juste pour vous...


Sur les conseils de
Quichottine, j'ai créé une page juste pour vous.
Si vous n'avez pas le temps, ou que le billet ne vous intéresse pas, ou que vous n'avez pas envie pour l'instant, vous avez peut-être quelque chose à me murmurer...
cest ici
.
Mardi 12 février 2008

 


J’ai été taguée par Martine qui me propose de présenter 10 blogs seulement où j’aime aller… Quel choix cornélien!
 

 

    Azalaïs, son monde sensible et poétique nous fait parfois tourner la tête, elle joue avec les mots avec un tel plaisir partagé, les malaxe, les retourne, les contourne, comme un  sculpteur. Et ses propos touchent parce qu’ils donnent du sens aux petits riens et aux grands débats. Toujours en doute, elle ne sait pas combien on est avide de ses textes, de son humour de ses clins d'oeil, de ses chemins de traverse.

 

    Le Bigorneau, chez elle aussi, nous retrouvons le plaisir des mots, de tous les mots. Elle en présente un et nous raconte tendrement son histoire personnelle, ses origines, ses déviances, ses particularités, sa famille. Parfois même elle en demande et nous fait une histoire avec tous. Un régal.

 

    Bill Past John, le poète et musicien qui par sa sincérité nous étonne toujours et nous embarque loin sur ses océans intérieurs et extérieurs. Il sait mêler comme personne ses mots fragiles et jongle sur une corde sensible avec ses phrases décalées et la douceur de ses rythmes.

 

    Camomille c’est de l’humour, une la joie de vivre formidable, des coups de cœur et de colère aussi, et surtout curieuse de tout, elle nous promène chaque jour sur ces petites et grandes choses qui nous entourent et qu’elle approfondit pour notre plaisir, et on parcourt ainsi terre, mer, ciel et en musique bien souvent .

 

    Joëlle, peintre, plasticienne, coloriste… un univers parfois classique avec ses coups de crayons qui tracent le tranchant d’un regard, l’amertume d’une bouche et qui dans ses tourbillons abstraits envoie une musique rythmée et fort engageante. Sa palette est variée, celle que je préfère tonne dans les rouges passionnés.

   Quichottine qui chuchote avec Cervantès. Oh ! mais pas des chuchotements ordinaires puisqu’à elle tout seule elle nous plonge dans les délirantes aventures de son héros préféré et le fait simplement en discutant avec nous et en nous interrogeant. Un sacré cadeau !
 

    Oncle Dan, c’est le décalage assuré, toujours dans l’humour, parfois dans la dérision, et une danothèque qui vaut son pesant d’inventions lexicales. Il sait comme pas deux détourner les consignes d’écriture et nous réjouir à chaque fois. Parfois il dessine ou détourne des photos comme son lierre littéraire.

 

    Nath et ses bluettes propose aussi du rire. Elle chronique du bout des lèvres de petites scènes délicieuses qui appuient sur les petites interrogations de la vie, aux dernières nouvelles elle parlait de ces astucieux inventeurs de bien être, et quelquefois ce sont les mots d’enfants avec leur regard lucide sur les grands. A consommer sans modération.

 

    Tilk, ah ! Fernando… difficile à présenter, il nous arrache le coeur avec ses collages très particuliers, ses poèmes qui résonnent au creux de sa déchirure et qui brisent nos réserves. Un sincère qui avec peu de mots, peu de colle, peu de papier crée de fulgurantes émotions.

 

    Vinnce, c’est un regard tendre, doux et attachant. Photos couleur, ou noir et blanc, les thèmes en sont variés et accompagnés d’une citation amusante, ou sombre, ou pertinente, ou coquine, et parfois d’une chanson au gré de sa fantaisie. Grâce à lui, tous les matins je prends mon café devant un paysage différent, que du plaisir.

 
 
 

Voilà, Corneille est passé, je les ai classés par ordre alphabétique, et je regrette de n’avoir pu nommer tous les autres qui sont en lien sur ce blog : Aurore, Domi, Cath, Chana, Edith, Fabienne, Gazou, Jovial, Juliette, Jean-Michel, Lilounette, Loula, Petite Momie, Roland, Sidonie, et compagnie, sans compter ceux que je vais voir sans faire de bruit.


 
 
par polly publié dans : Jeux d'écriture communauté : La Petite Fabrique d' Ecriture
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Lundi 11 février 2008



Pour la petite fabrique d'écriture: illustrer ou contrer un proverbe.


    En hommage à Henry Bauchau, poéte et romancier, qui a fêté ses quatre vingt quinze ans en janvier 2008, et dont le dernier roman est en cours de publication.



 

    Il marmonne, assis sur son banc. Ou plutôt il discute doucement avec lui-même. Il porte une casquette à chevrons gris et noirs, un long manteau de laine, et entre ses jambes une canne noueuse rythme ses palabres.

 

    Il est si âgé déjà, mais son regard pétille encore des joies qu’il aperçoit plus loin : les rires des enfants, et les mères attentives, un pigeon qui picore tout près de ses pieds, un rossignol amoureux qui s’égosille, les teintes du feuillage moirées par l’automne approchant. La journée est fraîche, un petit vent se lève et s’amuse avec les jupes des filles qui séduisent des adolescents enfiévrés. Il rit.

 

    Il est si vieux quand on passe à côté sans le voir. Mais si on s’attarde sur son visage raviné par le temps, (mais qui regarde les vieillards ?) son sourire rayonne. Une jeune fille s’approche, des livres sous le bras, elle s’assoit à ses côtés. Ils se saluent comme s’ils se connaissaient depuis toujours. Ils échangent des propos tranquilles, elle lui tend un livre dont il caresse d’un geste doux la tranche, il l’ouvre et lit. Cette page, il n’a pas besoin de la lire, il la récite avec saveur. Elle lui pose des questions, cela se devine par les sourcils levés et l’attente. Il réfléchit avant de répondre, elle s’impatiente parfois un peu mais se raisonne car le petit mouvement des jambes fébriles cesse. Il cesse surtout lorsqu’il parle. Elle est dans l’écoute, les grands yeux bruns élargis par ce qu’elle entend.

 

    Peu à peu la soirée s’installe, la jeune fille se lève, le salue et s’éloigne, puis comme à regret revient vers lui. Il est debout déjà, et il se tient bien droit, appuyé sur sa canne. Elle l’accompagne jusqu’au large portail doré.

 

-          Comment faites-vous ? demande-t-elle, Vous avez quatre vingt quinze ans, et une mémoire d’éléphant, vous êtes si passionné, si jeune d’esprit. Vous venez de publier votre dernier roman. Si je ne vous connaissais pas, je n’y croirais pas !

 

-          Oh ! Si vous saviez comme j’ai perdu ! Mais c’est normal, bientôt l’heure sonnera où la monture trop fatiguée ne servira plus. En attendant j’entretiens la petite flamme qui demeure, et souvenez-vous Estelle de ce que dit Montaigne…

 

-          Qui veut voyager loin ménage sa monture.

 

    Ils se quittent sur ces mots, il s’engage sur le passage piéton pendant qu’elle s’éloigne sur le trottoir, mais ils se retournent en même temps pour un dernier regard. Il sourit largement, elle agite la main légèrement.

 
 

par polly publié dans : le tout et le rien. communauté : La Petite Fabrique d' Ecriture
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Jeudi 7 février 2008
 
Absente quelques jours, je vous offre ce poème... et je reviens bientôt.


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 Je vous offre ses 20 ans  
            Des rires sans larme.
Je vous offre ses 20 ans
                    Mais ne vous y trompez pas
                                   Cette fille n'existe pas

  Sur la plage sans drame
                Un soleil de brume.
                        Elle avait perdu ses larmes
                                                Sur le froid du bitume

    Je vous offre ses 20 ans
                Le sourire d’une fête
                    d’une danse d’un chant
                      de ses doux chiots tendresse

    Je vous offre ses 20 ans
                                       De fer.

    Ces sourires artificiels
                Ces cheveux jamais coiffés
                                        Ce hâlé naturel
                                            Ce faux repos ensablé
                                                                N’existent pas

    Ils voguaient sur une comète
                        qui les a emportés.

 Je vous offre ses 20 ans
        Des rires sans larme
 Je vous offre ses 20 ans
        Mais ne vous y trompez pas
                            Cette fille n’existe pas

  Elle avait perdu ses larmes
            Sur les mots durs de l’enfance
                               une désespérance
                                          sous influence
                                          Illusions drapées de rires
                                                         Qui s’engloutirent
                                                             Dans l’amer glacé d’hier



Elle a perdu ses 20 ans
Et les offre au tout venant
Cette fille n’existait guère
Dans son monde de travers



 
 
 
 
 
 
 
par polly publié dans : vous avez dit poésie? communauté : Nouvelles d'ici et d'ailleurs
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Lundi 4 février 2008


Allez chez Bill.

Moi, son cadeau musical  j'adore.

Alors prenez le temps de l'écouter

et laissez lui une goutte de  vos impressions.

par polly publié dans : humeurs communauté : Nouvelles d'ici et d'ailleurs
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Samedi 2 février 2008

Un demi-retour.... pour tous ceux qui aiment vagabonder dans mes élucubrations.


undefinedle Paradis.


    Ils arrivent par le bus de 16h avec bagages et poussette. Nathalie est à l’arrêt et les amène directement au studio. De ma fenêtre je les vois marcher avec anxiété, surtout lui qui regarde à droite à gauche. Il n’est pas très grand, le teint basané comme on les aime en France, il tire un gros sac à roulettes et tient un petit garçon de cinq ans tout au plus, pendant que sa compagne porte une valise et pousse de l’autre main une poussette double. Je me mords les lèvres et m’insulte. Dans quelle galère je me suis mis, tout ça pour le beau sourire de Nathalie. Je suis tellement irrité depuis mon accord que je n’en ai pas parlé à Jo, ni à personne. Ils verront bien le moment venu. J’entends les pas dans l’escalier, j’entends Nathalie s’énamourer d’un des bébés, elle doit le porter dans ses bras, j’entends le brouhaha de l’installation, les discussions, les enfants pleurnicher, j’entends ma vie qui bascule et je déteste. Je sors. Il pleut mais je n’en ai cure. Je vais nettoyer tout ce fromage dans ma tête, j’ai mon nouveau MP3 avec moi sur lequel Nathalie m’a enregistré Verdi, Fauré, Satie. De quoi se verrouiller les ouïes pendant quelques heures et ne plus penser. Surtout ne plus penser. Les emmerdes seront là bien assez tôt.

 

    De mon maigre piton habituel j’observe la ville sous la bouillasse. Je me raconte, malgré Satie qui percute les tympans, tous les ennuis qui m’attendent. J’en ai eu ma dose, fut un temps, entre les grèves de mineurs, la fermeture de la mine puis celle de la maternité et autre combat perdu. Nous ne sommes jamais que des pots de terre, et on sait comment se termine tout ça. Les clandestins de Nathalie repartiront dans leur guerre avec leurs mômes. Quelle idée aussi de se marier entre ennemis ! On en aura jamais fini avec les tragédies shakespeariennes. Nathalie et moi aurons sûrement les ennuis judiciaires d’usage entre gens de bonne démocratie. Ah ! si je pouvais rester sur mon piton jusqu’au dénouement ! Mais avec cette dégoulinante et malgré la cape de pluie je finirais par moisir. Je redescends et me rends directement chez Marc, peut-être est-il là. Il est là. Pas seul, sa violoniste vient également de revenir. Ah ! Bon ! Je les laisse minauder leurs retrouvailles. Les « Jo » sont à la ville, le Milou, bof ! ce n’est pas une vraie compagnie à qui me confier et prendre la voiture pour aller voir le Louis, j’hésite. Finalement je me réfugie chez Gina. Elle regarde les débilités dominicales à la télé, je les regarde avec elle. De quoi s’étourdir. Elle me réchauffe le cœur et le reste. Mais je ne peux pas parler. Les mots sont coincés dans le gosier à tel point que j’ai l’impression d’attraper l’angine. Elle me concocte une tisane à la rose et je me laisse dorloter comme le prince que je ne suis pas. Sur le tard, après un petit encas bien gras, comme seule Gina sait les préparer, je m’esquive malhonnêtement comme d’habitude, prétextant je ne sais quel rendez-vous matinal. Je pousse ma porte. Je n’entends plus de bruit au-dessus. Je file dans ma bibliothèque et je m’arrête au seuil, gêné. Nathalie s’était installé un matelas et elle venait se s’étendre un peu trop déshabillée. Elle bafouille des excuses, j’en bafouille également pendant qu’elle se couvre d’un drap. Je referme la porte plus que troublé et m’en vais au salon. Je m’assois lourdement face à l’écran de télévision éteint et je ne pense plus à rien. En fait j’ai la tête comme une citrouille, ça change du fromage. Elle est gonflée d’un juteux désir que je tente de refouler dans les ténèbres de l’inconscient. Remis du choc des images, je vais me débarbouiller sous la douche et me couche encore tout tourneboulé. Ce n’est plus de ton âge, me dis-je en boucle, histoire de m’ôter des méninges une possible histoire de peau, d’odeur et de saveur. Je ne m’endors pas. Les yeux bien ouverts j’imagine de fracassants ébats. Ce n’est plus de ton âge ! et je me tourne sur le côté, encore et encore. Je finis par m’endormir car je ne la sens pas se blottir contre mon dos. C’est bien plus tard qu’un souffle léger me chatouille la nuque, qu’une main fine repose près de mon ventre. Je n’ose plus respirer. Mais les battements de mon cœur résonnent fortement, c’est un coup à faire l’infarctus. Je me dis que je rêve, et ils se calment un peu. Est-ce qu’on peut rêver à ce point ? Au point de réellement sentir la caresse d’une joue, d’un menton, de baisers, de la main sur le torse qui va qui vient, d’une jambe fine qui se frotte sur la sienne, de la chaleur d’un ventre doux qui s’appuie sur vos fesses ? C’est impossible, me dis-je réaliste, mais je me retourne brutalement comme pour chasser cette illusion. Elle soupire.

 

-          Nathalie ?

 

-          Oui, répond-elle d’une petite voix sensuelle.

 

-          Que faites-vous là ?

 

-          A votre avis ?

 

    Elle tend ses petits bras et attire mon visage tout près du sien, trop près. Je résiste parce qu’un semblant de moralité me taquine l’esprit et que je me dis que c’est inconvenant, ce n’est plus de mon âge ! Mais ses lèvres me brûlent. Ce n’est plus que deux corps qui s’unissent comme tant de corps savent s’unir toutes les nanosecondes sur cette planète, sauf que… sauf que… sauf que c’est elle et que c’est moi. Alors là, je sais, je plagie Montaigne, mais pourquoi se priver des bons mots d’un génie surtout quand il correspond à ce qu’on ressent si fort.


 
 
par polly publié dans : le tout et le rien. communauté : Nouvelles d'ici et d'ailleurs
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Dimanche 27 janvier 2008

Demi-pause,
je me repose,
enfin pas tout à fait...
mais j'ai besoin de prendre un peu le large.


Promis je continue mes visites chez vous, quant à la petite fabrique d'écriture je reste avec Aza et Camomille.

Pour ne pas laisser dormir le blog, je viendrai poser un nouveau texte par quinzaine, et sortirai de temps à autre un récit de mes tiroirs.



Aujourd'hui, je dépoussière Clara.
Bonne lecture.

Jeu d’écriture : le portrait de Clara proposé par Madam' Aga.



          Elle avait vingt ans à peine et des cheveux bruns qui dansaient sur son dos. Elle avait vingt ans à peine et aimait. En cette époque troublée, elle l’avait suivi jusqu’ici. Il était jeune, beau, bien cintré dans son uniforme vert de gris. Dans ses bras, elle paraissait comme un moineau, petite, mince, les attaches si fines qu’il avait peur de les briser.             
          Elle l’avait suivi, servait dans un café du coin les repas de midi et l’attendait le soir dans ce petit meublé qu’ils s’étaient trouvé.
         Elle avait vingt ans, le vert de ses prunelles pétillait de bonheur. Ils voulaient se marier, mais l’administration allemande avait d’autres soucis, les blindés franco-américains remontaient de Provence, il fallait déguerpir.
          Elle le serra contre elle une dernière fois, son petit corps fragile se détacha, douloureux. Il rejoignit le wagon de son régiment. Seule sur ce banc de quai, les yeux mouillés, elle ne les vit pas arriver : deux molosses noirs, le béret agressif, l’arme au poing, un brassard FFI enserrant leur bras. Ils se saisirent d’elle et l’embarquèrent sans ménagement. Elle se retrouva dans le noir d’une cellule improvisée. Elle ne pleura pas, trop figée par sa peur.

        Un bruit de pas, des voix, le cri d’une femme que l’on jette près d’elle, la serrure que l’on referme et une crinière rousse en colère qui incendie l’espace.

      Elle se cala dans l’encoignure, écoutant les propos injurieux et grossiers de sa compagne d’infortune. Celle-ci ne l’ayant pas encore aperçue, elle pouvait observer la jambe fine sur les talons aiguilles, le décolleté généreux du corsage et la taille si serrée dans la grosse ceinture qu’elle se demanda comment cette fille avait encore de l’air pour hurler. Elle cessa soudain de cogner la lourde porte et découvrit le visage terrifié du petit corps recroquevillé sur la paillasse.

-          Ben, j’suis pas seule on dirait. T’es là depuis longtemps ?

Incapable de prononcer un mot, elle se tassa un peu plus. La Rousse partit d’un grand éclat de rire.

-          T’en fais pas ma minette, je vais pas te manger. D’abord on est dans la même galère, alors on ferait mieux de se présenter, c’est plus courtois pas vrai ?

Elle s’approcha d’elle, la main tendue.

-          J’ m’appelle Colette, et toi ?

-          Clara, répondit-elle d’une voix presque inaudible.

-          Pas possible ? Tu t’appelles vraiment Clara ?

Elle hocha la tête.

-          Parce que moi Colette c’est mon nom de… enfin pas mon vrai nom si tu vois ce que je veux dire.

Clara fit signe que non.

-          C’est mon nom de métier.

-          Tu es chanteuse ?

-         Ben dis donc mon poussin, t’en as mis du temps pour faire une phrase. Faut pas être effrayée comme ça. Ils nous relâcheront bientôt.

-          Que vont-ils nous faire ?

-          Pourquoi t’es là toi ?

-          Je ne sais pas. Et toi ?

-      Je fricotais avec les boches. Mais c’est mon métier ma cocotte. Allemands, Français, Italiens… on s’en fout un peu sur mon trottoir.

            Clara la regarda avec surprise, elle n’avait jamais fréquenté ce genre de dames et se trouvait un peu dépourvue. Pourtant elle se détendait parce que cette fausse Colette la maternait bien qu’elle ne fût pas plus âgée qu’elle. Ainsi apprit-elle qu’elle se prénommait comme elle. Elles se trouvèrent encore des points communs, la manière de faire cuire les pâtes, des chansons qu’elles aimaient, des préférences, des répulsions, les parfums de leur enfance.     

        Un cliquetis de serrure, des képis apparaissent. Six.
     
        Elles sortirent au grand jour, devant un foule hurlante.
        Clara frissonnait malgré la chaleur, elle regardait ces yeux haineux qui la laminaient toute entière, qui salissaient son cœur, son corps. Colette la serra contre elle, et elles avancèrent à pas incertains là où les conduisaient les gendarmes. Ils les protégeaient de leur mieux, repoussant de leurs bras cette hargne violente. Des femmes brandissaient des poings vengeurs, des hommes crachaient sur leur passage. Une plateforme était dressée sur la place de l’hôtel de ville, on les fit monter. Deux chaises les attendaient, on les attacha. Clara était livide, elle entendait à moitié les propos de Colette, mi-rageuse, mi-moqueuse, mais elle savait bien qu’elle était tout aussi effondrée. Quand les ciseaux firent tomber sa longue chevelure brune, les hurlements de joie des enfants, des femmes, des vieillards, de tout ce peuple de France qu’on croyait grand, la torturèrent bien plus que la perte de ses boucles. Elle se redressa dignement quand la tondeuse attaqua le crâne. Colette à ses côtés se taisait maintenant, des larmes coulaient sur son visage fardé. Les gens criaient leur victoire mais dans son petit cœur de moineau, elle se souvint de Franz, son beau regard d’amour, ses tendres caresses et ses baisers ardents. Sur cet échafaud de bois plus rien ne l’atteignait. Dans ses prunelles vertes s’agitaient déjà les forêts de Bavière.

 
par mpolly publié dans : Jeux d'écriture communauté : Nouvelles d'ici et d'ailleurs
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Jeudi 24 janvier 2008
 
Pour la petite fabrique d'écriture, un mot répété.



Chagrin,
tu vas, tu viens.
Chagrin du matin sur des mots effacés

L’océan impuissant à taire le chagrin,

la tête immergée.

Le pont bleu où ne roule plus la Ford défoncée

et le baiser salé oublié.
Chagrin
tu viens

installé dans les pages inoccupées

mes yeux aveuglés.
Chagrin du soir et du matin
de la journée.
 

Chagrin malin qui cherche à oublier

l’enfant silencieuse qui lisait dans la guerre

et les balles dorées fichées dans l’enfer.

 

Chagrin mêlé au silence fragile

d’une aile malhabile

qui ombre l’oeil cerné de bleu

sans flamme, sans feu
Chagrin nu plein de rêves
et qui sans trêve
engloutit les mots volés,
les mots cachés.

La musique au bord des lèvres

et la voix chaude crève
les bulles de chagrin.
 

Sur le fil des envies, des lambeaux

comme de la chair en morceaux
qui ne sauraient plus dire
qu’il ne faudrait plus dire

les grands cœurs, les sourires

et les mains
sans chagrin.
 
 
 
 
par polly publié dans : vous avez dit poésie? communauté : La Petite Fabrique d' Ecriture
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Jeudi 24 janvier 2008



Pour les impromptus, le thème de la semaine: la fragrance des mots.
Comme Rimbaud avait donné des couleurs aux voyelles, on pouvait s'en sinspirer pour leur donner des odeurs.

Aspergez-vous de votre parfum préféré, mes voyelles sont nauséabondes.



A
d’épicéa, abri odorant sur un flot gras de mousse qui écoeure les cœurs égarés sous les piques, senteurs fades moisies d’humidité chagrine d’un malheur qui se cache.
 
E

enflé d’églantiers qui entêtent de senteurs le printemps de ceux qui n’ont d’aromes  que le béton armé, et de floraison le massif imposant au rond-point d’un quartier empli de ses pétales.

 
I

de l’if inodore qui orne le cimetière où s’invitent aussi des fleurs artificielles, des plaques de regrets et des fientes d’oiseaux sur les dalles glaciales de marbre zébré de gris.

 
O

comme l’eau du canal emboucanée d’un marché qui flétrit son cours de poissons, de fruits, de viande qui pourrissent, et de poches en plastique quand surgit au détour le noyé de la veille.

 
U

tel la vasque nauséeuse d’un matin de colère quand la nuit fut d’enfer, les mots vomis empuantis d’amer, les coups trop vigoureux, le sang âcre sur l’émail et la mort juste au bout.




par polly publié dans : vous avez dit poésie? communauté : Nouvelles d'ici et d'ailleurs
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Mardi 22 janvier 2008



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La petite fabrique d’écriture.

 
 

Azalaïs, Camomille et Polly vous invitent à participer à la petite fabrique d’écriture.

  

Passeuse de mots, tisseuse de liens, elle vous propose des jeux d’écriture sans prétention tous les quinze jours, sans inscription obligatoire, selon l’envie, selon l’humeur et l’inspiration.

 

Rendez-vous sur le blog, le premier jeu est lancé.

 

Bienvenus à tous ceux qui aiment s’amuser avec les mots.


par polly publié dans : le tout et le rien. communauté : La Petite Fabrique d' Ecriture
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Dimanche 20 janvier 2008

Inspirée par le tableau de Joëlle


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Pour les impromptus,
insérer 7 mots en vrac: abécédaire, enveloppe, kiwi, lendemain, poupée, retard, toit.




Un orchestre, sur une estrade, abrité par un petit toit de toile, accompagne quelques pas qui bredouillent sur ce plancher, posé au milieu du champ tout près du restaurant.

 

Le soleil darde ses rayons chauds de fin de printemps sur les grands parasols blancs qui protègent les tables.

 

Un repas : des cris d’enfants, des ritournelles, des rires. Des plats vides, des coupes de fruits, pêches, abricots, kiwis, ananas teintent la table de vivacité.

 

Une centaine de convives s’égaient autour du vieux couple de 75 ans. L’homme, grand, osseux, à demi chauve est taciturne comme à son habitude, il parle peu mais tend l’oreille, attentif aux propos des uns et des autres, il hoche la tête de temps en temps, et un sourire léger, discret montre son contentement. La femme est un peu rouge d’avoir bu ce verre de trop, à moins que ce ne soit de joie : avoir à ses côtés, enfants, petits-enfants et trois nouveaux nés de la génération suivante.

 

Toutes ces couleurs courent dans le champ de fleurs, autour de la tablée, sur la piste de danse où quelque jeunesse s’épanouit en contorsions, déhanchements et diverses acrobaties.

 

Ce n’est pas tous les jours que des noces d’or se fêtent. Un homme de blanc vêtu, très droit, très digne, s’approche de la grand-mère et lui demande si comme au bon vieux temps elle lui offrait un tango, sinon deux. Elle se tourne vers son époux qui opine du chef, sans rien ajouter.

 

Et les voilà qui doucement retrouvent le pas qui tangue mais se trompe un peu, un pas de retard, ou un de travers, ils rient. Peu à peu sa robe rouge voltige de plus en plus précisément, le monsieur blanc l’enveloppe de son bras ferme et la serre de plus en plus près. Tango lent, tango doux, l’essai est concluant. On applaudit. L’accordéoniste au large sourire entame une deuxième morceau, ils se regardent un instant, hésitant, et sous les encouragements des convives se laissent entraîner par un rythme plus joyeux. Et tournent et tournent sur la piste, la robe rouge, le costume blanc. Les enfants ébahis regardent leur maman comme si elle avait vingt ans. Un troisième, puis un suivant plus langoureux, plus déroutant. Une jeune femme, assise aux côtés d’une fidèle amie de grand-mère demande, inquiète, si elle va résister longtemps.

 

-          Louise était une danseuse hors pair, dit la femme âgée, elle en a gagné des concours avec Dédé. On pensait tous qu’elle l’épouserait. Puis non, tu vois, elle a rencontré son Flavien et lui sa Rosine. Je crois qu’elle n’a plus jamais dansé. Ton grand-père n’aimait guère les bals.

 

-          C’est incroyable ! Pour moi mamy, ce sont les broderies, les tricots, les abécédaires, les poupées de chiffon. Jamais je n’aurais pensé un jour la voir danser.

 

Et pendant que le couple tournoie gaîment sur la piste, le visage du grand-père prend une teinte couleur olive. Il se lève pesamment, les mains appuyées sur le bord de la table et s’effondre. Heureusement, un de ses jeunes petits-fils le voit à temps pour l’empêcher de se cogner trop fort la tête. On alerte son monde, ce n’est rien, un coup de chaud. Les danseurs ont cessé leur tango, la grand-mère, tout inquiète près de son homme,  propose de rentrer.

 

Le lendemain, si le grand-père est fort alerte, la grand-mère trempe les pieds dans une bassine d’eau salée. Il se moque un peu d’elle, de ses chevilles enflées, et de son don Juan d’antan. Elle sourit, les yeux pleins d’un langoureux tango.


par mpolly publié dans : nouvelles communauté : Nouvelles d'ici et d'ailleurs
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Décider follement d’éditer sur le Net quelques nouvelles et autres fantaisies est à la fois constructif et dénudant. Dénudant parce que nos fragilités, nos travers, nos tics et nos tocs s’exposent sans vergogne. Constructif parce que les mots plus ou moins bien enchevêtrés deviennent notre château en Espagne, notre moulin à vent, notre petite maison dans la prairie… L’écriture est mon petit fort dans le sable, l’écume qui en efface les traces, un éphémère dans la lumière d’un soleil voilé. Ce n’est pas ma vie, ce n’est pas la vie mais elle donne l’élan ou le recueillement qui manquent dans le tourbillon d’un monde qui ne tourne pas très rond.

 

Et que vogue le blog.



 




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