Vendredi 26 juin 2009


Ainsi marchait l'homme, lentement.


Il parlait aux feuilles humides, aux herbes luisantes, à la racine d'un hêtre malingre qui traversait le chemin, aux fleurs qui trouvaient encore la force de donner des couleurs aux songes. Il respirait fort, comme si la pente pourtant douce l'obligeait à s'écouter ahaner, tel l'âne chargé qui l'avait dépassé tout à l'heure, solitaire et sûr de son destin, rejoignant les hauteurs où quelque refuge l'attendait.


Il avançait dans ces paysages humides, de lourds feuillages ombraient le sentier, il grimpait l'escarpement, l'effort essoufflait le corps suant.


Il emmenait dans ses pensées les haillons du passé et ne se souciait pas du bout du chemin, le suivaient des oreilles  de chèvres, vaches, cochons, jusqu'aux éléphants tristes, jusqu'aux tigres sans forêt, jusqu'aux antilopes sans savane, jusqu'aux papillons, fourmis, abeilles, jusqu'aux insignifiants qui cherchaient encore une terre possible.


Son bâton claqua sur la pierre usée et glissa, déséquilibrant cet empressement qui le guidait.


Il les sentait presque derrière lui  mâchonner quelquefois une herbe sèche ou un fruit trop mûr, il les sentait alourdis d'une vie qui ne dit plus la vie.


Quand il se retourna, ses yeux étaient peuplés de tous ces mondes de la terre qui ondulaient sans fin.

 


Ainsi marchait l'homme qui se demandait pourquoi il marchait tant.


Etait-ce pour être dévoré dès l'enfance par la poussière du temps ?

Ainsi que l'agneau, ainsi que le veau, ainsi que le porcelet soumis à l'avide  besoin des uns, ainsi que le nourrisson à peine sorti du ventre que l'on vend déjà sur le marché des plaisirs.


Nul besoin de chercher l'enfer ailleurs, c'est pourquoi il marchait pour ne plus entendre l'orgiaque gloutonnement.

Nul besoin d'atteindre le paradis, il était dans cette marche même, la seconde pleine de ces souffles vibrants.


Il quittait le béton aride des villes, il  quittait les quatre murs d'une maison de pierres où ne vibrait plus aucun rire, il quittait la peau convenue de celui dont les contours étaient dessinés dans un social étroit et sans rêve. Il quittait la fontaine sèche, le pré caillouteux, la terre rouge d'avoir été tant retournée. Il quittait sa propre stagnation.

Il marchait pour se permettre l'espoir, pour abandonner le dessèchement de ses rêves, pour raviver des couleurs, c'était un pas après l'autre se donner de la force pour exister encore, et respirer différemment.


En rêvant à tous ces innocents  emprisonnés dans les formats d'un imaginaire humain qui en a fait des sacrifiés, il marchait et un sourire vint éclairer son visage.



 

 

à suivre sans doute...

mais je ne sais pas quand, ni où, ni comment, ni pourquoi.

Je vais  le laisser marcher encore, on verra bien.


 


Par polly - Publié dans : nouvelles - Communauté : Nouvelles d'ici et d'ailleurs
Ecrire un commentaire - Voir les 20 commentaires - Recommander
Mercredi 17 juin 2009


 

toiles de Joëlle, cheval de feu.

 

 

 

Mes pas m'emportent entre des falaises dont je ne connais pas le nom. Ils tracent des trajectoires sur des crêtes dont j'ignore l'altitude. Dans le ciel d'un bleu profond  mes pensées s'égarent au rythme d'une musique interne dont je n'écrirai jamais une note.

Je retranche un à un les oripeaux qui couvraient ce corps fragile, les attitudes convenues, les gestes attendus, les codes avérés, je file dans mes contrées bleues.


Parfois je suis cheval blanc, et dans ma crinière au vent s'emmêlent les chants lointains des savanes quand il existait encore des possibles à la cavalcade libre, dans mes yeux de velours s'irise le bleu d'un rêve profond qui vient du secret de toutes les mers, dans mes muscles  tendus tremblent des courses folles  vers l'espace infini qui ne connaît de limite que ma prochaine fin.


Parfois je te croise, toi, le voyageur.

Tu m'accompagnes un moment dans la palette de cyans lumineux, je t'accompagne un moment dans les silences blancs ou les contes de passeur.

Tu me dis tes routes ocres ou brunes ou roses, je partage mes sentiers d'ancolies, de bleuets, de cardoncelles, tu verses quelquefois la larme que je recueille, tu reçois aussi la larme que je donne, tu ris de mes joies, je me réjouis de tes sourires.


Parfois je suis perdue dans un grand tourbillon qui m'enroule d'outremer et je tangue d'une danse à l'autre, d'un ciel à l'autre, d'une mer à l'autre, sur le bord de mon corps éclatent mille étincelles toutes pareilles à de joyeuses libellules et je ne sais toujours pas pourquoi j'ondule dans tout cet azur.


Parfois je ne suis plus que ce bleu, tout ce bleu, vaste étendue calme dont l'horizon n'a pas de ligne, ni lune, ni soleil, ni étoiles, ni voiles.

Je suis ce  bleu, seulement lui et la pensée même n'existe plus, ni l'émotion, ni la raison.

Je suis un bleu sans âme sur une nuée blanche.

 

 

 

 

 

Je n'ai pas l'habitude de faire de la pub pour qui que ce soit,

mais allez vite ici.

Un vrai régal.

Si ça vous a plu vous pouvez voter: Ici


 

Par polly - Publié dans : vous avez dit poésie? - Communauté : La Petite Fabrique d' Ecriture
Ecrire un commentaire - Voir les 34 commentaires - Recommander
Dimanche 7 juin 2009

Pour la petite fabrique d'écriture le thème de la quinzaine: devinette.




- Il n'est pas là.

- C'est un absent ?

- Parfois, mais parfois on ne l'oublie pas pour éviter les hurlements.

- Il empêche les larmes ?

- Il calme doucement les nuits fragiles.

- Il est donc utile à la nuit ?

- Pas seulement, le besoin de le tenir, c'est garder près de soi un familier trésor qui pallie le départ.

- On revient à l'absence.

- Pas forcément car il console aussi même si tout son monde est là.

- C'est un objet alors ?

- Un objet pour les autres, il est bien plus pour celui à qui il appartient.

- Est-il en tissu ?

- Pas toujours.

- En couleur ?

- Certains sont ternes, d'autres bariolés.

- De quelle taille ?

- Généralement pas très gros, il se transporte très facilement.

- Il est souple ? rigide ?

- On peut souvent le tordre dans tous les sens.

- Il se lave ?

- On ne peut le laver sans drame, il transporte des odeurs très variées qui vont du parfum d'une femme au pipi du chaton.

- Je donne ma langue à ce chat.

- C'est un pala ?

- Un pala ?

- C'est ainsi que l'enfant le réclame à force de s'entendre dire qu'il n'est pas là.






Par polly - Publié dans : Jeux d'écriture - Communauté : La Petite Fabrique d' Ecriture
Ecrire un commentaire - Voir les 22 commentaires - Recommander
Lundi 1 juin 2009


 

Sur ma chair de nuit un baiser s'est posé

Rêve d'écume sur le  bord de mes cils

Il avait la senteur des sentiers vagabonds

Une fleur étoilée me caressait l'échine


Et puis s'est envolé aux frimas du matin

Ailes ondulantes sous l'infiniment vide

Dépeuplant ma peau et ma chair orpheline

S'étire obstinément dans le froissé des draps.


Elle a soif.

 

 

 

 

 


Par polly - Publié dans : vous avez dit poésie? - Communauté : La Petite Fabrique d' Ecriture
Ecrire un commentaire - Voir les 12 commentaires - Recommander
Lundi 25 mai 2009


L'homme ivre se mit à rire. Il était seul sur la berge, les jambes pendantes au-dessus du fleuve et la bouteille à la main. La brume peu à peu s'installait, estompant les contours du pont. De rares passants se figeaient quand ils avaient la curiosité de l'observer, puis s'enfuyaient animés par quelque peur. Pourtant l'un d'eux descendit jusqu'à lui et s'assit à ses côtés. Il était bien habillé, et si la cravate était défaite, la soie de la chemise, le lin de la veste, le pli impeccable du pantalon prouvaient qu'il n'habitait pas le même quartier, ni ne fréquentait les mêmes boutiques. Il était suivi d'un chat roux qui s'installa sur ses genoux, ronronnant à ses caresses. L'ivrogne fit comme si rien n'était, juste un regard de côté, et il porta le goulot à la bouche pour une lampée rassurante. « Je m'appelle Etienne » dit l'homme cravaté. Un grognement peu engageant fut sa réponse. Alors il poursuivit seul la conversation, pendant que la bouteille se vidait de plus en plus rapidement.


- Je la connais par cœur ta vie. Une enfance échouée entre des vieux qui ne savaient même plus pourquoi ils s'étaient aimés, une scolarité cahin-caha, un job minable, puis une femme et des gosses et la télé. Peu à peu s'installe le doute, on ne sait plus trop ce qu'on veut, pire on ne sait même pas si on veut encore quelque chose. Alors on plonge. D'abord un peu. Au début on s'aperçoit de rien, ça vient comme ça au café du coin parce qu'on est mieux là qu'ailleurs, et tous les soirs après le boulot on prolonge. 


Il le regarda, aucune réaction du côté de l'ivrogne, juste le bras qui se levait jusqu'aux lèvres, mais un bras qui tremblait trop, qui visait mal, et le menton qui dégoulinait de vinasse. Le visage impassible, gratouillant le doux cou de son chat, il contempla le fleuve dont l'eau noire disparaissait sous les embruns froids.


- Tu es là, puant, tremblant, et tu te demandes si tu vas le faire ce saut dans la merde. Rien ne te retient plus, l'enfer tu l'as vécu jusqu'à la lie. Ton enfer personnel ne vaut même plus la peine d'un souffle, pourtant tu t'es accroché, mais tu t'es accroché au mauvais comptoir surtout après son départ avec les mômes. Pourtant qu'est-ce qu'ils t'emmerdaient avec leurs braillements, tu ne les voyais plus, pour toi ils étaient devenus d'étranges hurlements que tu tentais de diluer dans tes verres successifs. Ton patron ne t'a plus voulu non plus, tu n'avais plus rien, tu ne valais plus rien. Une épave.


L'ivrogne ramena ses jambes sur le dur de la pierre, se tortillant tant bien que mal il arriva à se relever, puis tituba et dut s'asseoir à nouveau. Etienne, un sourire tranquille aux lèvres, observait ses efforts.


- Le monde te paraît soudain intéressant ? Je vois que tu renonces. Pourtant tu avais tes chances ce soir. Le froid, la brume. Personne ne t'aurait vu, tu pouvais mourir tranquille.

- Pauvre con ! qu'est que t'en sais de ce que je suis !  articula la voix pâteuse.

L'ivrogne qui enfin était debout, dominait de toute sa stature épaisse l'homme tranquillement assis qui caressait son chat.

- J'en sais suffisamment sur toi pour te donner plus de détails encore. On se croit seul à souffrir. C'est vrai qu'on est seul, mais on se ressemble tous. Tous les mêmes vies, les mêmes combines pour échapper à la peur. Tu es des centaines, et il y en a trop comme toi pour gaspiller l'oxygène.

- Mais qu'est-ce que tu racontes ? Et puis t'es qui d'abord ?

- Je suis un nettoyeur. Je nettoie les épaves de la nuit. Je suis payé pour ça.


Le lendemain matin, le temps était clair sur le fleuve, les rives s'agitaient des mille bruits qui réveillent la ville. Un marinier alerta les secours, il venait de repêcher un cadavre de sexe masculin, la trentaine, habillé de soie et de lin.

Un chat roux miaulait sur la berge.


Par polly - Publié dans : nouvelles - Communauté : Nouvelles d'ici et d'ailleurs
Ecrire un commentaire - Voir les 20 commentaires - Recommander
Mercredi 20 mai 2009

 


recette pour la petite fabrique d'écriture.

 

Tourbillonnez dans les prés

Traversez les champs de blé

Cueillez romarin ou laurier

Thym  sauge ou sorbier

Faites un bouquet étonnant

De tous vos sentiments

Parsemez-les à tous vents

Salez poivrez tous vos instants

Ecumez les sentiers de saveurs

Epicez vos sourires votre cœur

Touillez quelquefois l'horizon

Ajoutez une pincée de frissons

Juste une larme de désêtre

Versez le tout dans votre lettre

Parfumez aux senteurs adorés

Et décorez de doux baisers

Enfournez dans la cuisante absence

Pendant que gonfle en silence

Le désir aiguisé de l'attente

Qui ne saurait être lente

Si vous savez qu'à son retour

Vous goûterez tout son amour

 

 

 

Comme cette recette est un peu douce, je me propose un rendez-vous chez eux,
car ajouter un peu de rire ne nuit jamais à l'absence.


 

 


 


Par polly - Publié dans : Jeux d'écriture - Communauté : La Petite Fabrique d' Ecriture
Ecrire un commentaire - Voir les 21 commentaires - Recommander
Jeudi 14 mai 2009


Cet été là, elle est à Arles avec deux amis pour les rencontres photographiques. A l'espace Van Gogh, la première série des invités de Depardon, est de Robert Adams. Des visages, des voitures, des gens dans la rue, au quotidien de la menace nucléaire (années 80 à Denver). Ces photographies ne l'accroche pas. En tous cas Elle ne ressent guère d'émotions à visionner ces passants inconscients de l'imminente catastrophe... A quelques pas, d'autres américains: Ansel Adams, Walker Evans, Edward Weston... Et là, fascination pour les six ou sept photographies de Ansel Adams. Comment expliquer ces noirs si noirs et ces blancs si blancs qui propulsent malgré la netteté de chaque élément, dans le mystère total. Sa préférence va sans doute à l'ombre du photographe avec sa chambre noire sur sa droite, qui danse devant la beauté. Regardez, dit-elle, regardez cette terre, comme elle nous parle. Et elle regarde ce décor noir zébré de blanc, ce discours en langues anciennes qui l'atteint au front. Magnifique. Pour tous trois. Leurs yeux se croisent, la même émotion les perle.


Plus loin, Walker Evans, plus prosaïque, peut-être, mais tout aussi fascinant dans sa manière de saisir le passant qui court et qui dans sa course s'élève si haut du sol, heureux de faire voler son costume blanc ; de saisir la voiture rutilante, miroir des actifs importants, ou l'enchevêtrement de publicités qui se tissent comme une toile de cubiste. Est-ce lui qui cadra dans Manhattan ces hommes pressés qui forment un triangle parfait par leur déplacement et dans ce triangle le lourd silence des indifférents ? Elle ne sait plus, tant de noms se côtoient, tant d'inconnus pour elle...


Elle reste là une bonne heure à admirer. Elle aperçoit les visages fatigués, ahuris, parfois méprisants des passagers des bus, (toujours Evans) et aussi ce nu parfait dans ses courbes si sensuelles et si pudiques (Weston)... Et mécaniquement elle revient vers Adams, et reste là comme collée au sol. Il faut partir pourtant, d'autres lieux sont ouverts.

Ils atteignent le cloître Saint-Trophime.

Et Joseph Koudelka.

Une trentaine de photos sur La Camargue. Un idéogramme d'eau sur le sel, un poème. Des poèmes à géométrie variable. Eric dit qu'il préfère ses photos sur les tziganes, ou sur Rome. Elle ne connait pas. Celles-ci la touchent. Peut-être ce paysage de sable, de sel et d'eau, peut-être ce cadrage étroit, horizontal ou vertical, peut-être simplement la lumière ou encore cette sensibilité à fleur de peau, à fleur d'eau. Elle ne cherche pas à comprendre. Ce qu'elle éprouve lui appartient. Un instant d'intimité étroite avec ces formes grises qui naviguent dans son inconscient affectif. Moment dense et frêle à la fois, instants fragiles qui disent l'immensité océane.


Le lendemain, c'est le départ vers le Salin de Giraud, arrêt au café des sport, ses tables de bois, son coin pour joueurs avec ses tapis verts et ses « fadas » qui se disputent comme dans Pagnol, et ses cigales qui discutent dans les feuillages au-dessus de leurs têtes. Ambiance joviale.


La route vers la mer, les salins, le décor de Joseph Koudelka.

La plage occupée par des centaines de caravanes, et le rivage, la mer étale.

Et chaude.

Ils sont, sous un soleil de plomb, très vite immergés.


Intensité du plaisir, moment indescriptible car c'est du pur bonheur. Elle ne se souvient pas d'avoir autant apprécié un bain de mer. Tous trois plongent, nagent, discutent, rient, et jouissent de la caresse marine. Le soleil leur fait la fête et l'eau les aime. Et ils l'aiment. Et cet instant devient éternité puis devient seconde dès qu'ils la quittent. Et le temps les rappelle au temps qui passe.  Ils partent.


Ils s'arrêtent pour un pique-nique à l'ombre de l'abbaye de Montmajour. Un lapin de garenne, tout petit, tout chétif, cherche l'ombre et peut-être la compagnie pour ses derniers jours. Il est malade.


Ils visitent ensuite la cathédrale de l'image aux Baux de Provence. Les lumières Cézanne les éblouissent. Un savant jeu de projections les propulse au cœur des paysages du peintre. Sur les murs, des détails grossis des œuvres, et des déroulements de tableaux qui n'en font plus qu'un, et des fondus de toiles et des couleurs, des couleurs, des couleurs. Ainsi passent-ils des portraits, aux fleurs, aux dessins, aux maisons, aux « Ste Victoire », aux natures mortes. Ils sont alors dans les pommes, concrètement, car des pommes les cernent de toutes parts, de belles et gigantesques pommes rouges. leurs yeux s'usent sur ces couleurs. Quand ils reprennent la voiture, les prunelles sont pleines de cette magie.


Et le retour bientôt. Les kilomètres les éloignent peu à peu de ces merveilleuses journées. Ils décident cependant de se baigner encore au lac pour prolonger le bonheur. Elle plonge la première, imitant son fils qu'elle vient de retrouver. Son amie la rejoint et les voilà défatiguées du voyage.


Dans les derniers instants, les deux amis  sont installés à l'arrière du véhicule pendant que son enfant reste à ses côtés, car elle conduit. Elle regarde dans le rétroviseur. Elle cadre le sourire des yeux de l'un d'eux à sa droite, son sourire lui répond. Elle cadre à gauche le sourire des yeux de l'autre, et le jeu des yeux se poursuit jusqu'à la fin. C'est la dernière photographie, celle qui ne sera jamais imprimée que dans leurs têtes. Des yeux pleins de souvenirs émus, pleins de beauté et d'amitié. Des yeux complices, émerveillés.

 

 

 




 

Par polly - Publié dans : le tout et le rien. - Communauté : La Petite Fabrique d' Ecriture
Ecrire un commentaire - Voir les 11 commentaires - Recommander
Mardi 5 mai 2009

Pour la petite fabrique d'écriture, le thème de la quinzaine: cette dame à la terrasse (photo prêtée par Azalaïs).




 


- Brûlante j't'dis !

- J'y crois pas !

- Brûlante.

- Elle est coincée avec son verre. Une bourge !

- Ouais, ça en a pas l'air comme ça, sous le bronze, mais brûlante, j'te dis.

- C'est pourtant pas ton genre, tu aimes plutôt les rondeurs.

- Ouais, mais cette rencontre, j'te raconte pas ! ça rien à voir avec le reste. Un volcan celle-là !

- Mais où tu l'as trouvée ?

- Elle est venue chez moi.

- Comme ça sans prévenir ?

- Ben ouais ! j'commence à m'faire une réputation dans le quartier.

- Et t'as accepté ?

- Elle payait bien !

- J'en reviens pas ! Elle est raide comme une pique, et ce tailleur pas un pli ! C'est pas ce que t'as réussi de mieux.

- Ah ! bon ! t'aimes pas ?

- Bien trop rigide pour moi, ça manque de souplesse.

- Ouais, en apparence, j'te dis, en apparence parce que... fiou ! Pire que l'Etna. Surtout quand je l'ai travaillée, l'était encore tiède, pas pu attendre qu'elle refroidisse complètement. T'imagine pas comme j'étais en urgence après la coulée.

- J'ai beau la regarder, j'imagine pas.

- C'est que tu connais pas la technique. Après je l'ai ciselée, lissée, patinée comme on caresse.  J'ai jamais ressenti ça avant. Le bronze c'est quelque chose ! De belles sensations ! Mais c'est un sacré boulot, et pi les détails, hein ? t'as regardé les détails ?

- Un sourire à la..

- Qu'est-ce qu'il a son sourire ?

- Plutôt narquois.

- N'importe quoi ! Regarde les yeux,  regarde comme ils pétillent.

- C'est le champagne.

- C'est de la braise les yeux, de la braise.

- Ah !

- Bon ! Je vois que tu comprends rien. Mais il faut livrer, c'est lourd.

- Livrer ?

- Ben ouais ! Je t'ai pas fait venir pour  tes commentaires, t'auras ton pourboire. Elle paie bien j'te dis. C'est sa commande, on va pas laisser mon chef d'œuvre sur cette terrasse.

 


Par polly - Publié dans : Jeux d'écriture - Communauté : La Petite Fabrique d' Ecriture
Ecrire un commentaire - Voir les 24 commentaires - Recommander
Samedi 25 avril 2009


3)

Chaque année le lycée s'offre un bal. Pour tous : parents, professeurs, administrateurs et élèves. En fait peu d'élèves viennent, c'est pour eux un peu la honte, à l'exception des quelques derniers braves et des filles qui aiment tant se pomponner pour de telles circonstances. Quelle ne fut pas notre surprise de voir la bande de Morsli toute pimpante arriver sobre et aimable dans la salle apprêtée à cet effet. Et quelle ne fut pas notre ébahissement de le voir gentiment ouvrir le bal avec une de ses copines attitrée, une Véronique il me semble, toute rouge d'émoi. Et il dansait bien, ce morse. Très bien. J'en restai coite. Et toute la soirée, il invita de ci de là les demoiselles émoustillée par ce nouveau talent.

C'est bien plus tard qu'il s'approcha de moi et me demanda d'être sa partenaire pour le dernier rock.

- Je vous préviens, c'est un rock sauté !

- Oh ! mais je ne peux pas ! On n'est pas au gymnase !

- C'est vrai que je ne vous ai jamais vue aussi élégante ! Mais on peut essayer même si vous n'êtes pas non plus des plus légères.

- On appelle ça un euphémisme Morsli.

- Un nœud quoi ?

- Eu-phé-misme. Tu n'arriveras pas à me porter.

- Oh ! mais si M'dame ! On parie ?

Oh ! le  sacripant ! C'est ainsi que j'ôtai les talons hauts qui m'auraient gênée et que j'acceptai de relever ce défi. Et à vrai dire je pris infiniment de plaisir à voltiger, car l'animal s'était sans doute musclé pour assumer ces cabrioles fantaisistes, et je supposai que certains se régalaient de voir leur prof se déhancher aussi inconsciemment, jupe volant aux quatre coins, et malgré le regard noir de mon proviseur que je saisis pendant une passe un peu déstabilisante, je poursuivis haletante sur le rythme nerveux. Bien qu'il faillit à plusieurs reprises m'envoyer valser sur des chaises, je me demandai d'ailleurs si ce n'était pas son objectif vengeur, je le félicitai pour ce tournoiement agréable. Il m'avoua qu'il avait assidûment suivi des cours de rock juste pour me montrer de quoi il était capable suite à cette fameuse retenue qui l'avait laissé totalement humilié.

Et l'an prochain, me dit-il, j'apprends le tango.

Il ne me restait plus qu'à envisager de recycler mes cours de littérature en cours de danse. Et peut-être que ce n'était pas une idée aussi farfelue : imaginez les plus beaux vers déclamés sur des musiques actuelles. En tous cas je pouvais me vanter d'avoir  transformé un affreux loulou dégingandé en jeune homme à peu près civilisé.



Tous ceux qui connaissent la délicatesse de Morsli ont bien compris que c'est  un anti-portrait.
Mais une consigne est une consigne, et peut-être bien qu'il aurait aimé être ce garnement .

Bisous bisous Morsli.




et maitenant juste pour le plaisir de vivre...

 

Par polly - Publié dans : parce que c'est lui. - Communauté : La Petite Fabrique d' Ecriture
Ecrire un commentaire - Voir les 25 commentaires - Recommander
Vendredi 24 avril 2009

2)

- Toi, le beau, le ténébreux, le charmeur tu ne sais donc pas danser ?

Il ne faisait plus son malin mon Morsli depuis que tonitruait un rock endiablé.

- Finalement, je veux bien recopier vos cours.

- Oh ! c'est sûr que tu vas les recopier, mais tu le feras chez toi, ici on danse. Allez, hop ! hop ! hop ! en avant. Tu regardes mes pieds, un pas de côté. Non pas si large. Mais non ! en rythme ! Tu n'entends pas la musique ?

- Ah ! c'est de la musique ?

- On valsera à la prochaine retenue. Là tu auras de la grande musique, de la vraie. Pour l'instant je t'accorde une danse où tu ne seras pas trop ridicule.

Il s'efforçait de suivre mes conseils, mais quand il avait la passe juste, le corps était figé, et quand le corps se laissait aller au rythme, les pas s'entrechoquaient, un dur labeur de coordination restait à faire ;  je me demandai comment il pouvait obtenir en sport des résultats aussi brillants alors qu'avec moi il se désarticulait constamment.

Mais de pas en pas, de jeu de jambes en jeu de jambes, de prise en bras en prise en bras, de déhanchement en déhanchement Morsli se transforma au fil de l'heure en apprenti danseur de rock. Je riais doucement de ses efforts et surtout de sa concentration. Je ne l'avais jamais vu si appliqué. Ah ! si Baudelaire pouvait l'animer autant ! Quand il sortit il était complètement liquéfié. J'en profitai pour lui affirmer que désormais les retenues seraient de cet acabit.


Je suppose qu'il n'en parla à personne car depuis ce jour je n'entendis le son de sa voix que pour des questions à peu près pertinentes. Je dirais même que la teigne s'éteignit car s'il me fixait quelquefois avec un regard plein d'agacement ironique, il ne s'amusa plus à distraire l'auditoire. Il n'avait sans doute guère envie de renouveler l'expérience acrobatique. Je voyais bien que ses camarades le regardaient un peu de travers. Certains le chahutaient parfois, d'autres se retournaient encore vers lui dans l'attente d'une de ses blagues mortelles qui avaient fait sa réputation. J'appris cependant qu'il semait encore quelques désordres, mais rien qui ressemblât à son passé de perturbateur patenté. L'année s'écoula dans la plus parfaite tranquillité, en tous cas pour moi, et si ses notes ne s'amélioraient guère il devint un lecteur inattendu. Un soir, à la fin du cours, il vint me parler d'Ulysse, ce roman le remuait me dit-il, et il fut fort déçu que je ne puisse répondre à ses questions, je le confesse honteusement je n'avais pas lu Joyce. Je me promis de le lire au plus vite, mais jusqu'à présent c'est resté vaine promesse. J'évitai soigneusement de l'interroger sur ses lectures, je le soupçonnai fortement de vouloir me mettre encore en défaut.

En fait on en resta là. Etonnant pour un élève qui n'avait pas l'habitude de rester discret.

 


 

 


 

Par polly - Publié dans : parce que c'est lui. - Communauté : La Petite Fabrique d' Ecriture
Ecrire un commentaire - Voir les 14 commentaires - Recommander

juste pour vous...


Sur les conseils de

Quichottine, j'ai créé une page juste pour vous.
Si vous n'avez pas le temps, ou que le billet ne vous intéresse pas, ou que vous n'avez pas envie pour l'instant, vous avez peut-être quelque chose à me murmurer...
c'est
ici.

intro


Décider follement d’éditer sur le Net quelques nouvelles et autres fantaisies est à la fois constructif et dénudant. Dénudant parce que nos fragilités, nos travers, nos tics et nos tocs s’exposent sans vergogne. Constructif parce que les mots plus ou moins bien enchevêtrés deviennent notre château en Espagne, notre moulin à vent, notre petite maison dans la prairie… L’écriture est mon petit fort dans le sable, l’écume qui en efface les traces, un éphémère dans la lumière d’un soleil voilé. Ce n’est pas ma vie, ce n’est pas la vie mais elle donne l’élan ou le recueillement qui manquent dans le tourbillon d’un monde qui ne tourne pas très rond.

 

Et que vogue le blog.


__________________________________________________________________________ 


parce que les méthodes policières pour vos enfants, c'est aussi ça: écoutez....

 
Ceux qui luttent ne sont pas certains de gagner, mais ceux qui ne luttent pas sont déjà sûrs d'avoir perdu.







L'argent-dette
si vous avez une petite heure devant vous et que vous voulez comprendre ce que représente l'argent aujourd'hui, je vous conseille une petite visite sur ce site:
http://vimeo.com/1711304





n'oubliez pas... on a besoin de sang:
dondusang.net/afficherAccueil.do

édition....

Sceau1.gif  0042813




tous les bénéfices sont versés à
 ATD quart monde
 


 
Acheter le cadeau inattendu Je ne veux pas vous tromper sur la
marchandise, vous trouverez toutes les nouvelles éditées sur ce blog, mais vous pouvez préférer la version papier, et dans ce cas vous aidez l'association que j'ai choisie pour cet ouvrage.



le petit dernier: à l'ombre de Wotan.
C'est le scénario 2009.
Les bénéfices iront au CYPIEE, à l'équipe de tournage
pour un peu d'équipement.


Accédez à l'édition en cliquant sur le livre


Acheter A l\'ombre de Wotan

fa si la do ré

dernières empreintes

errance

Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus