Dimanche 24 janvier 2010 7 24 /01 /Jan /2010 08:25
Je pars.

Non, pas très loin.

Je quitte ce blog qui ne m'apporte plus rien, et auquel je n'apporte plus grand chose non plus.

Mais je ne l'efface pas, si certains veulent encore s'y promener, les portes et fenêtres restent ouvertes.

Je sais qu'un jour plus personne n'en franchira le seuil, c'est ainsi, et c'est bien ainsi, les ruines n'attirent que les nostalgiques, et je ne le suis pas, alors j'appuierai sur le bouton, et les traces s'effaceront.

Et ne vous inquiétez pas, je serai de temps à autre dans vos allées.

Pour l'instant, je vous donne les clefs pour quelques-uns de mes textes, si ça vous dit:


Parce que c'est lui.

 le passager des étoiles

Juste posée là.

Elle, à sa fenêtre.


Vous avez dit poésie?

 Interlude matinal.

Mes contrées bleues.


humeurs.

 Le cadeau inattendu.


Jeux d'écriture.

Vous trouvez que c'est la fête dans ce cirque?

 La table.

Si tout va bien.

Clara.

Ma bibliothèque.

Séparation.


brulante.


Nouvelles.

 La marelle.

 Au camp.

Charivari.

L'habituée.

 La mer dentellière.

Ainsi marchait l'homme (1)

On achève bien les taureaux.



et parce que j'adore cette chanson...




Depuis sa création le 28 aoüt 2007,
ce sont 80 369 pages vues
et 27 846 visiteurs.


Grand MERCI  à tous.
Par polly - Publié dans : le tout et le rien. - Communauté : La gazette des blogs
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Mercredi 20 janvier 2010 3 20 /01 /Jan /2010 10:37

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Je suis la pluie et le vent, la lune et le soleil, je tourne dans le feu, l’air et le temps. Ce temps qui fuit entre le fauteuil et la chaise, entre le livre et l’écriture, entre l’estrade et le tableau noir, entre les herbes de mes sentiers aux quatre saisons, entre les bras de mes amours.


Je suis pluie quand l’impuissance m’accable de tristesse face aux ouragans humains qui détruisent partout le plus faible.


Je suis soleil quand rit dans le champ mon compagnon à poils qui hume la vie, ou qu’un chevreuil traverse ou quand dans le regard de celui que j'aime brillent mille pensées qui rendent encore belles les heures.


Je suis vent  et tempête quand l’injustice mord le passant, qu’il soit enfant, vieillard ou veau, volaille, agneau...


Et là, ce matin, je suis lune, moitié pleine, moitié vide, l’humeur vagabonde entre les chants des hommes et les cris étouffés des souffrants.


Mais je suis feu aussi pendant ces instants où j’écris, comme une plume qui, malgré moi, poursuit sur la page ses propres arabesques.


Elles fouettent l’air et filent vers vous.

Par polly - Publié dans : humeurs - Communauté : La Petite Fabrique d' Ecriture
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Vendredi 15 janvier 2010 5 15 /01 /Jan /2010 20:43

"Quelqu’un qui s’est habitué à considérer la vie de n’importe quelle créature vivante comme sans valeur, finit par penser qu’une vie humaine ne vaut rien"

Dr Albert Schweitzer.


 

Elle tapait sur les touches de son clavier rapidement. Son petit visage brun était très concentré. Un homme aux cheveux gris passa près d’elle, ajusta ses lunettes, tenta de lire sur l’écran.

- Tu t’intéresses trop à ces cons, dit-il.

- J’ai envie qu’ils comprennent, tu crois pas que c’est important ?

- Non, il vaut mieux en rire, va ! Ce sont des paumés de la ville qu’ont jamais vu un taureau de près, ni même un mouton, complètement déconnectés de la réalité. Tu vois bien qu’ils connaissent rien à nos traditions.

Il haussa les épaules, et se servit un grand verre de vin. Il se cala dans son fauteuil et observa le dos tendu de la jeune fille, puis appuya sur le bouton de la télécommande de la télévision.

Elle entendit le ronronnement habituel et continua une conversation numérique qui semblait la passionner.

 

Elle entra dans un box, embrassa sur le chanfrein l’étalon qui baissa la tête pour accueillir la jeune fille et la caressa d’un frottement de joue. Elle se munit d’une étrille et longuement brossa la robe baie. Il restait tranquille, de temps à autre il tournait la tête vers elle et poussait un léger hennissement, comme on parle. Elle lui parlait aussi.

Dans d’autres box travaillaient, comme elle, de jeunes gens plus ou moins attentifs, plus ou moins bavards. Quelques rires fusaient parfois, ou quelques moqueries qui perturbaient les moins aguerris. Elle ne prêtait guère attention aux autres, mais elle interpela son voisin.

- Manès va arriver, tu devrais te dépêcher Manu.

- Stella est prête, répondit-il sèchement.

Elle haussa les épaules.

- Tu veux pas y mettre un peu du tien ! On peut plus discuter avec toi.

- Ecoute Mélissa, tu es gentille, mais je préfère me taire, je veux garder ma place encore quelques temps.

- Mais que racontes-tu ! Mon grand-père ne parle pas de te virer !

Il se retourna, mit la bride à la lourde jument noire, et sortit.

A son tour, elle emmena le jeune étalon, le harnacha puis l’attacha en attendant qu’arrivent ceux qui devaient les monter. Elle le laissa là après une tape amicale sur la croupe et s’en retourna finir le nettoyage de son box.

Les hommes arrivèrent.

- Alors Manu ? Comment va-telle ce matin ?

- Nerveuse, comme d’habitude Monsieur Manès, répondit-il maussadement.

L’homme rit, puis monta avec sûreté et adresse sur l’échine sellée. Il caressa le col et d’un pied ferme à l’étrier donna l’ordre du départ. D’autres cavaliers le suivirent.

 

Elle était encore devant l’écran de son ordinateur, entourée de deux garçons, et tous trois riaient.

On sonna, elle cria d’entrer, Manu apparut sur le seuil de la porte.

- Est-ce que ton grand-père est là, Mélissa ?

- Pas encore, assieds-toi, viens te joindre à nous, nous nous amusons beaucoup à lire les idioties qu’on trouve sur certains sites.

L’un des garçons raconta à Manu qu’ils avaient découvert un blog qui racontait n’importe quoi sur les chevaux et la corrida, Mélissa tentait vainement de leur expliquer qu’ils ne connaissaient pas grand-chose à leur boulot.

Manu haussa les épaules. Il n’aimait pas trop lire, alors si on pouvait lui donner les arguments des types qui s’exprimaient.

Mélissa se fit un plaisir de lui lire tout ce qu’elle découvrait.

Il écouta attentivement. Il hochait la tête comme pour approuver les rires qui fusaient, surtout quand Mélissa, traitée de pauvre conne sur un long commentaire, s’appropria de la tournure.

-Tu te rends compte, ils se mettent sur le même plan que les animaux ! Ils ont des problèmes d’estime d’eux-mêmes. Ils font pitié !

Manu haussa les épaules.

- Et ça t’apporte quoi de lire tout ça et de chercher à les contrer, ils veulent pas être convaincus.

- On peut toujours essayer, après tout on aime nos chevaux, pas vrai ?

- Pour sûr, s’exclama un des gars ! Et Manu peut le dire mieux que personne ! Vu qu’il se remet pas qu’on ait emmené  Minerve à l’abattoir.

Mélissa eut comme une tristesse sur le visage, pendant que Manu se cabrait légèrement.

- Il le fallait Manu ! Ce n’est pas la faute de Manès. Le taureau était très vif, le caparaçon n’a pas suffi. On va pas se refaire le film, tu as tout vu comme moi. Et sa blessure… elle aurait pas pu vivre comme ça !

Devant le silence de Manu, elle ajouta que c’était quand même exceptionnel que les chevaux soient touchés dans les corridas, en tous cas c’était le premier qu’elle connaissait, et que regarder les chevaux dans l’arène, c’était une sacrée récompense du travail accompli, surtout montés par Manès qui était absolument magnifique, et qu’il aimait tant Stella et qu’elle le lui rendait bien…

Le grand-père arriva, Manu s’adressa à lui. Ils se retirèrent tous les deux dans une pièce attenante.

 

***

 

- Pourquoi tu m’emmènes ici, papé ?

- Dans quelques années, tu seras le patron. Je négocie un contrat avec cette école pour les poulains.

Ils observèrent de jeunes garçons qui s’entraînaient avec un veau aux cornes aféitées. Le plus âgé présentait la muleta avec beaucoup de vivacité, les autres piquaient l’échine du jeune animal qui hurlait sa douleur en leur courant après. Un professeur surgit devant les enfants. Il les houspilla pour leur mauvaises positions et leur peu d’entrain à ficher fermement leurs piques. Il leur demanda de laisser place à un camarade qui entra dans l’arène. Il avait en main une banderille. Il s’élança vers le veau et planta tranquillement son harpon. Le veau se coucha sur le sable, totalement affaibli et  gémissant.

Mélissa se tourna vers son grand-père et lui demanda si elle pouvait sortir.

- Je t’accompagne, j’en ai assez vu moi aussi. C’est pas ici qu’on va trouver les futurs talents.

Après avoir traité leur affaire, le grand-père se dirigea vers les arènes de la ville.

- Où vas-tu, demanda-t-elle.

- Je dois voir quelqu’un. Tu peux venir si tu veux.

Ils entrèrent dans une cour alors qu’on déchargeait brutalement d’un camion les futurs combattants des arènes.

- Waouh ! dit-elle, ils sont puissants !

- De belles pièces, ajouta le vieil homme.

Elle aperçut Manu, et toute heureuse lui fit signe. Son grand-père la laissa, rejoignant un homme trapu, au front bas. Mélissa écoutait le jeune homme lui expliquer son départ et son nouveau métier.

- Tu comprends, ici, je suis sûr qu’ils vont mourir. Je ne les éduque pas, ils sont programmés pour la boucherie. Je trouve que ça fait moins de peine.

- Oui, bien sûr que je comprends. Mais c’est bizarre ! Un cheval c’est quand même plus sympa que ces gros machins. Et puis c’est comme si t’étais à l’abattoir. Tu supportes ?
- Pour l’instant, je supporte. On verra à la première corrida. Ce sont les 6 premiers dont je vais m’occuper.

Quand Mélissa s’éloigna avec son grand-père, Manu serra les poings, puis cracha.


 ***

 

Les arènes étaient bondées. On entendait l’effervescence joyeuses des aficionados venus avec leurs enfants assister aux 6 mises à mort prévues, et surtout admirer le grand matador Gonzalès qui sévirait aujourd’hui.

Mélissa dans le box à chevaux s’occupait de Tentor, son jeune étalon, c’était sa première fois. Manès lui avait demandé gentiment de le monter car Stella avait la cheville fragile depuis cette chute idiote à l’entraînement. Le cheval était déjà caparaçonné, mais il était inquiet, ce bruit, ce va et vient permanent, ces cris, toute cette folie. Mélissa tentait de le rassurer.

Dans le toril, Manu préparait le premier toro bravo.

Il était coincé dans cette caisse. Deux peones approchèrent portant un sac de sable, il fallait lui casser les reins. Manu les renvoya.

- Je m’en occupe. Personne ne s’approche, c’est moi le responsable.

- T’as fait quoi ?

- Comme d’habitude, la vaseline, les aiguilles, les naseaux bouchés. Tout ce qu’il faut ! Le bout des cornes en résine, du travail soigné ! Ne vous inquiétez pas. C’est mon job ! J’ai fait ce qu’il faut. Maintenant je veux rester seul avec eux.

Il tenta de calmer la puissante énergie qui s’impatientait. Il faisait comme une prière au-dessus de la lourde tête aux cornes intactes. On lui avait demandé quelques jours plus tôt de préparer les bêtes. Il avait opiné, mais n’avait rien fait. Il s’était arrangé pour qu’on ne s’en aperçoive pas. Maintenant il était maître des lieux, il avait dû, avant d’avoir cette responsabilité, agir avec tant de cruauté depuis ses 6 premiers taureaux, que désormais le patron n’avait confiance qu’en lui,  et il pouvait maintenant faire selon son gré.

Plus loin, deux de ses compagnons le regardaient.

- Il fait quoi ? On dirait qu’il prie !

- Laisse-le. Il fait comme il sent. T’en as pas marre parfois?

- T’es con ! Pourquoi ? C’est le plus beau des spectacles, répondit-il étonné.

Manès vint chercher Tentor, Melissa devenue tout à coup réticente le retint. Il la regarda, la moue hautaine, presque méprisante. Elle le laissa partir en soupirant.

- J’ai confiance en vous Monsieur Manès.

- J’espère bien, dit-il, contrarié.

Elle se faufila jusqu’à l’entrée. Le taureau venait de sortir. Il fit quelques tours de pistes, très énervé, frappa de ses cornes le bois des palissades qui protégeaient les peones. Deux picadors entrèrent en piste, Mélissa frémit. Tentor avait peur, elle le sentait et Manès le rudoyait un peu brutalement. Il s’approcha du taureau qui poursuivait l’autre cavalier, et avec dextérité planta sur le garrot la première banderille. Le taureau plia le genou et se retourna vivement vers l’endroit d’où venait l’attaque, mais Manès était déjà loin. La foule hurlante applaudissait. Une deuxième banderille fut plantée, affaiblissant l’animal. Ainsi, il ne pourrait plus relever la tête pour se défendre.

Manu était venu s’installer près de Mélissa. Il regardait impassible. La jeune fille ne quittait pas des yeux son cheval. Elle se redressait, son visage était plus détendu.  Quand Manès passa à côté d’elle, il la salua brièvement, elle sourit. Le taureau maintenant très affaibli par les piques et banderilles saignait abondamment. Le matador n’avait plus qu’à jouer sa partie.

Mélissa rejoignit les coulisses, elle attendit Tentor.

 

Le sixième taureau ferait bientôt son entrée. L’arène braillait, le spectacle avait été jusque là sans pareil. Les taureaux avaient montré une pugnacité qu’on n’avait pas vue depuis longtemps. Les hommes semblaient fatigués. Manès rendit visite à ce dernier taureau. Il aperçut Manu penché  au-dessus de la bête.

- Ils ont quoi tes taureaux ? D’où viennent-ils ? Tu les as pas préparés, c’est pas possible ! Les hommes sont fatigués, alors fais en sorte que celui-là soit plus paisible !

Manu se retourna vers le visage sévère du picador. Il protesta faiblement.

- Je viens de faire ce qu’il faut, les aiguilles le calmeront, et j’ai mis de la térébenthine sur les pattes, ça ira, répondit-il.

- Ouais ! et les cornes ! T’es fou ou quoi ?

- C’est le jeu. Ecoute-les Manès, ils sont heureux comme jamais dans l’arène. Ecoute-les !

- C’est pas une raison pour nous mettre en danger. S’il arrive quoi que ce soit, tu auras de mes nouvelles, gamin ! En attendant, prépare les sacs, casse-lui le dos avant l’entrée. Appelle tes gars et dépêche-toi !

Dès que Manès eut le dos tourné, Manu cracha.

 

A nouveau, les cris se déchaînèrent, le taureau paraissait encore plus excité que les cinq autres. Incroyable spectacle que tous ces corps suant de joie à la vue du sang, ce mouvement humain, cette union hystérique face à la mise à mort. Une femme s’évanouit un moment, la chaleur sans doute, car elle revint assez vite s’installer, rouge d’un plaisir qui marquait son visage d’un rictus sauvage. Mélissa ne voyait que Tentor, les peones avaient déjà beaucoup couru, les picadors avaient déjà piqué plusieurs vertèbres du corps massif et luisant qui ruait tant qu’il pouvait. Manès et son acolyte revenaient avec les banderilles.

Une première ne suffit pas à calmer l’ardeur combattive de l’animal. Manès passa derrière mais rata le garrot car une des pattes de Tentor ripa sur le sable. Mélissa se tendit, le cheval s’affaissa, les peones arrivèrent en courant sur la piste, mais il était trop tard. Une corne laboura le ventre exposé du cheval. Tout se précipita, le matador vint à la rescousse.

Mélissa le visage crispé d’horreur et de colère donnait avec lui l’estocade au taureau, ses poings frappaient encore et encore alors que la bête mortellement touchée s’était déjà couchée. On dégagea le cavalier, on vint rapidement chercher le cadavre du taureau. Elle courut sur la piste, s’agenouilla près du cheval agonisant.

Elle hurla.

Des bras la saisirent et la ramenèrent vers les coulisses. Elle se dégagea brusquement, elle venait d’apercevoir Manu. Elle s’approcha de lui.

 - Je te hais ! cria-t-elle.

Il la regarda avec un petit sourire narquois.

 - On achève bien les taureaux ! Tu sais ce qu’il te reste à faire de ton cheval, répondit-il.

Puis il lui tourna le dos, et avant de s’éloigner cracha.

 

***

 



J'ai tenté de reconstituer une ambiance. Je me suis beaucoup inspirée des réactions d'un billet chez Hervé: ICI, et de quelques sites sur la tauromachie. Ma nouvelle par sa briéveté est un condensé, mais ces pratiques n'en sont pas moins réelles.

 


 

Par polly - Publié dans : nouvelles - Communauté : Nouvelles d'ici et d'ailleurs
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Jeudi 14 janvier 2010 4 14 /01 /Jan /2010 21:09


C'est pas tous les jours dessert,
mais j'en connais un qui est grand amateur de charlotte aux poires.
Un régal pour le patissier, cet oeil gourmand.

Pour le plaisir de tous ceux qui passent.



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Par polly - Publié dans : humeurs - Communauté : La gazette des blogs
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Dimanche 27 décembre 2009 7 27 /12 /Déc /2009 01:26



- Nan !

Elle pose ses couteaux.

- Nan ! C’est pas encore ça !

Elle va et vient devant la toile, elle la regarde de travers, elle soupire, file à l’évier, passe une main sous l’eau qui jaillit et se frotte les yeux.

Elle revient vers le chevalet, s’approche au plus près, hausse les épaules, s’éloigne et recommence son manège.

- Nan ! Il manque un truc. Le souci c’est que je sais pas où ça manque !

Elle s’affale sur le divan, puis s’étend.

Le silence l’envahit peu à peu.

D’un coup elle se redresse.

- Je sais ! Il manque la musique.


Elle recherche sur internet ce qui l’aiderait un peu à retrouver l’inspiration du début : ce moment privilégié où seule devant sa toile, ses couteaux prêts, toutes les couleurs à sa portée, la palette encore propre, ses doigts qui la démangent, ce moment où le feu est en elle.

C’est une fièvre qui bouscule ses repères ; elle ne sait pas encore ce qui jaillira, elle ne sait rien de ce qui va se passer sous ses yeux. Elle ne connaît que sa main vagabonde, cette agitation fébrile qui brasse les couleurs, qui fend le vert d’un jaune, le rose d’un gris très sombre et tous ces  bleus qui se marient sur le fil des lames qu’elle saisit.

Elle ne connaît que ces grands mouvements de bras qui basculent de haut en bas, de bas en  haut, de droite à gauche et font de grands ronds, de grands arcs, traçant des courbes et des lignes abruptes comme ces falaises accrochées à ses pensées et qu’elle voudrait parfois franchir ou abolir mais qui donnent à son cœur un appui, une limite, une assurance.


Elle navigue d’une musique à l’autre, elle attend celle qui saura lui donner la tonalité qui lui manque. Rien ne semble satisfaire son oreille, elle navigue d’un morceau à l’autre. Elle s’énerve un peu, puis écoute. Le son clair d’une flûte de pan semble ouvrir son visage. Un sourire serein l’illumine. Elle s’installe confortablement dans son fauteuil et ferme les yeux. Dans l’air flotte comme un apaisement.


Une tristesse aussi.


Elle se lève lentement, la toile humide l’attend, et d’un doigt elle ose étaler ce blanc trop franc, l’effet lui convient, elle suspend son geste. Mais sa main toute entière s’envole et danse sur la toile, en son centre naît une brume incertaine. Ses yeux s’éveillent à une mélancolie qui glisse là entre ses falaises.


Quand surgit à nouveau cette violence qui tenaille son ventre, les couteaux s’agitent, creusent, ajoutent un relief, verdissent les lignes, aplanissent un sommet, aiguisent une courbe trop douce. Le ciel en devient jaune, et la brume en miroir jaunit un peu aussi.


Elle s’arrête, épuisée.


Elle ne peut juger déjà. Elle doit sortir, aller dans les rues, oublier, fuir.

Elle marche longtemps, perdue dans ce qu’elle appelle in petto son no man’s land.


Quand elle ouvre la porte, ses pas la précipitent devant l’œuvre achevée. Elle n’est ni satisfaite, ni déçue. Elle va sous la douche et laisse l’eau trop chaude la laver de tout ce labeur qui lui échappe.


Maintenant elle attend. Il rentrera bientôt et d’un seul coup d'oeil elle saura si le tableau lui plaît, toute cette énergie qui flambe encore dans son corps.

 

 

 

C'est l'anniversaire de

Joëlle

en cadeau ce clin d'oeil pour ma frangine du tonnerre.

Et surtout qu'elle continue à nous régaler avec ses bleus,

ses  brumes et ses falaises.

 

Joyeux anniversaire à notre poète aux couteaux.

 


 




 la toile de Joëlle : terre des brumes.
Par polly - Publié dans : nouvelles - Communauté : Nouvelles d'ici et d'ailleurs
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Samedi 19 décembre 2009 6 19 /12 /Déc /2009 21:04



truffe enneigée - Diaporama




Sur le manteau blanc, dans un silence étrange, une brume s’installe, vertige de l’instant. Traces perdues sous l’épais de la neige, j’avance dans le couloir de pas creusé profondément.

 

Il joue, soulève la poudre, hume les buissons lourds, plonge sa truffe dans l'insousciante neige. Ce matin un alignement, pattes de renard, ce matin encore traces de lapins, en bonds légers.


Le vent soulève la poudre blanche, elle vole, mord les yeux, tourbillons qui ensablent. Le brouillard s’épaissit, les teintes s’effacent, les formes disparaissent, insondables.


Sous le manteau neigeux, dans le silence : un froissement, il surgit, blanchi de rires. Dans sa course il dérape, une odeur infime, il fouille le talus, se glisse sous le givre.


La neige papillonne, il flaire les survivants tapis sous le manteau blanc. Ils sont là, encore là ; joyeux, il m’attend puis s’ébroue sous le vent.

 

 

 

 

 

 

Par polly - Publié dans : le tout et le rien. - Communauté : La Petite Fabrique d' Ecriture
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Mercredi 16 décembre 2009 3 16 /12 /Déc /2009 09:20
talons-hauts.jpg
pour la petite fabrique d'écriture

dépoussièrage d'un vieux billet.




    Je n’ai pas mis les bonnes chaussures ce matin. A cause de Sam. Il a caché mes baskets, et je ne pouvais tout de même pas venir en tongs, ni en godillots de marche, j’aurais eu l’air fin ! Avec mes baskets j’aurais été à l’aise, elles sont fines, noires, avec une petite fleur dorée et elles sont bien assorties à mes robes légères. Mais Sam n’était pas de mon avis, il me voulait féminine à croquer. Il a choisi une jupe froufroutante, un corsage appétissant et ces échasses sophistiquées qu’il m’a achetées pour mettre aux pieds.

 

    Je suis là, près du buffet, à ne pas oser faire un pas. Je n’ai jamais appris à marcher avec des talons, je n’ai jamais appris l’élégance, à me tenir dans un salon. Moi, je suis fille des champs, j’aime courir dans les chemins, grimper sur les parois bien lisses, et quelquefois glisser sur les neiges du printemps.

 

    Je prends en main une verre de vin, je grignote quelques toasts et je regarde Sam avec son beau costume qui se pavane parmi les huiles du canton. Ce déjeuner a de l’importance pour un projet qui lui est cher. Comme il a insisté, j’ai accepté de venir ; mais je me sens, près du buffet, comme une décoration de noël, un peu trop brillante, trop maquillée, un peu inutile en somme. Un gros monsieur, les yeux vitreux, ne cesse de me lorgner. Je bouge un peu les pieds mais ne sais pas où me cacher. Je vise plus loin un fauteuil et m’élance pour une approche. Par malchance je m’étale aux pieds de Sam, j’ai croché un pied de dame. Le nez sur le carreau j’admire la brillance des chaussures vernies de Sam. Je n’ose pas lever les yeux.

 


Par mpolly - Publié dans : le tout et le rien. - Communauté : La Petite Fabrique d' Ecriture
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Jeudi 3 décembre 2009 4 03 /12 /Déc /2009 18:28

J'ai un vieux poteau, pas de l'enfance mais pas loin; il donne parfois des nouvelles, quand il n'est pas sur son vélo dans la Cordillère des Andes, en Afrique ou ailleurs...
Il habite une île dans les montagnes, oui, ça existe, un trou du cul des cimes qui lui fait des farces.
C'est quand même le seul rescapé, jusqu'à ce jour, à être resté plus de 20 minutes sous une avalanche en très bonne santé.
Remarquez, ça fait des siècles qu'il nous en fait des comme ça, je me souviens d'un pont aussi.
Il était en tête du tour du Limousin, pas loin de l'arrivée, on ne sait toujours pas ce qui lui est passé par la tête, il a raté le pont. Une chute impressionnante dans une rivière.
On a bien cru que...
Un bras cassé!
Puis il y eut la moto... et tant d'autres ratages!

Je sais qu'il est toujours vivant.
Hier, il m'envoyait quelques photos d'arbres.
Je partage joyeusement, avec ses commentaires.




Identité nationale: vous avez dit racines?



Certains n'ont pas de racines, d'autres pas de terres... Faut s'accrocher!



Casse-toi pauvre tronc!
Il s'est cassé, puis
est revenu,


lalalère... bisous Yves.








Par polly - Publié dans : humeurs - Communauté : La gazette des blogs
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Jeudi 26 novembre 2009 4 26 /11 /Nov /2009 19:23

pour la petite fabrique d'écriture: qui frappe à ma porte?


On frappe à ma porte. J’ouvre. Personne. Tous les soirs quand je suis à table, on frappe à ma porte. J’ouvre. Personne. Alors je me demande si c’est pas dans ma tête qu’on frappe, le palier est si vide, pas trace de bruit, pas trace de parfum. Et ça dure toute une semaine. On frappe, je me précipite, et personne. Pff ! Envolé, disparu le frappeur de porte. Suis-je frappé à ce point ?

J’ai demandé au bureau à ma collègue, elle m’a regardé d’un drôle d’air. Frappé ! Peut-être pas, mais pointilleux tout de même ! C’est vrai que je ne laisse rien passer, pas le moindre centime. Je suis comptable, alors je compte. C’est comme une seconde peau. Je compte même les coups sur ma porte. Trois petits coups rapides depuis sept soirs, ça fait déjà 21 coups reçus sans personne pour les donner. Je consulte. Le médecin me trouve en forme. Peut-être des acouphènes! Mais à heure régulière ! Il est sceptique. Je dois trouver une stratégie pour ne pas entendre et ne pas ouvrir. C’est si rare qu’on frappe à ma porte, le facteur quelquefois, les pompiers pour leur calendrier, mais pas bien plus. Les voisins je ne les connais pas. Alors j’ai comme un battement de cœur, une surprise, quelqu’un vient. C’est peut-être çà au fond, l’espoir que quelqu’un vienne. Pourtant j’aime pas les gens. Je vis seul, sans chat, ni chien, pas même un poisson rouge, ça dérange trop ces bestioles, Et j’aime pas qu’on dérange l’ordre dans mon appartement, tout est propre et parfaitement à sa place. Un maniaque disait ma mère qui laissait tout traîner chez elle. Mais depuis sa mort, je réalise soudain que ça me manque un peu son désordre. Pendant une nouvelle semaine, je résiste, mais j’entends les trois petits coups, impossible de me boucher les oreilles. J’ai une idée, enfin ! Mais je me demande pourquoi je l’ai pas eue avant, ça m’aurait évité bien du tracas. Je laisse la porte entrebâillée, à peine, ça ne se voit pas. J’attends derrière. Le premier petit coup et j’ouvre en grand, je reçois le deuxième sur le nez. J’ai face à moi une petite dame toute menue. Elle est désemparée, la bouche ouverte. Je gronde.

Elle répond que ces jours-ci je n’ouvrais pas.

- D’habitude j’ai pas le temps d’arriver que vous avez disparu ! Et vous m’avez frappé !

Toute penaude, elle raconte qu’elle est ma voisine depuis un mois, et qu’elle aime pas se sentir seule. Elle voulait seulement vérifier que quelqu’un habitait à côté, ça la rassurait. Elle voulait pas déranger, juste se rassurer pour aller dormir tranquille.

Finalement je la fais entrer, on discute. Elle m’invite aussi.

Mais quel désordre chez elle !

 


 

Par polly - Publié dans : Jeux d'écriture - Communauté : La Petite Fabrique d' Ecriture
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Jeudi 19 novembre 2009 4 19 /11 /Nov /2009 21:13

 

 

 

Il suffit, Monsieur, ne me réclamez pas les étoiles, vous les avez cueillies pour décorer ma peau d’un habit de lumière, le ciel s’en est caché, vidé de ses trésors.

 

Il suffit, Monsieur, ne me réclamez pas les étoiles, vous les avez si gaiement incrustées dans le fond de mes chairs, le ciel tout chaviré s’est revêtu de voiles.

 

Il suffit, Monsieur, ne me réclamez pas les étoiles, vous seul les allumez en mon cœur, elles embrasent ma vie toute entière, mon ventre remué s'en est endiamanté.

 

Il suffit, Monsieur, ne me réclamez plus les étoiles, vous avez emporté dans vos mains tout ce que j’ai de plus cher, mes perles de sueur et mon âme déposée.

 

 Au milieu des étoiles, Monsieur, vous avez disparu, emportant  mon habit de lumière, le ciel a retrouvé ses pierres scintillantes, je m'en suis retournée dans les brumes glaçantes.

 

 

 

 

  pour Mikou


Par polly - Publié dans : parce que c'est lui. - Communauté : papierlibre
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juste pour vous...


Sur les conseils de

Quichottine, j'ai créé une page juste pour vous.
Si vous n'avez pas le temps, ou que le billet ne vous intéresse pas, ou que vous n'avez pas envie pour l'instant, vous avez peut-être quelque chose à me murmurer...
c'est
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intro

Décider follement d’éditer sur le Net quelques nouvelles et autres fantaisies est à la fois constructif et dénudant. Dénudant parce que nos fragilités, nos travers, nos tics et nos tocs s’exposent sans vergogne. Constructif parce que les mots plus ou moins bien enchevêtrés deviennent notre château en Espagne, notre moulin à vent, notre petite maison dans la prairie… L’écriture est mon petit fort dans le sable, l’écume qui en efface les traces, un éphémère dans la lumière d’un soleil voilé. Ce n’est pas ma vie, ce n’est pas la vie mais elle donne l’élan ou le recueillement qui manquent dans le tourbillon d’un monde qui ne tourne pas très rond.

 

Et que vogue le blog.


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Ceux qui luttent ne sont pas certains de gagner, mais ceux qui ne luttent pas sont déjà sûrs d'avoir perdu.





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