefinedIl l’avait désiré depuis longtemps ce piano. Il avait attendu que le budget le lui permette. Il avait attendu patiemment. Les traites étaient parfois lourdes à payer. Sa trompette, il l’avait vendue, à cause de la petite qui pleurait quand il jouait. A cause aussi de l’argent, ils en avaient besoin, la maison à construire, la deuxième en route. Et puis la trompette, le conservatoire, tout ça c’était des rêves. Les copains, eux, avaient tenté leur chance et avaient rencontré celle qui chantait les cloches sonnent, sonnent, sonnent. Fred et René surtout, Guy aussi. Les potes de jeunesse, les potes du philharmonique réussissaient.  Il était resté. Un travail stable dans la chimie, une évolution de carrière possible et cette gosse qui germait.

 

Elle avait sept ans quand la baie s’ouvrit en grand et fit pénétrer le piano. Un quart de queue, un pleyel. Bien accordé, bien brillant. Une occasion qui les saignait pour un temps. Elle se souvient encore de ce gros gisant qui occupait le tiers de leur salon. Une décoration onéreuse. Elle ne l’écoutait pas quand il jouait ce jazz, une musique pour les grands, une musique désaccordée qui l’étouffait. Elle partait subrepticement rejoindre les copains dans les branches. Quand elle revenait, bien souvent les fesses lui en cuisaient, mais elle recommençait toujours.

 

Elle se souvient quand il veut lui apprendre, les blanches, les noirs. Le rejet. Comme pour l’arithmétique, il ne comprend pas qu’elle ne comprenne pas. Cette enfant est désespérante. C’est facile les baignoires qui se remplissent, c’est facile le fa si la do ré. Il se fâchait, elle pleurait juste pour l’embêter parce qu’il l’embêtait avec son piano noir de souffrance et ses mètres cubes encombrants. Et elle avait bien d’autres cabanes à construire dans le bois voisin.

 

La mer était le seul endroit qu’il lui accordait, les jeux dans les vagues, les plongeons, les courses à la nage, les sous-marins dans les algues, les éclats d’écume sur le rire des vacances. Il la laissait libre d’aller et  venir avec tous ceux qu’elle rencontrait et qu’elle invitait dans l’océan de ses rêves d’enfant.

 

Au retour, le silence recommençait. Le piano se taisait.

   

Il renonça. Elle ne sait plus quand, mais il renonça. Dès lors il ne joua plus, mais il l’obligea au travail, l’empêcha de voir l’amie qu’il trouvait insuffisante, les copains dans les arbres qui l’attendaient. Dès qu’il tournait le dos, elle fonçait vers eux. Elle le détestait et ne comprenait pas comment sa douce maman supportait cet ogre autoritaire qui ne laissait personne contester et choisir. Elle le détestait et le craignait. Et elle apprit à fléchir pour ne plus subir le dur de son regard, la férocité de ses mains sur ses cuisses, le verbe humiliant qui la dégradait.

 

Puis ce fut la pension, l’échappatoire, l’heureux berceau des amitiés et les chagrins adolescents.

 

Le piano dans le séjour trônait toujours. Elle se gardait de le toucher en sa présence. Parfois elle jouait quelques airs enfantins, mais surtout ne voulait rien savoir de plus. Il servait de table à dessins. Il croquait des paysages au fusain, pour les uns pour les autres. Ses crayons noirs chantaient au-dessus des cordes qui ne vibraient plus. Et ses crayons chantaient juste. La relation s’adoucissait, un peu.

 

   

Un jour, bien plus tard, quand elle revint du lycée, la grande baie ouverte laissa sortir le piano. Il l’avait vendu, un coup de tête, une déception, comme un regret. Son cœur à elle la mordait toute

 

 
free music
par mpolly publié dans : le tout et le rien. communauté : Nouvelles d'ici et d'ailleurs
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Samedi 5 janvier 2008
 
proposition de papier libre sur le thème du bal



Chère Madeleine,                                                         toile de Renoir.undefined

 

 

 

Je t’avais point dit comme t’étais belle ce soir là sous les lampions. Je t’avais point dit que je t’aimais dès que tu fis apparition. Je t’avais point dit cela parce que moi je sais pas trop faire avec les mots. Je suis plus doué avec la fourche et la faux pour parler aux champs.

 

On avait bien dansé tous les deux, t’avais un peu rougi quand je t’ai proposé et je trouvais touchant ton petit minois timide. On avait valsé sur la place au son de l’accordéon, et t’avais l’air d’aimer qu’on tourne ensemble sur les flonflons. Et puis il est arrivé, et tu m’as plus regardé. Il t’a serré la taille avec ses mains de prince, et t’as dû l’écouter parce que tu souriais et même que tu riais des fois. Et moi, je restai là à te regarder dans ton cotillon blanc et ton joli corsage, et je m’assombrissais sous les lumières de fête de la St Jean.

J'ai ouï-dire que ton prince est reparti dans sa ville et que tu pleures beaucoup.

 

Bientôt c’est le 14 juillet, et y a le bal au canton. Alors je me disais que si je t’écrivais tu serais peut-être d’accord pour qu’on le danse ensemble.

 

Je suis sûr que je saurai te consoler, et si je suis pas riche j’ai quelques bêtes et trois champs qui peuvent aider à nourrir une famille.

 

J’ai pas bien d’orthographe, pas bien de poésie, mais j’ai des sentiments, et si tu le veux  on pourrait  aller jusqu’aux épousailles.

 

J’attends ta réponse, fais-la passer par la Marie qui est ta bonne amie.

 

 

Bien à toi,

 
Jeannot.




 

par mpolly publié dans : Jeux d'écriture communauté : papierlibre
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Jeudi 3 janvier 2008



Le thème de la semaine chez les impromptus littéraires: l'homme qui marche.
 

Il atteint la zone la plus glaciale qui soit, la boussole déraille, il ne sait plus rien maintenant. Il faudrait qu'il se pose, monte la tente, se réchauffe. Mais non, il décide de poursuivre vers le soleil pâle qui décline l'horizon sur tout ce blanc qui ne l'aveugle plus. Sa silhouette solitaire, toute de noir vêtue,  glisse lentement. Attaché à sa ceinture un chariot recouvert d'une bâche, noire elle aussi, le suit chaotiquement. Il marche dans le froid, péniblement, il est tard, il est l'heure. Depuis trente jours qu'il s'égare sur cet océan arctique, il sait qu'il est l'heure. Sa marche bientôt se termine.

 

Ce projet, il l'a conçu enfant dans les livres de Paul Emile Victor. Il n'avait pu le réaliser à cause de contraintes familiales, sociales, professionnelles. Quand le médecin lui a annoncé la nouvelle, il n'avait plus le choix. Il se devait à ce rêve, à tout ce rêve de solitude immaculée. Il a gardé le silence sur la maladie. L'épouse inquiète aurait voulu que l'accompagnent ses amis, ceux de l'Himalaya, ceux du Sahara, ceux du cap Horn qu'il avait franchi une fois mort de trouille. Il a fait non de la tête, c'était son rêve à lui, rien qu'à lui. Une marche éternelle depuis l'enfance jusqu'à ce jour. L'homme qui marche voit le soleil basculer et cesse de marcher. Dans quelques minutes le soleil rejaillira doucement, c'est l'été, il fait semblant de dormir et revient taquin comme l'enfant qui ferme les yeux en plissant les paupières et qui veut faire croire à son sommeil.. Mais personne n'est dupe. Personne. Etait-elle dupe sa femme quand il a pris l'avion ? La couleur de ses yeux était voilée de peur. Etaient-ils dupes ses amis baroudeurs de toujours au dernier repas dans la grande maison à la campagne ? Leurs rires sonnaient un peu faux. Mais c'est peut-être lui qui coloriait ainsi les choses, à l'aune de sa tumeur.

 

Depuis trois jours, son GPS ne fonctionne plus, on a perdu sa trace déjà là-bas, dans la civilisation avancée. Et lui est heureux, totalement serein dans cette blancheur solitaire. Heureux comme jamais il ne l'a été. Et il pense, il marche et il pense. Il ne pense pas qu'il a froid ou faim, cela fait quelques jours déjà qu'il ne connaît plus ces misères, il pense seulement que la beauté du monde il la tient dans ses yeux, elle est pour lui seul et il va se laisser emporter en elle, sa dernière fusion, son dernier amour.

 

Il s'installe, déploie le chariot, s'en fait un lit douillet. Il a économisé les piles de son baladeur, et espère qu'elles suffiront pour pouvoir écouter une dernière fois la montée au Walhalla de l'or du Rhin de Wagner. Il ne quitte pas ses gants pour extraire de son sac le minidisque, il pose les petits écouteurs à l'intérieur de son chaud passe montagne, clique sur le bouton, et range l'appareil dans une poche. Il s'étend sur le chariot où il vient de dresser un lit confortable, puis avale les comprimés qu'il a préparés et s'abreuve des dernières gouttes de sa gourde. Son sac de couchage est simplement posé sur lui, il attend le soleil.

 

Quand les rayons rougeoient à l'horizon, son sourire béat de glace se fige.



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par mpolly publié dans : le tout et le rien. communauté : Nouvelles d'ici et d'ailleurs
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Mercredi 2 janvier 2008

Pour bien commencer l'année, tout en douceur, je vous propose une histoire d'amour  frais.



 
 
- Où vas-tu Natalia ?

Une voix de femme interpelait une jeune fille, d'à peine dix-huit ans, qui sur le seuil d'une vieille maison enfilait des bottes de caoutchouc.

- Je vais aux champignons.
- Avec cette pluie!

- T'inquiète pas, je suis chaudement habillée, et je prends le ciré.

Elle s'éloigna, pénétra dans une grange délabrée, en ressortit un panier d'osier au bras. Il était plein d'un balluchon recouvert d'une toile protectrice. Elle encapuchonna ses tresses blondes et fila d'un bon pas vers un chemin boueux qui grimpait dans un bois. La jeune fille essoufflée s'arrêta un instant à l'abri d'un arbre feuillu. Les gouttes ne l'atteignaient que par intermittence, elle les attendait gourmande et les étalait sur son frais visage rose. Ses larges yeux clairs brillaient de plaisir, ils scrutaient entre les feuilles le ciel tantôt menaçant avec ses noirs cumulus gondolés, tantôt souriant de larges trouées bleues. Quatre ans, pensait-elle, quatre ans que je l'attends. C'est aujourd'hui qu'il vient et mon coeur chante. Elle reprit sa promenade, traversa une route, puis bifurqua sur la droite. La sente humide apparut. Elle avait la même odeur, la même teneur d'eau, la même brillance que le jour de leur rencontre. Elle serpentait loin là-haut sur la colline et disparaissait parfois dans un tortillon ombragé. Elle monta, légèrement courbée sous l'effort et atteignit son lieu secret. C'était un espace de mousse entre des châtaigniers lourds de fruits. Elle s'assit, le dos contre le tronc. Ses longues jambes s'impatientaient, se repliant, se dépliant.

Quatre ans, chanta-t-elle. Quatre ans que je t'attends mon Anton. Quatre ans d'éternité pendant lesquels j'ai eu peur de mal vieillir, de devenir une grande chèvre sans élégance. Pour toi j'ai soigné ma démarche, pour toi j'ai soigné mon corps, pour toi j'ai lu, j'ai chanté, j'ai cuisiné. Je suis prête. Arrive.

Elle regarda sa montre. Bien sûr qu'elle était en avance! Bien sûr qu'elle l'attendrait jusqu'à quatre heures, jusqu'à cinq heures s'il le fallait, jusqu'à six peut-être si le froid ne la surprenait pas. Elle observait le chemin, elle le verrait venir, comme autrefois, avec sa large casquette sur sa tignasse brune, avec sa haute silhouette d'homme mûr, le pas long et sûr. Et surtout avec son regard si doux et si tranquille, si franc et si sensible. Elle se rappela cet instant merveilleux, comme elle se le rappelait chaque fois que ses pas la montaient ici, et c'était souvent. Seul endroit dans l'enclos de son monde où elle pouvait se caresser sans pudeur, où elle tremblait de plaisir, immergée dans le souvenir de son premier et unique émoi amoureux.

Ce jour-là, elle ne l'avait pas entendu. Elle creusait une racine, sûre de trouver la truffe tant attendue. Il pleuvinait sur sa capuche, mais elle n'en était pas gênée. Au contraire elle trouvait plutôt agréable la compagnie de la pluie, surtout l'été, et la solitude qu'elle lui apportait la réjouissait. Elle était rarement dérangée dans ses cueillettes. Un tonitruant bonjour rieur retentit derrière son dos courbé. Elle sursauta et se leva d'un brusque mouvement qui faillit la déséquilibrer. Il l'aida d'une main ferme à se maintenir.

- Je t'ai fait peur petite! Désolé, ce n'était pas mon intention. Je t'ai trouvée si belle, concentrée dans ta recherche, que j'ai eu envie de voir la couleur de tes yeux.

Elle n'avait pu prononcer un mot.. Bouche bée elle le dévisageait. Elle ne le connaissait pas. Il n'était pas du pays. Elle tremblait encore.

- Je peux m'asseoir un instant ?

Elle ramassa son panier, prête à bondir loin de lui dans le chemin qui luisait de boue. Il la retint par le bras. Il était grand et fort. Il l'effrayait.

- Je ne te veux aucun mal. Détends-toi. Je ne suis pas un ogre des bois dévoreur de petites filles. Je m'appelle Anton. Je vais à la ville. Au village on m'a conseillé un raccourci par ce chemin. C'était un vieux monsieur avec une grosse barbe blanche. Tu le connais ?

Elle hocha la tête.

- Il était marrant ce vieux. Il m'a dit d'une voix grave et fière "c'est-y par là, le gars, que tu iras plus vite".

Il imita si bien la voix du vieux qu'elle éclata de rire.

- J'ai un petit creux, tu veux un bout de pain et de fromage?

Elle fit non de la tête mais ne cherchait plus à fuir. Quand il s'assit sous la protection des lourdes branches, elle s'installa en face de lui. Elle remarqua d'emblée ses yeux. Très clairs, d'une teinte indéfinissable, un marron pâle parsemé de paillettes dorées ou vertes, largement fendus et ourlés d'un réseau dense et noir de cils. Tant de douceur s'en dégageait qu'elle fut, dans l'instant de ce regard qui captait le sien, confiante. Elle finit par accepter le morceau de pain. Elle finit par dire sa petite vie entre la ferme et le lycée. Il l'écoutait patient. Il raconta son rêve fou: il allait à la ville car il était temps pour lui de prouver qu'il était fait pour chanter et non pour ramasser jusqu'à la mort des pommes de terre dans les champs collectifs! Elle riait souvent à ses commentaires. Il lui traçait des portraits de paysans qui ressemblaient à ceux qu'elle connaissait.

- Veux-tu entendre une de mes chansons? lui demanda-t-il au bout d'un moment, lui-même confiant devant ce bout de femme attentif.

Il chanta. Et dans ce chant grave et beau, elle sut son amour.

Il se leva. Il était temps pour lui de partir. Elle eut ce geste insensé: elle se cala contre lui et réclama un baiser. Le soleil, à ce moment-là, traversait le feuillage humide. Le sentier devant eux serpentait tel un ruban de boue lumineuse. Il lui sembla que ce décor n'avait plus rien de réel sinon l'appel de ce désir qui secouait son jeune corps. Emu, il la tint serrée contre lui. Il caressa de ses lèvres le front blond. Il dessina de son index le profil de la jeune fille : de la racine des cheveux, le doigt glissa sur le galbe du front, atteignit le nez droit et fin, s'imprégna des lèvres pleines et roses, il s'immobilisa sur cette bouche comme pour l'empêcher de parler.

- Ne tente pas le diable, Poussin! Tu n'es qu'une enfant et je ne suis pas de bois!

- J'ai bientôt quinze ans, mentit-elle.

- Et moi j'en aurai bientôt vingt cinq! Tu vois, je suis un vieux.

- Un baiser? Seulement un baiser, ce n'est guère compromettant, et tu ne seras pas accusé de détournement de mineur!

Il ne résista pas plus longtemps. Elle était fraîche et belle l'enfant de la forêt. Il frotta doucement ses lèvres contre les siennes, mais elle ne se contenta pas longtemps de cette caresse pudique. Elle l'obligea de sa langue gourmande à répondre franchement à ce baiser de passage. Et elle le garda longuement ne se reconnaissant plus. Elle, la timide, la solitaire Natalia qui était restée si sage, si éloignée de toutes les préoccupations romantiques ou sexuelles de ses camarades de classe, devenait complètement délurée. Dans son corps, elle sentait vibrer mille épines. Les mains d'Anton sur son dos provoquaient des sensations nouvelles. Malgré elle, elle inséra ses jambes entre celles de l'homme, elle écartait les cuisses, son sexe cherchant le contact contre la peau de l'autre. Il se frottait sur la toile grossière du pantalon. Anton recula, soudain effrayé. Il la maintint à distance, ses yeux interrogeant les yeux de Natalia dans lesquels brillait l'attente. Elle tremblait. Il ôta le ciré et le posa à terre. Il ôta son pardessus et l'étala sur la mousse, préparant un nid à l'amour qui naissait. Elle ôta son chandail et se cambra vers lui. Il enserra la taille fine. Il avait retiré sa chemise, elle reçut avec ravissement l'odeur de sa peau, les soies chatouilleuses, la largeur rassurante. Le baiser de l'homme atteignait son cou pendant que la main caressait la nuque. Elle frissonnait, découvrant des morsures qu'elle n'imaginait pas. Le baiser de l'homme la lapait de haut en bas. Elle s'étendit, offerte. Le baiser de l'homme trouva, entre ses cuisses, l'épicentre d'une douceur étrange qui devint peu à peu le noeud de toutes ses sensations. Il léchait, concentrée en ce seul point elle recevait des ondes bienfaisantes. Il léchait longuement, avidement, violemment, elle avait l'impression qu'il la buvait, qu'il l'avalait jusqu'au moment où elle ne put retenir ce cri, elle vibrait de partout. Plus rien n'existait sinon ce tremblement incontrôlable. Elle repoussa la tête brune d'entre ses cuisses, et se resserra, incapable de supporter plus longtemps un attouchement qui devenait douloureux. Il caressa le dos, ses mains profilèrent des courbes qu'elle découvrait siennes pour la première fois. Elle se tourna vers lui. Etalée, cuisses ouvertes, elle exigea d'une pression de main qu'il se couche sur elle. Il recula.

- Non, Poussin. J'ai peur de te faire mal.

- Viens, insista-t-elle, peut-être deviendras-tu mon seul bonheur en cette vie.

Alors lentement, il pénétra dans ce nouveau mystère. Elle eut une crispation silencieuse lorsque l'hymen se déchira mais elle fut vite bercée par ce va et vient de douceur. Elle se liquéfiait comme ce chemin imbibé qui grimpait de bonheur. Eau. Eau d'amour. Eau de toute la vie, source primitive de l'origine. Les assauts devenaient plus denses, plus violents, elle sentit une chaleur inconnue envahir tout le corps. Des vagues imprécises, diffuses atteignaient ses seins, son cou, ses joues. Elle perdit la notion de son corps, de l'espace, du temps. Elle n'était plus qu'abstraction: une âme peut-être, accrochée à une autre dans un monde parallèle. Tout était noir, tout était blanc. Elle ne savait plus rien que ce long tremblement qui l'emportait. Quand elle cessa d'appartenir à ce flot irrésistible, elle releva la tête et vit les pleurs d'Anton. Il se retira d'elle et fit jaillir son propre flot sur le ventre blond. De ses paumes il étala semence, sang et larmes jusqu'aux seins, jusqu'au cou, jusqu'aux lèvres. Elle se laissa couvrir d'amour, les yeux pleins d'émerveillement. Il s'étendit à ses côtés, repu, heureux.

Tu sais, lui dit-elle, je n'avais jamais embrassé un garçon, ou alors il y a longtemps : j'étais enfant.

Il lui murmura à l'oreille qu'il venait de faire la plus belle découverte de toute sa vie. Il aimait.

 

Natalia, toujours calée contre le châtaignier, se souvint de sa descente vers la maison familiale. Elle fut saisie par les puissantes odeurs qui se chahutaient autour d'elle. Des millions de nuances émanant des arbres, des fleurs, des herbes, du moindre humus pétillaient, bouillonnaient, tourbillonnaient, l'enveloppaient d'une joie nouvelle. Elle était emportée, captivée par cette magie odoriférante. Elle se lova sur elle-même, cherchant sur elle le musc de l'amour. Peu à peu, prise par cette étreinte olfactive, hallucinée par sa suavité, elle devint odeur. Odeur barbouillée de celle d'Anton, odeur cueillie, brassée par les mille autres qui l'enflammaient dans un hymne sauvage. Atomisée dans cette danse des parfums, elle déployait le leur et elle volait heureuse parmi ces ions aromatiques secoués, tourneboulés, fascinés. Embrasement des exhalations, flamboiement des formidables senteurs amoureuses. Natalia aurait voulu demeurer jusqu'au retour d'Anton dans cet univers volatil. Mais peu à peu la pesanteur de son corps la sépara de cet instant de pureté aérienne. Elle dut poursuivre sa route, elle marchait de travers, elle était toute entière de travers.

 

Natalia regarda l'heure. Bientôt six heures. Il ne viendrait plus. Elle enfouit la tête dans ses bras. Elle sanglota quelques secondes puis se rappela leur séparation.

- Quatre ans, c'est long! pleurait-elle.

- Oui, c'est l'éternité. Mais j'ai besoin de ces années pour prouver que je peux réussir et toi tu as besoin de ce temps pour grandir. Je reviendrai, ici-même, te chercher. A la même date, à la même heure.

- Et si tu échoues ?

- Je reviendrai et si tu le veux bien tu épouseras un petit ramasseur de pommes de terre!

- Mille fois oui ! Je t'attendrai.

Il ajouta que s'il ne venait pas ce serait contre son gré: événement imprévu, prison, maladie, mort peut-être. Elle avait crié de peur. Ils s'étaient alors accordés pour qu'elle fût prévenue en cas de malheur. Il enverrait un émissaire à leur rendez-vous.

 

Six heures vingt. Elle se leva. Les jambes ankylosées, pas seulement les jambes, tout le corps. Une souffrance aiguë la martelait. Elle prit son panier et avec une lenteur délibérée, revenant parfois sur ses pas, elle descendait dans la boue luisante.

Le jour déclinait, elle marchait entre les arbres dans une pénombre qui s'accentuait de minute en minute. Elle vit briller tout en bas une petite lueur. Ses parents la recherchaient-ils déjà?

Elle entendit sa voix, elle entendit ce "Poussin" de lui seul connu. Elle courut en criant sa joie. Il la reçut dans ses bras.

- Je me suis trompé cent fois de chemin! Quel bonheur de t'avoir enfin trouvée!

Il la regarda et malgré l'ombre de la nuit, il s'exclama:

- Tu n'es plus un poussin! Comme tu as grandi! Tu es devenue une colombe.

Elle rit de plaisir, de joie, d'amour. Il rit, la soulevant de terre il tournoya avec elle.

- Allez, viens ma Colombe. Je suis presque riche, j'ai une vieille voiture qui nous attend.

par mpolly publié dans : nouvelles communauté : Nouvelles d'ici et d'ailleurs
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Lundi 31 décembre 2007



Et si Eve n’avait pas croqué la pomme ?

Vous y croyez-vous à cette légende ?

Moi non, mais je vais répondre au défi de Martine, même si Eve n’avait pas de pomme à croquer, même si les hommes se sont inventé des histoires pour se construire un passé, pour se soutenir dans cette vie qui finissait mal, pour se tenir chaud quand les froids étaient trop rigoureux, pour rêver et rire et pleurer, pour croire que c’était possible, qu’un monde meilleur les attendait.

Vous avez réfléchi au paradis ? A l’éternité au paradis ?

Mais Ciel ! Quel ennui ! Plus de peur, plus de mauvaises pensées, plus de parties de jambes chaudes, plus de souffrance. Est-ce possible plus de souffrance ? Mais que va-t-on devenir sans elle ? On la bichonne sa souffrance, on la vénère, on la mitonne, on la laisse parfois pour un temps, mais on lui revient toujours. Est-ce possible de vivre dans la paix béate sans s’ennuyer ?

 


Si Eve n’avait pas croqué la pomme où en serions-nous ?

Le paradis est une terre avec des cocotiers sous lesquels on se nourrit, parce qu’on a choisi de demeurer en zones aimables. Une régulation spontanée des naissances (parce que la terre n’est pas extensible), de joyeux cris, des fruits à cueillir sans interdit, des enfants grassouillets et rigolards, des amours sans reproche, sans égoïsme, sans jalousie, des corps qui s’aiment et se respectent, aucune misère, tout un partage, aucune loi, tout en partage… Une communauté joyeuse, satisfaite et sans ambition, une petite fabrique de plaisirs. Aucun travail, de la paresse, des baignades, aucun animal dangereux pas même le plus petit moustique piqueur. Des cascades de rires, la paix entre tribus parce qu’on n’est pas bien différent, juste la couleur des yeux, ou de la peau, mais on se croise parfois, on se comprend car on parle la même langue, et on mixe les gènes pour renouveler la vitalité, et de toute façon on est de la même planète, issu des mêmes grands-parents et on a les mêmes jeux. Nos seules inventions sont des instruments de musique, on chante énormément, certains plus habiles ont trouvé des couleurs qu’ils étalent sur les écorces sèches, et c’est beau. D’autres ont découvert l’art de marier les fleurs, ou de tisser des lianes pour nous parer. On a fabriqué quelques abris ouverts pour se protéger des pluies chaudes, mais la plupart du temps on danse sous la pluie. Les maladies n’existent pas, on accouche sereinement, toute la communauté participe à cet événement. On ne meurt pas, on ne vieillit pas, toujours frais, mais les naissances deviennent plus rares, comme on ne peut s’en passer parce rien ne remplace le rire d’un enfant, on se serre.

 

Comme je suis d’un optimisme désespéré, je ne pouvais pas en rester là.

 

Mais depuis quelques temps, l’environnement se dégrade, on ne sait pas pourquoi. Dans les forêts jaillissent des routes brunes et larges où ronflent d’énormes engins. Dans le ciel ronronnent d’étranges objets qui lancent parfois de gros pets explosifs, ou encore des jets nauséeux qui détruisent la flore. Des arbres sans feuilles jaillissent d'on ne sait où et s’encombrent de fils bizarres qui font zziiiiippppppppp quand on passe dessous et les maladies commencent à germer.

On apprend la mort, on apprend à enterrer nos corps dans des terres qui s’en nourrissent, on apprend le chagrin, et on apprend aussi la fuite et les cachettes, les voyages, les terres inhospitalières. On apprend la peur.

Mais il fait quoi notre Grand Ordinateur ?

Certains des nôtres sont capturés par de grands singes, mis en cage, et on ne les revoit plus. On apprend les larmes et la haine. Un jour, l’un des nôtres s’échappe et nous revient et nous raconte les Orangs-outangs, leurs villes tentaculaires, leurs coutumes bizarres, leur cruauté, leurs guerres. Et leurs croyances. Il affirme que leur première femelle aurait croqué une pomme.

 

Voilà c’était ma version planète des singes, mais j’adore les Orangs-outangs, sont très humains.




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Et de mon petit coin de PARADIS,
je vous souhaite une généreuse année 2008
qui, je l'espère, comblera vos voeux les plus chers.
 


par mpolly publié dans : le tout et le rien. communauté : Nouvelles d'ici et d'ailleurs
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Samedi 29 décembre 2007


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par mpolly publié dans : humeurs communauté : La gazette des blogs
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intro

Décider follement d’éditer sur le Net quelques nouvelles et autres fantaisies est à la fois constructif et dénudant. Dénudant parce que nos fragilités, nos travers, nos tics et nos tocs s’exposent sans vergogne. Constructif parce que les mots plus ou moins bien enchevêtrés deviennent notre château en Espagne, notre moulin à vent, notre petite maison dans la prairie… L’écriture est mon petit fort dans le sable, l’écume qui en efface les traces, un éphémère dans la lumière d’un soleil voilé. Ce n’est pas ma vie, ce n’est pas la vie mais elle donne l’élan ou le recueillement qui manquent dans le tourbillon d’un monde qui ne tourne pas très rond.

 

Et que vogue le blog.



 




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